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Communiqué de la Société Mathématique de France

Par Cédric Caspar, le 20 mai 2005

La recherche mathématique française est une des toutes premières du monde. Mais ce niveau d’excellence est fragile, et sera remis en cause dans les années qui viennent si l’accueil des nouvelles générations de mathématiciens et de mathématiciennes n’est pas assuré au moment où de nombreux collègues vont partir à la retraite.

Le plus inquiétant dans la situation actuelle est la mise en place d’un cercle vicieux : moyens insuffisants pour les organismes de recherche et les Universités, découragement des jeunes docteurs qui ne trouvent pas de débouché par manque de créations de postes, désaffection pour les études scientifiques. On voit ainsi, après une formation très exigeante, des jeunes mathématiciens et mathématiciennes vivre dans la précarité, et devoir choisir entre s’exiler (pour quelques années ou pour toujours), et se résigner à un emploi où leurs compétences ne seront pas mises en oeuvre. C’est un drame pour l’avenir de la recherche en France et une grande perte pour l’Etat, qui a financé leur formation. Une planification à long terme du recrutement des chercheurs et des enseignants chercheurs est indispensable.

La communauté mathématique est également très inquiète de constater que la nouvelle Agence Nationale de la Recherche n’a pas mis les mathématiques dans ses priorités, et n’a pas reconduit les programmes de recherches précédents développant les interactions de mathématiques. Les mathématiques jouent pourtant un rôle indiscutable dans la société actuelle. En biologie, par exemple, des méthodes statistiques récentes sont employées pour décoder le génome humain et des outils géométriques sont nécessaires pour comprendre la structure de l’ADN. De même l’imagerie médicale, la robotique, les techniques de conception assistée par ordinateur, la transmission et la protection de l’information comportent toutes une part importante de mathématiques.

Ces utilisations des mathématiques sont souvent le fruit de progrès récents et parfois très pointus dans cette discipline. Régulièrement, des recherches internes aux mathématiques et sans connexions immédiates avec des domaines d’applications, menées au départ sous la seule impulsion de la curiosité intellectuelle des mathématiciens, ont trouvé des applications pratiques inattendues. Une des raisons de ce fait surprenant peut être trouvée dans la capacité d’abstraction des mathématiques, un même objet mathématique (une même équation par exemple) pouvant régir des phénomènes très différents. C’est pourquoi les mathématiciens insistent tellement sur la nécessité impérieuse de préserver leur liberté dans le choix des sujets de recherche : l’histoire des mathématiques, qui s’est déroulée sur plusieurs millénaires, leur montre que c’est une méthode extrêmement efficace pour garantir l’innovation et pour assurer la qualité et la diversité des applications.

La Société Mathématique de France demande donc que la loi sur la recherche mette en place un plan pluriannuel pour l’emploi scientifique, prévoie une répartition des crédits qui permette aux laboratoires de disposer des moyens leur permettant d’orienter librement leurs recherches, et que des programmes de recherches portant sur les interactions des mathématiques soient mis en place