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Une nouvelle attaque téléguidée contre la recherche

Par Bertrand Monthubert, Henri Audier, le 16 janvier 2007

Le Monde (16/01/07) vient de publier un article intitulé "En France, la recherche manque de performances, pas d’argent". Cet article introduit les éléments confidentiels d’un rapport (Henri Guillaume et Jean-Richard Cytermann) sur la valorisation de la recherche que la journaliste semble être la seule à posséder. L’utilisation de ce rapport pour affirmer que le problème de la recherche est structurel et non pas budgétaire est consternant. Des membres de SLR répondront sur le fond aux propositions de ce rapport. Mais d’ores et déjà, on peut remarquer que lors du dernier rapport Guillaume, des "fuites" avaient été organisées par l’Express : c’est le journaliste économique qui avait servi de porte-plume aux révélations, sans même que le journaliste scientifique n’ait été au courant. Aujourd’hui, dans Le Monde, c’est une journaliste n’ayant pas suivi les problèmes de recherche qui sort le rapport.

Dès à présent et à titre d’exemple, nous souhaitons commenter la phrase de l’auteur de l’article, indiquant que "la France est l’un des pays développés où la dépense publique de recherche est la plus élevée ramenée au PIB" d’après une étude "publiée vendredi par Eurostat". En fait, ce dernier vendredi, Eurostat a simplement rendu public le chiffre moyen européen d’effort de recherche après l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie, ce qui fait baisser la moyenne européenne. Les autres chiffres étaient connus depuis longtemps. Il n’y a strictement rien de nouveau ; mais surtout, l’affirmation est totalement mensongère et relève de l’opération politicienne.

La part de la recherche dans le PIB : l’Europe aggrave son retard sur les Etats-Unis et le Japon

Les tableaux publiés par Eurostat (voir leur site) indiquent d’abord un fantastique retard de l’Europe (1,85 % du PIB pour "les 25", 1,91 pour "les 15") sur les Etats-Unis (2,68 %) et le Japon (3,18 %), avec la Chine, l’Inde ou le Brésil qui avancent très vite. En dynamique, depuis 10 ans, l’Europe a stagné, les Etats-Unis (+ 7 %) et le Japon (+ 9,5 %) ont progressé.

La part de la recherche dans le PIB : la France occupe une place très médiocre en Europe

Avec 2,13 % de son PIB consacrés à la recherche civile et militaire, la France se situe un peu au-dessus de la moyenne européenne. Mais elle est très largement devancée par la Suède (3,86), la Finlande (3,48), la Suisse (2,93), l’Allemagne (2,51), le Danemark (2,44) et même l’Autriche (2,36).

Hors recherche militaire, ces écarts s’accroissent et la France se retrouve, de plus, derrière la Belgique, voire les Pays-Bas, mais devance encore le Luxembourg et la Grande-Bretagne.

En termes de dynamique, depuis 1995 et d’après Eurostat, trois pays seulement régressent quant au volume de recherche (inflation prise en compte) : la Grande-Bretagne (- 11,4 %), les Pays-Bas (-9,5) et la France (-6,9). Les pays bien placés progressent : l’Allemagne (+ 15 %), le Danemark (34 %), la Suède (16 %) et la Finlande (+ 70 %). Les pays à faible taux de recherche ont progressé eux aussi et commencent à rattraper leur retard : Italie (+ 12 %), Espagne (+ 40 %), Portugal (+ 37 %). Avec une croissance de 58 %, l’Autriche a doublé la France. A qui le tour ?

Le financement de la recherche académique est mauvais en France

D’après Eurostat, dans cet effort global, la part de financement public en France ( 37,6 %) est un peu au dessus de la moyenne européenne (34,7 %). Qu’on envisage le financement total ou bien le seul financement public, cela ne change donc rien dans l’ordre des pays.

Mais comme l’article du Monde semble viser d’abord le CNRS et les universités, il est bon de préciser que dans ces 37,6 % de financement public, la France inclut le financement de la recherche militaire (22,3% des crédits budgétaires publics de R&D), une partie de la recherche liée aux grands programmes industriels, contrairement à tous les autres pays, sauf la Grande-Bretagne. Si bien qu’en termes de recherche "académique", le taux de financement public français est mauvais, dans une part de recherche dans le PIB qui est elle-même médiocre, et très, très loin des pays les plus avancés.

Nous maintenons donc que c’est de l’ordre de 50 % qu’il faut accroître l’effort français (passer de 2,1 à 3 % du PIB), l’effort pour la recherche publique et l’effort pour la recherche industrielle. Quant au rapport Guillaume-Cytermann, nous répondrons très prochainement. La démocratie exige qu’il soit réellement rendu public.