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LA RECHERCHE EST SAUVEE !

le 7 mars 2006

Le texte ci-dessous, écrit par Georges Debrégeas, adopté par SLR, a été mis en une de notre site la veille du 7 mars, jour du vote de la loi à l’Assemblée. Ce texte ne correspond évidemment à aucun changement de ligne de la part de SLR. Il s’agissait d’utiliser l’arme de la dérision et de l’antiphrase pour dire des choses très sérieuses. D’autres l’ont fait avant nous, par exemple Voltaire, en écrivant en 1765 un pamphlet visant les autorités religieuses, et intitulé "De l’horrible danger de la lecture".

« Sauvons la Recherche », après avoir refait ses calculs, consulté son staff technique, mobilisé ses experts en excellence et en réactivité, réuni ses consultants en flexibilité et en compétitivité internationale, a dû se rendre à l’évidence : nous avions tort et ils avaient raison. La loi pour la recherche, votée solennellement le 7 Mars 2006, ouvre la voie à un avenir glorieux et patriotique pour la France, au travers d’un pacte d’amour et de tendresse pour la vie avec ses chercheurs.

A notre décharge, il faut le dire, les voies du gouvernement sont parfois impénétrables. La baisse de 30%, en 2004, des crédits de la recherche et la transformation de centaines de postes de titulaires en contractuels ne rendaient pas limpide l’affirmation que la recherche était devenue la grande priorité nationale. C’est pourquoi nous avons eu la présomption d’aider le gouvernement à réformer sa politique en organisant des Etats Généraux de la Recherche. Grossière erreur : alors que nous nous agitions, des experts ministériels, tirant parti du recul précieux que confère l’ignorance du quotidien des laboratoires, nous concoctaient en douce un texte de loi qui, incontestablement, va remettre la recherche dans le droit chemin. Explication de texte de ce monument de génie politique.

Tout d’abord, n’en doutons plus, la France consacrera bien 3% de sa richesse à la recherche en 2010, comme elle s’y est engagée. Nous avions osé émettre quelques doutes à ce propos, constatant que nous n’étions qu’à 2,2% en 2005 et que la loi prévoyait une stagnation de la part publique pour les 5 ans à venir. Mais c’était ignorer la force du nouveau concept de « patriotisme économique » de M. Galouzeau de Villepin qui à lui seul permettra le doublement de l’effort privé de recherche en 5 ans, nécessaire pour atteindre ce résultat. Plus de doute, la stagnation depuis 3 ans des budgets de R&D, la fermeture des sites d’Aventis et d’Alcatel, la réduction de 30% de la recherche d’EDF, ne seront bientôt qu’un mauvais souvenir. Poussés par ce nouvel élan, les actionnaires tricolores vont refuser leurs dividendes, oublier les OPA, et faire couler l’argent à flots sur les centres de recherche, tout en chantant la Marseillaise !

Nous avions également douté que les jeunes se précipitent vers les carrières scientifiques, en constatant l’absence de postes de titulaires, le salaire de misère des doctorants, et la multiplication des postes en CDD. C’est que, dans notre naïveté, nous n’avions pas perçu l’incroyable force répulsive du Contrat Premier Embauche qui vient d’être offert à la nation. En transformant le monde du travail pour les jeunes en une gigantesque foire aux esclaves, M. de Villepin va entraîner vers les études doctorales des cohortes de jeunes dociles et bien élevés, qui se battront pour travailler nuit et jour dans l’espoir d’éviter quelques mois encore les affres du chômage et des contrats journaliers. Le CDD recherche va devenir le Graal de toute une génération !

Avouons-le aussi, nous avions quelque hésitation à confier le pilotage de toute la recherche publique aux hauts fonctionnaires de Bercy et aux industriels éclairés. Quelle dramatique erreur ! Rendez-vous compte, nous avons failli maintenir en vie cette vieillerie qu’est le CNRS et ses 30000 publications annuelles, inutiles et vaines. Nous avons même demandé - pauvres fous - que l’ANR se dote d’un conseil scientifique pour distribuer ses centaines de millions d’euros aux équipes ! Avons-nous été aveugles pour ne pas entrevoir toutes les possibilités que nous offre ce nouveau dirigisme d’Etat ? La France va enfin pouvoir se doter d’une vraie science officielle à faire pâlir d’envie le monde entier. Nous allons pouvoir revisiter les travaux du grand biologiste Lyssenko, étoile du régime stalinien. Les chercheurs, grâce aux techniques managériales modernes, vont devenir enfin utiles et performants. Ils devront oublier ces petits problèmes futiles que sont l’étude du fonctionnement du vivant, de la matière ou des comportements sociaux. Les pôles de compétitivité tracent une voie nouvelle : la « cosmetic valley » de la région Centre va irradier le monde de la connaissance d’une nouvelle lumière sur la façon de faire un dentifrice trois couleurs. Le pôle « viande et produit carné » va devenir le centre mondialement reconnu de la découpe de la bavette. Nous pourrons aussi étudier en toute quiétude et indépendance l’impact des ondes électromagnétiques des téléphones portables sur le cerveau humain, grâce au financement de Bouygues Telecom. Il ne faut pas en douter, les prix Nobel français se compteront bientôt par dizaines !

Enfin bien sûr, il reste cet épineux problème de l’Université. Là encore, reconnaissons-le, nous avons fait fausse route. Nous souhaitions une Université pour tous, où des enseignants titulaires de leur poste disposeraient d’un temps raisonnable pour poursuivre leur recherche et enseigner dans des conditions matérielles décentes. Alors qu’il suffisait de concentrer quelques moyens et tous les regards sur quelques pôles super-excellents. Et pour faire plus excellent qu’excellent, pourquoi ne pas construire de toutes pièces un institut qu’on appellerait l’European Institute of Technology, dirigé par un groupe de lobbyistes des bio-techs ? Avec un nom comme ça, il est plus que probable que tous les chercheurs du MIT américain, qui auraient manqué le recrutement à la fac Pasqua, se précipiteront à nos portes.

Devant une telle ambition, une telle intelligence politique, une telle vision de l’avenir, SLR ne peut que s’incliner. Le futur radieux qui nous est offert ne laisse que peu de place à la contestation. SLR, rebaptisé « Saluons la Loi de Robien », a donc décidé de consacrer toute son énergie à convaincre les citoyens du bien-fondé de ce grand projet pour la France. Déjà, les instituts « Villepin », les laboratoires « de Robien », les pôles « Jacques Chirac » se multiplient dans tout le pays. Gloire à eux, vive la recherche, et vive la France !