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Appel ou diversion ? (une réponse au texte Crise au CNRS ou Crise de l’Etat ?)

Par Henri Audier, le 1er février 2006

L’appel publié par certains partisans de Bernard Larrouturou (BL) est inacceptable. Je dis "certains" parce que je n’ai jamais entendu au Conseil d’Administration, l’ancien DG parler de la mise en place "d’un effort financier important en faveur de la recherche" comme le fait le texte ; en tout cas pas depuis le premier projet de LOP en janvier 2005. A la veille d’un débat à l’Assemblée nationale, difficile pour ceux qui se battrons contre un "Pacte" qui programme en stagnation la recherche publique, un tel propos est inadmissible.

C’est aussi faire preuve de naïveté ou d’aveuglement sur la situation réelle de la recherche que de se plaindre que le gouvernement entreprenne "une réforme en profondeur du dispositif de recherche sans jamais dire ce qu’il attend des organismes de recherche, et notamment du CNRS". Il suffit de lire la presse, notamment celle de la voix de son maître, les Echos par exemple, pour savoir que le ministère se réorganise complètement pour contrôler d’abord les Agences et accessoirement les organismes ; leur rôle futur étant celui d’hôtelleries, payant personnels et infra-structures, pour des thématiques déterminées en dehors d’eux. Il faut être aveugle pour ne pas voir que, au ministère, la fusion de la Direction de la recherche et de celle de l’innovation risque d’avoir des conséquences dramatique sur la recherche fondamentale. Il faut être autiste pour ne pas comprendre ce que signifie le dernier arbitrage rendu : il n’y aura pas de Conseil scientifique de l’ANR !!! Et pourtant, l’appel ne fait même pas allusion à la distorsion croissante entre les moyens de l’ANR et ceux du CNRS, contre laquelle BL s’était élevé publiquement, par plusieurs fois, et avec courage.

Je dis cela d’autant plus tranquillement que j’ai été scandalisé par le coup de force du gouvernement contre l’autonomie du CNRS, qui a vidé deux DG en trois ans, ce que j’ai écrit avec mon ami Francis-André Wollman dans une tribune du Monde.

Et quand on connaît le débat qui a eu lieu, il est assez idyllique, pour rester gentil, que de présenter tout le milieu derrière la réforme. Même en dehors de ceux qui, parmi les partisans du "retrait du projet", avançaient ce dernier mot d’ordre pour n’avoir aucune proposition à faire. Heureusement que le Comité national, le Conseil scientifique et, finalement, le Conseil d’administration, par leurs débats, leurs critiques et leurs propositions, ont fait considérablement évoluer le texte initial, évolutions qui furent d’ailleurs acceptées par BL. Ainsi, après la vague sauvage de restructurations à la hussarde de laboratoires en 2004, les dernières propositions sur la nécessité de départements forts, sur les DIR (sans rôle de gestion), sur l’évolution des rapports avec les universités ou sur la pluridisciplinarité, donnent des bases à la nouvelle Présidente pour rassembler les personnels du CNRS afin d’avancer vers une solution, si tel est son objectif. On peut lui souhaiter bonne chance.

Mais hélas, que cela soit Larrouturou, Meunier ou Bréchignac, tout responsable du CNRS aura face à lui le "Pacte pour la recherche", qui voue l’organisme à l’asphyxie et à la désorganisation, notamment au travers de l’ANR et de l’AER. Avec l’épée de Damoclès du limogeage pour les désobéissants.

L’appel feint de s’interroger pour savoir "s’il est fortuit que la crise provoquée au CNRS le soit au moment où va s’ouvrir le débat parlementaire sur la recherche".

Raison de plus pour ne pas faire de cet appel une diversion.

Henri Audier, membre sortant du Conseil d’Administration.