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Accueil / Les archives / Elections 2007 / Réunion publique de SLR à Paris - 30 avril 2007 / Intervention d’André Brahic, astrophysicien

Intervention d’André Brahic, astrophysicien

le 4 mai 2007

Je voudrais deux choses essentiellement. Je voudrais d’abord dire que recherche, éducation et culture sont des choses essentielles. J’entends parfois “oui vous les chercheurs vous êtes comme les plombiers-zingueurs ou les coupeurs de bois en Lorraine, ce que vous voulez c’est une augmentation de vos salaires”. Mais il ne s’agit pas de revendications corporatistes, il s’agit vraiment d’un appel très fort sur ce que je pense être l’avenir de notre société. Nous avons un candidat qui prétend jouer la loi du plus fort. Alors jouons la loi du plus fort, acceptons son point de vue et voyons si lui est le plus fort. Comme on le fait avec les étudiants lorsqu’ils se présentent à un concours ou à un examen, on regarde ce qu’ils ont fait. Et généralement celui qui a eu 2 à l’examen, on lui dit tu redoubles ou tu recommences. C’est ce que je voudrais vous montrer avec lui en ce qui concerne la recherche. Je ne suis membre d’aucun parti politique, je suis un chercheur astronome qui a un bonheur parfait à faire ce qu’il fait, et mon seul souhait serait que les suivants puissent faire la même chose. Si nous élisons cette homme maintenant, je pense que la France prendra 5 ou 10 ans de retard, ce ne sera pas aussi grave que Madame Thatcher ou Pinochet, ça sera au niveau de Brejnev ou d’autres, mais il y a un danger très grand. Sur le seul plan de la recherche, j’aimerais dire à mes concitoyens « élisez n’importe qui mais pas lui ».

Pourquoi la recherche est-elle si importante ? Il y a dans la recherche plusieurs aspects, il y a la recherche fondamentale où on essaie de comprendre qui nous sommes et dans quel monde on vit. Il y a la recherche appliquée qui permet d’avoir une vie meilleure etc…Et puis il y a la curiosité de l’homme, d’avoir la connaissance. Mais au-delà de ça, je pense que la recherche est fondamentale dans les actes de tous les jours. Il y a des penseurs qui ont regardé le ciel, il n’y a pas si longtemps, ils ont piqué quelques idées aux grecs, aux égyptiens et autres, et ces penseurs ayant fait un corpus, nous en sommes les héritiers. Ce que nous faisons actuellement, c’est que nous préparons la suite. La manière dont nous voyons l’univers, l’homme, prépare une attitude complètement différente pour la suite. Et si nous avons la chance, nous occidentaux, d’être en ce moment très légèrement en avance sur les chinois, les indiens et les autres, c’est parce qu’un roi d’un petit pays, le Danemark, en 1580 et quelques, a eu un coup de cœur pour l’astronomie et a consacré 5% du produit national brut de son époque pour construire un observatoire. Et derrière c’est Galilée, Newton etc, c’est la renaissance scientifique, nous en profitons encore. A la même époque, l’Espagne défendait la religion et a construit un invincible armada qui s’est retrouvé au fond de l’eau, on voit comment les budgets peuvent être bien ou mal placés ! je suis utopique, oui, mais comme je suis astronome, je suis pas à 100 millions d’années près. On pourrait avoir un creux maintenant, mais j’aimerais quand même qu’on évite ce creux.

Mais la recherche, si c’est l’avancée des connaissances, c’est aussi l’économie On veut lutter contre le chômage mais le meilleur moyen c’est la recherche ! Quand on dépense des millions d’euros pour lancer des sondes dans l’espace, c’est parce que les industriels doivent avoir une fiabilité à toute épreuve, s’ils ont la fiabilité, ils sont les maîtres du marché. Et je donne juste un exemple : la Chine vient de lancer 22 satellites scientifiques et dans le même temps, l’Europe en a lancé trois ! Vous voyez bien que l’Europe est un peu timide, avec des chefs d’état comme Berlusconi, ou certains qui s’annoncent et terminant aussi par un i, enfin, par un y ! C’est pas avec ça qu’on ira très loin. Pour le chômage il faut donc garder une certaine avance et c’est fondamental !

On parle de la violence dans les banlieues, moi j’ai eu une expérience un jour. Je suis à l’Université Paris VII, un de mes collègues s’appelle Claude Allègre et je lui disais : « si tu mettais des programmes dans les classes qui soient un peu plus amusants, peut-être que les gamins seraient un peu moins agités. » Il me répond : « tu m’énerves, je vais t’envoyer où il y a des problèmes ».

