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Tribune de F. Bayrou dans "La Recherche" (Janvier 2007)

le 24 janvier 2007

LA RECHERCHE, Janvier 2007, n°404. Spécial présidentielle.

La recherche, pour l’avenir de la France, Par François Bayrou, président de l’UDF.

Il y a dans le monde de la recherche une grande frustration et une grande colère : le sentiment d’être sans avenir, des conditions de travail de plus en plus précaires, la jeunesse qui se détourne de la recherche, des jeunes chercheurs éminents qui s’exilent. Sans compter la déception que les propositions des Etats-Généraux de la Recherche n’aient jamais été reprises par le Pacte pour la recherche du gouvernement. Ainsi, le France forme de très grand chercheurs, parmi les meilleurs du monde ; mais ils vont travailler à l’étranger et ne reviennent pas. Nous sommes là au cœur du drame : des années d’études, dont chacun s’accorde à reconnaître la qualité, et à la sortie, peu de reconnaissance, presque pas débouchés alors que les postes dans la recherche publique se sont dangereusement raréfiés. La recherche n’est pas considérée en France comme une formation qui conduise à la responsabilité dans l’entreprise. Elle l’est pourtant dans tous les autres pays du monde. En France, la voie vers la responsabilité managériale, ce sont les grandes écoles, c’est un diplôme d’ingénieur, ce n’est pas un doctorat. Ce phénomène met en péril la recherche française. La recherche de haut niveau est comme la point d’une pyramide, et cette point sera d’autant plus éminente que la base de sélection sera large. Et sans débouchés, il ne peut y avoir une large base, malgré la qualité de notre recherche et de notre université. C’est ainsi que nos jeunes chercheurs désespèrent. Et c’est ainsi que le monde de la recherche et le monde de l’entreprise sont toujours éloignés, rendant par exemple toujours difficiles les transferts de technologie. Pourtant, la recherche est l’une des questions les plus importantes pour notre pays. Il y a une nécessité politique : faire tomber ce mur qui sépare le pouvoir et les chercheurs, qui se sentent au-dehors de la sphère de décision. Leur redonner la place qu’ils doivent nécessairement avoir, une place centrale, une place de responsables : car les principaux enjeux de notre société, la mondialisation, le développement durable, ont besoin d’une grande politique de recherche.

L’avenir de notre système de recherche passe par quatre mots : programmation, partenariat, autonomie, temps. Toute réforme ne peut se faire qu’avec le terrain, et elle ne peut pas être la victoire des uns contre les autres. D’abord, il faut une réforme de l’Université. S’il n’est pas question de toucher au statut national des diplômes, la question du degré d’autonomie des universités est posée, en particulier pour des budgets de la recherche. Par ailleurs, la gouvernance des universités est à revoir, en démocratisant son fonctionnement et en promouvant les fonctions d’encadrement. On ne peut rester aux 2000 euros bruts que reçoivent en moyenne les jeunes chercheurs. Je procéderai à une réévaluation des grilles de salaire des chercheurs, pour rendre plus attractif le métier de chercheur. En outre, nous devons avoir une politique européenne de recherche. C’est la seule façon de jouer notre rôle dans la compétition internationale. Combien d’universités européennes au niveau des grandes universités américaines ? Il faut donc un financement propre et pérenne de la recherche européenne. Pour atteindre ces objectifs, il faut un engagement précis sur la question des moyens. Je suis partisan de la fixation de grands objectifs pour la Nation, discutés et votés par tous les partis. Car là aussi, la question est beaucoup trop grave pour être soumise aux vieux clivages. Je propose un pacte national et trans-partisan, qui serait signé par tous les candidats, en faveur d’une augmentation régulière et sur le long terme du budget de la recherche, de l’ordre de 5% par an sur dix ans. Pour juger de la responsabilité des dirigeants du pays, regardez quelle place ils accordent à la recherche et l’éducation. Pour nous, en tout cas, cette place sera la première.

François Bayrou.