L’Association "Sauvons la Recherche" Groupes de travail Comités loc. et transv. Université de printemps 2011 EUROPE
Accès thématique Emploi et précarité Communiqués de SLR Actualités communiqués partenaires
Médiathèque Les archives Documentation revue de presse Tribunes et Contributions
accueil contact plan du site admin
caractères +caractères -
article
réactions (1)
Accueil / Tribunes et Contributions / Les déclarations de J. Chirac sont contradictoires avec le vote de la LOP par l’UMP

Les déclarations de J. Chirac sont contradictoires avec le vote de la LOP par l’UMP

Par Henri Audier, le 14 avril 2006

Avertissement : des réponses authentiques à des questions imaginaires

Les déclarations de Jacques Chirac sont totalement authentiques, mais elles datent d’avant le vote de la LOP [1]. Les questions, écrites par nous après ce vote, sont par contre le pur fruit de notre totale indignation.

Monsieur le Président, la France ne consacre que 2.2 % de son PIB à la recherche, après avoir frôlé les 3 % vers 1970. Ce chiffre nous situe loin derrière la Suède, la Finlande, l’Allemagne, les Etats-Unis et le Japon. Contre l’avis du Conseil économique et social, du CSRT, du CNESER, du Comité national, de la commission du Sénat sur la recherche et celle de l’Assemblée nationale, la seule UMP a voté la Loi d’orientation et de programmation (LOP) et sa programmation. Celle-ci maintient à peine la part de l’effort de public de recherche, aides au privé inclues, dans le PIB jusqu’en 2010. Ce vote vous paraît-il en accord avec vos engagements de 2002 ?

J. Chirac : Avec moins de 2,2% du PIB, la recherche française ne peut plus faire face à la compétition internationale. Le temps d’un simple rattrapage est révolu ! L’engagement doit être à la mesure d’un tel défi : le montant des dépenses publiques et privées consacrées à la recherche et au développement doit être porté à 3 % du PIB avant la fin de cette décennie. La France pourrait ainsi, dès 2007, se trouver en tête des pays de l’Union Européenne dans ce domaine (...).

Le développement de la recherche et de l’innovation sera soutenu par une ambition politique pour construire une France en grand, une France de la connaissance et du progrès. Cela devra se traduire par une nouvelle ambition pour la science, à laquelle l’ensemble du Gouvernement devra être sensibilisé (...).

Monsieur le Président, croyez vous possible, comme le fait la LOP et sa programmation, de développer l’innovation tout en sacrifiant les recherches fondamentales ?

J. Chirac : Il ne faut plus opposer recherche publique et recherche privée, recherche fondamentale et développements applicatifs. Une politique ambitieuse en faveur de la recherche et de l’innovation doit adopter une approche globale et favoriser simultanément le développement de la recherche fondamentale, qui vise à accroître le corpus des connaissances et à produire des publications significatives, la recherche technologique qui vise à développer des briques technologiques de base et déposer des brevets et enfin, la recherche industrielle qui vise à mettre au point des produits et des procédés. C’est une approche globale (...). Aucun pays ne peut dépendre uniquement et durablement des découvertes faites ailleurs. La France ne peut faire l’économie d’un investissement important en recherche fondamentale. L’excellence scientifique doit aussi se transformer en excellence technologique, en positions industrielles solides et donc en emplois qualifiés.

Monsieur le Président, dans les structures mises en place pour développer l’innovation au niveau régional, les entreprises et le préfet ont beaucoup plus de rôle que les collectivités territoriales, pourtant élues et dont c’est l’une des missions. Pensiez-vous ainsi en 2002 ?

J. Chirac : Il doit être fait davantage confiance aux collectivités régionales pour la diffusion de l’innovation dans les PME, le soutien aux incubateurs, aux centres de transfert technologique, et d’une manière générale dans les interactions entre la recherche publique et le tissu économique régional.

La France compte 6 chercheurs pour 1000 actifs, ce qui la place loin derrière les pays européens nordiques, les Etats-Unis ou le Japon. Or la LOP n’a repris aucune des mesures proposées par les Etats généraux de la recherche pour rendre plus attractives les carrières.

J.Chirac : Il faut tout mettre en œuvre pour rendre plus attractives les carrières de chercheurs et pour libérer les énergies de la créativité. A cette fin il faudra impérativement revaloriser les carrières de chercheurs et susciter ainsi des vocations dont la France innovante aura besoin.

Il y a plus grave, Monsieur le Président : dans nombre de disciplines, les étudiants se détournent du doctorat. Il était donc indispensable de montrer l’existence de débouchés par un plan pluriannuel de l’emploi scientifique et de porter les allocations de recherche à 1,5 fois le SMIC. Or le ministre de la recherche a réussi à ce que cette dernière mesure, pourtant demandée par l’Assemblée nationale, ne figure finalement pas dans la Loi.

J . Chirac : Il faut corriger le traitement indigne qui est fait aux jeunes docteurs qui s’engagent dans cette merveilleuse aventure humaine qu’est la recherche scientifique et stimuler le recrutement de jeunes et talentueux chercheurs en leur donnant la possibilité de défricher de manière autonome des champs nouveaux de la connaissance. Tout doit être mis en œuvre pour mettre fin à la fuite de cerveaux, qui est réelle -il ne s’agit pas, comme on l’entend dire, d’une simple « circulation des cerveaux »-, offrir à ceux qui se sont exilés l’envie de rentrer en France mais également pour attirer des talents étrangers d’excellence.

Mais ils ont voté une Loi sans plan pluriannuel de l’emploi, Monsieur le Président ...

J .Chirac : Entre 2002 et 2010, 40% des chercheurs et 58% des ingénieurs et techniciens actuels vont partir à la retraite. Il est nécessaire d’anticiper ce mouvement pour que les savoirs soient transmis (...). De ce point de vue, le programme prévisionnel et pluriannuel de l’emploi scientifique adopté par le Gouvernement sortant est largement insuffisant [Le Président fait en fait ici allusion au gouvernement Jospin]. Ce programme, qui est indispensable, devra être entièrement repris en concertation avec les représentants des chercheurs,

[1] Le lecteur un peu averti aura tout de suite compris que ces déclarations, si elles sont bien celles de Jacques Chirac, sont celles du candidat Jacques Chirac répondant à l’association Eurosciences en mars 2002 (voir http://www.euroscience.org/UEVENTS/...), et non celles du Président Jacques Chirac. Nous regrettons que l’homonymie entre deux personnes, dont il semble prouvé qu’elles ne se soient jamais rencontrées, ait pu perturber certains lecteurs.