Alors je suis allé dans les quartiers Nord de Marseille, à Mantes-La-Jolie, on ma dit « attention ils brûlent les voitures », on m’a présenté ça comme la drogue la violence, vous connaissez ce discours. J’y suis allé. Et j’ai vu ces gamins, deux ou trois ou quatre cents à chaque fois, et ils étaient un peu agités. Et au bout de 10 minutes, en leur tenant un langage un peu différent, j’ai pas tenu le langage de l’imam, pas celui du CRS non plus, eh bien j’ai trouvé des gamins dont les yeux commençaient à briller. Et je me suis dit « tout n’est pas perdu ». Ce qui m’a fait dire à Jacques Chirac et à Lionel Jospin, enfin, c’était pas le même dîner, c’était deux soirs différents, je leur ai dit : « quand vous avez des problèmes dans les banlieues, envoyez les astronomes d’abord, la police après ! » Et avec Sarkozy, je ne suis pas sûr que c’est ça qui sera fait ! Je n’ai pas eu de chance, Jospin n’a pas été élu, et Chirac comme nous le savons était légèrement sourd. Et là, c’est la mauvaise voie qui est prise.

Nous avons des problèmes de sécurité, on parle de fondamentalisme et autres, mais il est bien évident que c’est pas par les armes qu’on va y arriver. C’est au niveau de base, il faut qu’on leur explique que l’Univers c’est pas un barbu, et il faut leur apprendre dès qu’ils sont gamins, c’est pour ça que je crois que recherche, culture et éducation vont de pair. Je ne parle pas ici des crédits de la recherche, c’est une autre histoire, je parle ici de la dimension culturelle de la recherche qui hélas est totalement absente. Quand on passe par hasard trente secondes à la télévision, c’est souvent une image qui a rien à voir avec ce qu’on dit, avec un journaliste qui n’y connaît rien, et un scientifique qu’on a coupé complètement. Franchement, il y a là un effort énorme à faire.

L’effort énorme, dans l’histoire ça a existé. Je peux vous donner quelques exemples de chefs d’état qui ont, pour moi, joué un beau rôle pour la recherche, de gauche ou de droite. Commençons par un homme de droite, Louis XIV, qui n’était pas un gauchiste. La recherche française bénéficie encore de cet effort. A une époque plus récente, je prends le gouvernement de 1936, je prends Pierre Mendes-France qui hélas a gouverné peu de temps, je prends Charles de Gaulle, ils ont fait des efforts importants pour la recherche. Pompidou et Giscard du point de vue de la recherche, ça a été une catastrophe, Pompidou disait que la recherche état la danseuse du Général de Gaulle. Il y a donc eu des creux, et Mitterrand dans le fond, a pas eu grand mérite à relever le creux. Mais il ne faut pas uniquement des crédits supplémentaires, et c’est là que je diverge avec certains collègues. Bien sûr qu’il faut des crédits, mais il faut essentiellement de l’enthousiasme, il faut donner une place dans la société, il faut montrer la voix, il faut des gens de grande envergure. Quand de Gaulle a voulu développer la culture, il a mis Malraux ! On peut aimer ou pas aimer Malraux mais c’est un personnage qui a une stature. En 36, on a mis Jean Perrin, on a mis ensuite Joliot-Curie, des gens de grande dimension. François Arago a joué un rôle important dans la deuxième république, et là je ne vois aucun scientifique.

Que Sarkozy se fasse entourer par des gens qui se droguent, par des Hallidays, très bien c’est son choix, mais il pourrait y avoir UN scientifique de grande envergure, et il n’y en pas !!! Aucun !!

Ce que je vois autour de moi, c’est le découragement de beaucoup d’entre eux, qui disent « si c’est Sarkozy, je laisse tomber ou je vais m’en aller aux Etats-Unis, ça ira mieux ». C’est un découragement énorme. C’est un appel vibrant que j’ai envie de lancer, il y a un danger très grave pour ce qui est le cœur de la société, de notre avenir, avec un homme qui n’a pas fait ses preuves. Le conseil que je donnerais à Sarkozy, s’il a envie d’être président de la république, ce qui peut être légitime avec une telle ambition, c’est d’abord de passer une thèse, parce que la thèse c’est une formation qui vous fait avoir un nombril un peu plus petit après, parce que quand vous séchez, que vous vous trompez, que ça ne marche pas, ça vous apprend un peu l’humilité, ça vous apprend l’esprit critique. Moi je préférerais que les hauts responsables soient formés par un doctorat plutôt que par une école avec un concours un peu artificiel.

Mon appel n’est pas celui d’un parti politique, je ne suis pas membre d’un parti, ce n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est une cause nationale, sur laquelle la gauche et la droite pourraient se réunir. Il y a des hommes de droite qui ont fait leurs preuves. Mais celui-là est un danger pour l’éducation, la culture et la recherche. Il faut dire à la population, indépendamment de ses partisans et du reste : « Il y a danger po ans de retard ? »