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Sarkozy et la recherche

Par Alain Trautmann, le 21 septembre 2005

Une réaction à la Tribune de Nicolas Sarkozy, parue dans le Monde du 20 septembre 2005.

On se réjouirait volontiers du fait que des hommes politiques connus, comme Nicolas Sarkozy (NS), s’expriment longuement sur l’enseignement supérieur et la recherche, si cela signifiait que cette question était réellement devenue prioritaire pour les responsables politiques de notre pays, et que des propositions constructives étaient faites. Mais est-ce bien le cas ? On dit que le Premier Ministre, lui aussi, estime qu’il doit s’exprimer sur la question de l’enseignement supérieur et la recherche, et qu’il souhaite présenter lui-même les grandes lignes du projet de loi sur la recherche. Il est donc vraisemblable qu’une des motivations de NS pour s’exprimer dans le Monde du 20 septembre était d’occuper ce terrain le premier. La recherche, là, n’est qu’un prétexte.

NS peaufine son image d’homme politique lucide, moderne, qui dit les choses telles qu’elles sont : " Ce n’est pas en esquivant la réalité ou en se rassurant à bon compte que nous remédierons à nos carences." La phrase est martiale, et risible : personne ne cherche à esquiver la réalité des difficultés actuelles de la recherche en France ou à se rassurer à bon compte, tout le monde sait que depuis de longs mois, une crise secoue le monde de la recherche.

Le fond de la pensée de NS n’est pas toujours compréhensible ; ainsi, on n’arrive pas à savoir s’il considère qu’il faut plus ou moins de programmation de la recherche. Il devrait savoir que les chercheurs réclament une augmentation des crédits de base des laboratoires et équipes dont l’activité aura été évaluée positivement. Les professionnels de la recherche insistent sur l’importance de ce type de crédits car ils savent qu’une découverte ne se programme pas. NS, lui, défend pêle-même des universités autonomes dont les présidents auront "des compétences renforcées dans le management et [...] une plus grande maitrise des orientations scientifiques", tout en dénonçant, dans la situation actuelle "la vocation planificatrice de vastes administrations scientifiques" avec une "prépondérance du financement récurrent des structures sur la logique du financement des projets". Que propose NS ?

A première vue, ses 3 propositions, à défaut d’être originales, peuvent apparaitre positives : accorder plus d’autonomie aux universités, avoir un système d’évaluation plus efficace, revaloriser la place faite aux chercheurs et aux enseignant-chercheurs dans la société. Ces 3 points ont été discutés en profondeur par la communauté scientifique qui, sur la question de l’autonomie des universités, a beaucoup insisté (ce que ne fait pas NS) sur les garde-fous indispensables pour que les universités aient une véritable politique de recherche guidée par une exigence de qualité et non pas par le fait du prince.

Le point important du texte de NS est le projet qui apparait en filigrane : étouffer les organismes de recherche pour mettre tous les moyens dans un système qui ressemblerait au système américain, entièrement centré sur les universités. En réalité, ce système en diffèrerait grandement, car on n’y toucherait pas aux Grandes Ecoles. NS considère que la faiblesse en recherche des universités françaises est largement due à l’existence du CNRS, qu’il considère comme une vieille structure, donc nécessairement inadaptée. Dans cette logique (en réalité indéfendable), on peut lui rappeler d’abord que les Grandes Ecoles sont beaucoup plus anciennes que le CNRS (cela les disqualifie-t-elles à ses yeux ?), et ensuite que nul ne peut contester leur impact négatif sur la possibilité de recruter les meilleurs étudiants par les universités. [1].

Une phrase clé de son texte doit être citée : " Je plaide pour que nos grands organismes soient recentrés sur leurs missions d’agences de moyens, qui financent, évaluent mais ne gèrent pas ou peu, sans que cela les empêche de conserver leur réseau de laboratoires propres. Leur rôle principal consisterait à accorder des financements sur projets à des équipes de recherche, notamment universitaires." Les grands organismes auraient donc essentiellement pour mission de financer et évaluer la recherche publique, exactement comme la nouvelle structure, l’ANR, proposée en juillet 2004 par le même NS. Deux structures pour la même fonction, c’est évidemment aberrant, sauf si la fonction de la nouvelle structure est d’étouffer en douceur la première. Les organismes abandonneraient donc leur autre fonction, celle d’opérateurs de recherche, ne recruteraient plus, tout le recrutement se faisant dans les universités. NS ne propose pas le mot de statut unique, mais il est bien là en filigrane, si l’on suit sa logique jusqu’au bout.

Dans ce texte, NS choisit d’ignorer que la communauté scientifique a fait un énorme travail d’analyse et de propositions pour faire évoluer le système de recherche français. Les propositions issues des Etats Généraux de la Recherche (auxquels le secrétaire général de l’UMP ne s’est pas rendu, à la différence des dirigeants de tous les autres principaux partis politiques) ne se sont pas réduites à (mal) copier ce qui se fait ailleurs. Elles ont puisé partout des idées, en prenant en compte ce qui existe, l’histoire et les spécificités de notre pays. Ce travail en profondeur des professionnels de la recherche n’intéresse pas NS.

[1] Rappelons que les Etats Généraux de Grenoble, qui n’ont pas ignoré cette question, ont proposé un ensemble de mesures permettant le rapprochement entre Universités et Grandes Ecoles, notamment en incluant ces dernières dans des PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur), constitués autour d’universités