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Accueil / Les archives / Elections 2007 / Réunion publique de SLR à Paris - 30 avril 2007 / Intervention d’Alain Fischer, immunologue

Intervention d’Alain Fischer, immunologue

le 4 mai 2007

Je parlerai sans langue de bois, c’est-à-dire que je commencerai par dire que je ne suis pas un partisan enthousiaste de Ségolène Royal, il y a des choses dans le programme ou dans les opinions exprimées par Ségolène Royal qui me gênent, je citerai par exemple sa vision du programme nucléaire de la France, sa restriction -qu’elle a affirmé à plusieurs reprises- dans sa volonté de ne pas voir d’expérimentations en champs ouverts des OGM, je pense que ce ne sont pas des positions sages, mais néanmoins, elles sont là. Elle témoigne peut-être -ce qui me gène d’une certaine façon- d’une vision que je considèrerai comme un petit peu étroite, trop forte ou étriquée, du principe de précaution. Cela dit, nous sommes au second tour d’une élection présidentielle, en face il y a un candidat qui s’appelle Nicolas Sarkozy, je ne vais évidemment pas vous l’apprendre, et si je regarde un tout petit peu ce qu’on voit dans le programme de Nicolas Sarkozy dans les domaines que je connais un peu, je suis inquiet si d’aventure ce programme devait s’appliquer. En premier lieu ça ne concerne pas directement le sujet de l’enseignement supérieur et la recherche, mais là je m’exprime à l’instant en tant que médecin. Je suis médecin, il m’arrive de soigner des enfants dans un hôpital voisin. Le programme de Nicolas Sarkozy dans un but de vouloir réduire le décifit des dépenses de santé, souhaite mettre en place un système de franchise sur toutes les dépenses de santé, ce qui veut dire -sans rentrer dans les détails techniques- qu’à chaque fois qu’un acte médical sera accompli, la personne concernée aura à dépenser de l’argent de sa poche. On ne peut pas imaginer une mesure plus anti-sociale, c’est une façon extrêmement efficace d’éloigner les plus défavorisés, les plus démunis, d’un système de santé et de faire que ces gens ne se soignent pas. Evidemment, ce n’est pas une question directe d’enseignement supérieur et de recherche mais elle est à mon avis extrêmement grâve et je ne peux pas ne pas la souligner en tant que médecin.

Si on se rapproche plus de l’objet du débat de ce jour, je voudrais mentionner à mon tour, même si cela a été largement discuté au cours des semaines passés, les prises de position évidemment de Nicolas Sarkozy concernant le caractère inné de certains comportements et du domaine du non rationnel, ce que j’ai estimé être initialement un propos de café du commerce, de la bourde que chacun peut commettre. Ce qui me gêne plus, c’est que lorsqu’elle a été mise en avant, soulignée par beaucoup -Axel Kahn l’a fait très bien dans les médias notamment- il a persisté et il a signé ? C’est-à-dire que même s’il entend un discours sensé, rationnel, face à ces questions, le doute scientifique nécessaire, il persiste dans des positions qui ne sont pas rationnelles et ça ça devient plus inquiétant parce que ça veut dire qu’il est semble-t-il loin d’être à l’écoute d’un certain nombre de points de sagesse nécssaires dans la conduite d’une société.

Le point suivant, évidemment si l’on regarde le programme de Nicolas Sarkozy, on trouve aussi des arguments budgétaires importants en faveur de la recherche, il annonce des augmentations très sensibles du budget de la recherche et des universités, mais je dois dire que j’ai du mal à le croire, j’ai essentiellement du mal à le croire en raison de la figure extraite d’un article qui est paru il y a quinze jours dans Nature que Bertrand a évoqué il y a une seconde et qui montre de façon extrêmement claire, qu’à chaque fois que la droite a été au pouvoir depuis les années 70, le budget de la recherche en France a décliné, et on peut au passage rappeler que Nicolas Sarkozy a été ministre du budget entre 1993 et 1995 -le budget est directement intéressé à ces questions- et finalement il a été ministre au cours de ces cinq dernières années, notamment à une certaine période, ministre des finances. Je ne vois pas comment il fera demain ce qu’il n’a pas fait -et même il a fait le contraire- à chaque fois qu’il a été impliqué dans des affaires politiques, donc là il y a un problème de crédibilité qui à mon avis remet complètement en cause son éventuelle action en faveur de la recherche et de l’enseignement supérieur. Aussi j’ai l’impression que son programme met la charrue avant les boeufs, c’est-à-dire qu’il privilégie l’aide directe à l’innovation au niveau des entreprises ­-c’est sûrement nécessaire- mais il n’y a innovation que s’il y a recherche, découvertes, et que donc initialement se fassent des progrès dans les connaissances au sein du système public. Evidemment l’argent n’est pas tout, mais néanmoins l’argent est extrêmement important et je voudrais brièvement évoquer ce qui nous tient le plus à coeur, ce que j’attends d’un gouvernement de gauche, c’est une réforme ambitieuse de notre système d’enseignement supérieur et de recherche. La situation actuelle est difficile, chacun le sait. Le système est complètement parcellisé avec d’un côté, une université de masse qui, avec des moyens modestes, fait ce qu’elle peut et à mon avis fait presque des petits miracles tous les jours dans ce contexte, d’un autre côté les grandes écoles qui avec beaucoup de moyens font bien mais qui ne s’intéressent, sauf exception, pas à la recherche, et enfin le système de la recherche qui est pour l’essentiel dissocié du système universitaire, ce qui est évidemment une hérésie quand on sait le lien qu’il y a entre acquisition des connaissances et diffusion des connaissances. Donc il faut sortir de ce système, et je pense qu’il y a la place pour une réforme qui doit être ambitieuse, qui doit s’inscrire dans la durée, qui doit combattre beaucoup de conservatismes de tous les côtés. Je pense qu’elle nécessite beaucoup de courage mais je pense qu’il faut mettre en place cette réforme afin de considérablement augmenter l’attractivité des métiers de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cela demande de l’argent : de l’argent pour les personnes, de l’argent pour rénover et construire enfin les bâtiments qui ne l’ont pas été pendant de très longues années. Mais c’est aussi une réforme des structures, certainement la gouvernance des universités, réfléchir comment arriver à associer petit à petit les grandes écoles. Evidemment il ne s’agit pas de bouleverser tout mais je pense que cela est nécessaire. Ca veut dire place à l’expérimentation, évaluation a posteriori, faire que notre système d’enseignement supérieur soit à la fois efficient et juste et il me semble que cela peut-être envisageable. C’est un projet à mon avis qui est potentiellement enthousiasmant. Je suis persuadé que la grande part -si ce n’est la totalité- de la communauté du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche s’y associerait volontiers pourvu qu’il soit mis en place. Il me semble que la gauche, malgré malheureusement une impréparation certaine, une certaine impréparation de la réflexion sur ces questions essentielles, qui pour moi sont je crois une des grandes priorités de la nation qu’elles soient vues sous un plan culturel, la place de la connaissance dans notre société, ou économique, la place de l’innovation pour développer nos activités économiques, que cette question peut-être traitée par la gauche, en tous les cas c’est mon espoir. Je vous remercie.