L’Association "Sauvons la Recherche" Groupes de travail Comités loc. et transv. Université de printemps 2011 EUROPE
Accès thématique Emploi et précarité Communiqués de SLR Actualités communiqués partenaires
Médiathèque Les archives Documentation revue de presse Tribunes et Contributions
accueil contact plan du site admin
caractères +caractères -
article
réactions (0)
Accueil / communiqués partenaires / Recherche et monde économique

Déclaration préalable de la CGT au nom des organisations syndicales et de SLR

Recherche et monde économique

Semaine de « concertation » Organisations syndicales / gouvernement / 6 juillet 2005

Par KISTER, le 20 juillet 2005

Comme la recherche publique, la recherche industrielle est malade. Malade de la course menée par les entreprises aux marchés solvables, aux marchés rentables. Malade d’un horizon qui ne se situe jamais (et au mieux) au-delà de deux ou trois ans. Malade de voir les contrats d’objectifs financiers se substituer aux "contrats de plan" des grandes entreprises publiques.

Cette pression financière sur la vie des entreprises, sur leur activité de recherche, est considérable ; pour l’exemple, avant même la mise en bourse de 20% de son capital, GDF annonçait vouloir verser à ses actionnaires 840 Millions d’euros de dividendes soit 140 de plus que la masse salariale de l’entreprise et bien plus encore que son budget R&D, en décroissance constante ces dernières années.

Bien d’autres exemples illustrent cette situation en même temps qu’ils démontrent la responsabilité écrasante de l’État vis-à-vis de cette situation.

1) Voilà plus de deux ans que les syndicats d’EDF dénoncent la casse des installations d’essais servant à la qualification des composants de robinetterie nucléaire. L’autorité de sûreté a été saisie de cette question par les organisations syndicales, et celles-ci ne cessent depuis le début des rencontres sur la LOPR d’alerter sur cette situation éminemment contradictoire avec la programmation pluriannuelle des investissements qui annonce le lancement d’EPR, éminemment contradictoire avec les décisions de prolonger la durée de vie des tranches de 30 à 40 ans et plus peut-être demain. Qu’a fait l’État de toutes ces alertes : rien ! Les démantèlements se sont poursuivis et d’ici à la fin de l’année EDF statuera sur ce qu’il reste de moyens d’essais en ce domaine. Il est urgent d’agir !

2) Le laboratoire de recherche pharmaceutique d’AVENTIS de Romainville est désormais fermé. La longue lutte des chercheurs d’AVENTIS n’a ainsi pas permis que soit considéré à sa juste mesure le contenu du projet NEREIS, conçu par le personnel de la recherche et qui proposait de retrouver dans une structure commune les compétences des chercheurs d’AVENTIS et du CNRS permettant la recherche et la mise au point de médicaments à l’utilité avérée (antifongique et anti-infectieux). Qu’a fait l’État pour soutenir ce projet : rien !

Un État démissionnaire

Quelle soit privée ou publique la recherche souffre de ces stratégies purement financières qui sont mises en place là où devrait être proposés de grands programmes industriels économiques et sociaux tels qu’impulsés hier par l’État avec de grandes entreprises, au premier rang desquelles on retrouvait les services publics. Toute l’industrie est touchée par cette situation, y compris le tissu des PME et PMI. En effet celles-ci inscrivent leurs stratégies industrielles, commerciales, dans celles des grands groupes publics ou privés, dans celles de l’État. En l’absence de grands programmes, de réelles stratégies industrielles, comment lorsque l’on est PME ou PMI définir une orientation durable ?

D’une certaine façon le rapport BEFFA tire aussi les même conclusions que nous. En effet, ce dernier rend un hommage appuyé aux grands programmes industriels impulsés hier par l’État (politique énergétique, spatial, aéronautique...) programmes aux finalités identifiées et porteur d’une triple dimension : prospective, coordinatrice, incitative. Des programmes qui ont été sources de coopération "mutuellement avantageuses" entre secteurs publics et privés tout en étant respectueuses des spécificités de chacun.

Quel dommage que ce rapport, après avoir analysé les « raisons passées » des « succès présents » (Arianne, A380, TGV, Nucléaire civil...) décrète que ces politiques volontaires impulsées par l’État ne peuvent plus avoir cours au nom de la mondialisation, au nom des règles européennes. Et il découlerait de ce postulat qu’au nom de la mondialisation, au nom de l’Europe, il faudrait laisser au marché le soin de gérer la recherche.

Pour un État responsable

Ce postulat n’est pas le notre et ce pour au moins deux raisons ;
-  la première est que les règles de l’Europe sont en débat, plus encore depuis ces dernières semaines.
-  La deuxième est que ce postulat évacue le nécessaire débat sur les finalités de la recherche pour n’y substituer qu’un débat sur les structures à mettre en place pour promouvoir un marché de la recherche sans qu’on décèle d’ailleurs, la moindre cohérence dans les propositions faites.

Nous ne pouvons accepter qu’à une recherche axée entre autres choses sur des finalités clairement identifiées par la Nation, se substitue une recherche à la disposition des entreprises, des marchés financiers.

Nous revendiquons que l’État renoue avec les responsabilités qui doivent être les siennes en matière de grands programmes industriels, sociaux, environnementaux ... C’est l’une des conditions d’un renouveau des recherches publiques et privées nous permettant de tendre vers l’objectif affiché de 3% du PIB consacré à l’effort de recherche.

