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Le petit monde clos de l’enseignement et de la recherche

le 30 octobre 2004

Petit résumé d’un parcours ? J’ai fait des études scientifiques, BAC+11, ai un doctorat de 3ème cycle et un doctorat d’état en sciences physiques (1985) d’une excellente université française (Paris XI), ai fait un post-doctorat aux Etats-Unis, travaillé à l’étranger, assuré des responsabilités dans ma carrière de chercheur au CERN, enseigné au niveau universitaire, et je me trouve au chômage depuis près de trois ans. Je suis aussi une femme de quarante neuf ans qui ne baisse habituellement pas les bras devant les problèmes.

Dans ce courrier, Je ne vous présenterai que mes tentatives de trouver un poste dans ma branche en France car raconter mes recherches infructueuses de chercheur senior dans le mode de l’entreprise relèverait de la pure entreprise de démoralisation.

En France, deux possibilités s’ouvraient à moi : le CNRS et l’Enseignement Supérieur.

Pour le CNRS : Ayant un niveau et une expérience de Directeur de Recherche, j’ai essayé d’y postuler. La réponse est : Impossible car trop de jeunes attendent leur promotion et donc les postes sont donnés en interne. Quant à postuler plus bas, je l’ai fait et là aussi mon dossier a été rejeté immédiatement pour cause de limite d’age.

Pour l’Enseignement Supérieur : c’est là que l’opacité du système atteint son comble. Tous mes ex-collègues installés dans le circuit français m’ont affirmé qu’il manquait des professeurs d’université partout en France, qu’il me suffisait de déposer un dossier de qualification qui était une simple formalité vu mon cursus et que je pourrais ensuite postuler à tout poste ouvert en France. Pour mémoire, deux rapporteurs chargés d’évaluer votre parcours de chercheur et d’enseignant sont nommés pour juger de vos capacités et présenter leurs conclusions au comité de sélection. Celui-ci n’a pas retenu mon dossier. Motif : dossier d’enseignement insuffisant. J’ai usé de mon droit de voir les rapports faits sur moi et les deux rapports concluaient par un avis favorable à ma qualification. Je rappelle aussi que j’ai des doctorats français ! J’ai vérifié par contre que les personnes du CNRS désirant faire de l’enseignement y sont exhortées et que dans ce cas, sans avoir fait le moindre enseignement (ce qui n’est pas mon cas), la qualification leur est octroyée. Je ne vous présente pas les explications embarrassées de mes collègues du type : ils étaient mal "lunés", c’est la faute des syndicats... A quoi tient une vie dans le monde de l’arbitraire : ce refus signifie simplement que je ne peux postuler à aucun poste en France.

Quelques conclusions tirées de mon parcours :
- Le système français est endogène : Il faut obtenir son poste permanent avant son doctorat et surtout ne pas imaginer qu’une expérience extérieure vous sera profitable pour votre carrière.
- Dans la recherche comme dans le monde de l’entreprise, la seule valeur sûre est le réseau de connaissances. Vous pouvez avoir le meilleur dossier qui soit, les meilleures lettres de références qui soient, si vous avez fait vos preuves à l’extérieur du système français, n’espérez pas un seul instant y rentrer si n’avez pas ce petit (grand) plus qui fait franchir les obstacles.
- Les administrations se gargarisent du concept de "discrimination positive" que pour ma part et pour être plus juste je préfèrerais nommer "anti-discrimination active". Je peux vous garantir que je ne l’ai jamais vu à l’œuvre.
- Le monde de la physique est magnifique et exaltant et il me manque profondément. Quant au monde des institutions de recherche et d’enseignement en France, prière de ne l’aborder que lorsque vous êtes dedans et dans la norme !
- A partir de quarante cinq ans, prière de "s’euthanasier".