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CGT CEA Cadarache

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République lors de sa visite à Cadarache le 30 juin 2005

Par KISTER, le 9 juillet 2005

Cadarache, le 30 juin 2005

Monsieur le Président, Tout d’abord permettez-nous d’exprimer au nom du personnel, notre plus grande satisfaction devant l’avancée du dossier ITER qui se concrétise aujourd’hui en votre présence. La CGT a depuis le début soutenu ce projet, avec le personnel du Département de Recherche sur la Fusion Contrôlée de Cadarache.

Le maintien de l’excellence des chercheurs du CEA Cadarache sur la fusion est précieux . Il passe inévitablement par un solide programme de recherche français, reconnu aujourd’hui avec l’accueil d’ITER à Cadarache - Tore Supra avec ses décharges longues est incontournable - , et demain lors de toute la période de construction de la machine : la transmission des connaissance est indispensable pour arriver dans les meilleures conditions au 1er plasma d’ITER, avec une équipe comprenant aussi bien des experts seniors que de jeunes chercheurs.

Déroulement du chantier de construction de la machine, statut, conditions de travail et de vie de travailleurs venant du monde entier, respect du droit français, soyez en certain, la CGT est et sera présente. Elle s’en est donnée les moyens.

La CGT est cependant soucieuse des fortes concessions faites au Japon lors des négociations, espérons quelles ne gâterons pas l’avenir par le fort poids financier restant à la charge de la France et des collectivités locales et territoriales.

Cependant, Cadarache ne se résume pas à ITER.

Cadarache c’est aussi 45 ans d’expérience dans la fission, les réacteurs expérimentaux et les labos chauds, le soutien au nucléaire industriel, la préparation de l’avenir avec la R&D sur les réacteurs de 4ème génération qui devront succéder aux réacteurs actuels.

Or, le CEA est étranglé, avec des budgets et des effectifs qui n’arrêtent pas de fondre. Dans le Plan à Moyen et Long terme, il est demandé plus au CEA, notamment sur les nouvelles technologies de l’Information et de la Santé. La CGT ne conteste pas ces orientations qui sont une forme de reconnaissance des compétences du CEA. Cependant cet élargissement du champ d’action du CEA se fait à budget réduit, ce qui tend à opposer les secteurs de recherche entre eux alors qu’ils sont tout autant stratégiques chacun dans leur domaine. De plus, la tentation est grande de minorer la recherche Fondamentale à long terme. Déjà nous percevons son orientation utilitariste dans le PMLT. Le CEA a vendu son Siège parisien pour financer des installations indispensables à l’assainissement et à la gestion des déchets à Cadarache. Demain, que devrons nous vendre ou abandonner pour financer la construction du Réacteur de recherche Jules Horowitz ?

Elargir le champ d’action du CEA, nous y sommes favorables à condition qu’on lui en donne les moyens !

La maîtrise du développement énergétique, et particulièrement le développement de l’énergie nucléaire constitue un objectif crucial pour notre pays. Les enjeux à très long terme et les aspects liés à la sûreté des installations militent pour garder ce secteur d’activité dans le domaine public en coopération avec l’Europe. L’opinion publique y est très attachée. La CGT est dans ce cadre tout à fait opposée à la privatisation d’EDF, de Gaz de France et d’AREVA.

Les salariés du CEA sont très concernés par la nécessité d’une sûreté nucléaire irréprochable. Or, la sous-traitance jusqu’au cœur des métiers du CEA, tels que ceux de la radioprotection, mais aussi de métiers nécessitant pourtant un haut niveau de protection sociale comme pour l’assainissement ou l’exploitation nucléaire, mettent progressivement en péril la maîtrise de la sûreté et de la radioprotection. Au niveau national, les partenaires sociaux sont actuellement mal engagés dans des négociations sur le congé anticipé d’activité. Il est pourtant de toute première importance, pour des raisons d’équité et de sûreté nucléaire que tous les salariés du nucléaire puissent en bénéficier.

Le CEA est constitué de femmes et d’hommes de valeur qui en ont fait un organisme d’excellence. La politique salariale se devrait d’être à la hauteur, elle l’a été à certaines époques, ce n’est plus le cas aujourd’hui. D’année en année, les salariés perdent du pouvoir d’achat par des augmentations générales nettement inférieures à l’inflation, du fait de dotations insuffisantes des tutelles. Cette année, le CEA a passé outre le cadrage des tutelles et a octroyé 1,8% en réponse à un mouvement social d’ampleur sur cette question. La CGT n’acceptera pas que ce soit autant de moins en 2006 et vous demande de revoir la politique du gouvernement vis-à-vis du CEA.

Les chercheurs du CEA, concernés par le projet de Loi d’Orientation et de Programmation de la Recherche et l’Innovation, déplorent que les solutions qui se profilent tournent radicalement le dos au développement de l’emploi statutaire et à la maîtrise par la collectivité de la politique de recherche. Où sont passées les exigences portées par Etats Généraux de la Recherche ? Qu’en est-il de l’objectif de Lisbonne d’atteindre les 3% du PIB pour la recherche publique et privée ? Le gouvernement précédent n’ayant pas apporté de réponses satisfaisantes, la CGT vous demande que s’engagent sans délai des négociations.

Enfin, la CGT a été choquée par la conception de la « démocratie et du dialogue social » de votre nouveau premier ministre : alors que la situation de l’emploi nécessiterait que tous les partenaires sociaux se retrouvent autour d’une table pour examiner très sérieusement les mesures possibles pour faire régresser le chômage, alors que l’exercice démocratique passerait par des débats au parlement, M. De Villepin veut procéder par ordonnance pendant la période des vacances. M. le Président, les français, qu’ils soient salariés ou chômeurs méritent mieux qu’un cocktail de précarité supplémentaire, de cadeaux gratuits aux entreprises, d’amnésie sur le pouvoir d’achat et de gros mensonges sur les bas salaires ! C’était le sens des manifestations nationales du 21 juin, la CGT du CEA Cadarache y était, si les orientations actuelles demeurent sachez qu’elle mettra tout en oeuvre pour que le monde du travail dans sa diversité y soit en masse.