En lieu et place de ce débat sur les finalités on impose un débat sur des structures (AII, ANR, Pôle de compétitivité, CIR ...) mises en place avant même que les débats n’aient eu lieu ; comme si pour la recherche aussi, il nous fallait aussi nous habituer à une gouvernance par ordonnance. Malgré tout, nous tenons à exprimer quelques avis sur certains points qui seront évoqués durant cette séance.

Sur les pôles de compétitivité On peut certes prétendre qu’ils favoriseraient les coopérations, mais nous estimons qu’ils recèlent des risques majeurs liés :
-  à l’absence de lisibilité, l’absence de démocratie dans leur mise en place ;
-  à un pilotage par l’aval qui risque de focaliser, d’asservir la recherche au très court terme ;
-  au risque de concentrer l’ensemble des aides publiques, nationales, régionales sur certains projets phares en excluant les autres (exemple : le pôle Midi-Pyrénées est focalisé sur les thèmes aéronautique et cancer alors que bien d’autres domaines mériteraient des aides soutenues comme par exemple la filière bois).

Sur les PRES Nous estimons qu’il y a détournement des PRES, par rapport à la définition qui en avait été donné par les états généraux. Structurant pour l’aménagement du territoire, ils risquent, tels que mis en place, de conduire à des inégalités flagrantes entre régions a fortiori du fait de l’absence actuelle de règles démocratiques de fonctionnement.

Sur les aides financières Le risque nous paraît évident d’un glissement des moyens financiers de l’État vers les entreprises via les agences et ce au détriment de la recherche publique.

Le Crédit d’Impôt Recherche dont l’usage semble vouloir être reconduit n’a pas prouvé son efficacité et est devenu un outil de subventionnement des entreprises alors qu’il aurait du être un outil d’aide à la recherche. De fait, le seul retour que nous ayons à ce jour sur l’efficacité des mesures fiscales d’aides aux entreprises, nous est fourni par le rapport BEFFA qui affirme : la recherche a vu son efficacité se dégrader au fil des ans ! Aussi ne pouvons nous qu’en conclure que tout financement public vers les entreprises doit être dorénavant subordonné à l’existence de contreparties, notamment en matière d’emploi.

L’emploi Ce sera le dernier aspect de notre intervention ; bien sur pour évoquer le besoin en nombre et en qualification qu’exige un renouveau de la politique de recherche ; mais aussi afin d’évoquer le déficit désormais identifié de formations de chercheurs, déficit tel qu’il conduirait en l’état actuel des choses à ne pouvoir doter et l’industrie, et l’université de l’ensemble des postes dont elles auront besoin demain pour assurer une toute autre efficacité de la recherche.

De façon résumée, nous estimons qu’il faut :

1/ Accéder aux revendications de la communauté scientifique du public comme du privé autant pour ce qui concerne :
-  l’augmentation des crédits récurrents de la recherche publique, l’amélioration des statuts de ses personnels ;
-  l’institution d’urgence d’un moratoire sur les baisses des effectifs et des moyens qui affectent les EPIC (BRGM, IFREMER, ...) et la recherche des entreprises nationales ;
-  la redéfinition des politiques de recherche menées par les entreprises qui doivent, en même temps qu’elles se soucient d’une plus grande performance industrielle, poursuivre les actions de recherche permettant de répondre aux multiples besoins sociaux, environnementaux ou industriels existant ou à naître.

2/ Favoriser l’engagement de l’État dans de grands programmes nationaux voire européen (sur énergie, santé, transport, culture, habitat, communication ...) permettant le développement de larges secteurs économiques et s’appuyant sur le triptyque recherche / innovation / développement industriel et social.

A l’instar du rapport BEFFA qui voit dans l’existence des grands programmes industriels passés les raisons de quelques succès présents, nous estimons qu’il faut renouer avec de tels programmes ce qui implique un tout autre engagement de l’État que celui d’aujourd’hui.

3/ Définir, faciliter de nouvelles collaborations, coopérations dans la recherche académique et la recherche des entreprises.

Outre l’existence de grands programmes mobilisateurs et fédérateurs, l’élaboration d’outils utiles au rapprochement entre le monde scientifique, les entreprises et les instances administratives du pays (État, collectivités territoriales) est une nécessité.

Les PRES tels que définis par les états généraux de la recherche auraient pu en fournir l’occasion ; ceux qui nous sont proposés, parce qu’ils n’ont pas associé démocratiquement l’ensemble des acteurs, risquent de tourner le dos aux avancées permises par les états généraux de la recherche.

Il en est de même des pôles de compétitivité, ou des agences de recherche ou d’innovation (ANR et AII) qui par l’importance qui leur est accordé, les finalités qui leur sont fixés, les modes d’arbitrage qu’elles adopteront, et surtout la manne financière considérable qu’elle s’apprête à gérer, risque de porter gravement atteinte à l’originalité de la recherche française, en la transformant en un vaste marché. Un marché dans lequel la règle de l’appel d’offre prévaudra et où le mieux disant devra céder sa place au moins disant qu’il soit de France ou d’ailleurs.

De coopérative la recherche risquera fort de faire la place à la compétition, à la confrontation entre équipes.

Est-ce ainsi que nous relèverons les défis scientifiques, techniques et humains qu’il nous faut affronter ? Rien n’est moins sur !

Aussi le slogan du printemps 2004 reste t’il d’une éclatante actualité :

IL FAUT TOUJOURS SAUVER LA RECHERCHE !