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LES DOCTEURS LPC

On ne peut plus fermer les yeux sur les docteurs LPC (laissés pour compte)

Par Gérard Monnier, le 14 juin 2007

Lettre aux vice-présidents de la CPU

Monsieur Jean-Pierre FINANCE, Monsieur Thierry COULON Monsieur Michel LUSSAULT Présidents d’université Vice-présidents de la Conférence des Présidents d’Université

Paris, le 3 juin 2007

Monsieur le Président, Cher Collègue,

La question de l’emploi des jeunes docteurs trouble de façon persistante le problème des débouchés des formations universitaires.

Comme vous le savez, la réforme Savary en 1984 a ouvert la voie à une modernisation de la formation doctorale ; la création des Diplômes d’études approfondies (DEA, aujourd’hui Master 2) et la création des Ecoles doctorales en sont les principaux aspects institutionnels. Sur le terrain, cette filière a rencontré un grand succès, et a permis à des nombres croissants d’étudiants, français et étrangers, de montrer leurs aptitudes théoriques et professionnelles à la recherche, et à la confirmer par une thèse souvent de grande qualité, source de nombreuses publications d’intérêt reconnu. La plupart ont été inscrits sur les listes de qualification aux emplois de Maître de conférences, par des sections du CNU qui ne pêchent pas par laxisme.

Ces dernières années, l’avenir professionnel de la plupart de ces jeunes docteurs (JD dorénavant) se heurte à des obstacles infranchissables : quantitatifs (petit nombre de postes de MCF mis au concours), mais aussi qualitatifs, puisque nombre d’emplois dans la fonction publique restent, de differentes façons, hors d’atteinte aux titulaires du Doctorat, soit en établissant des équivalences de titres (à leur détriment), soit en réservant des secteurs entiers de la fonction publique de catégorie A à des élèves diplômés de diverses formations professionnelles ou instituts. Je tiens à votre disposition des situations documentées à ce sujet.

Le résultat est que nombre de JD sont au chômage ; âgés de 26 à 32 ans, ou davantage, ils ont recours pour survivre à des expédients, à des emplois précaires, à des pseudos-stages successifs, plus ou moins bien déguisés sous la dénomination de post-doc. Les activités du secteur privé, mais aussi une partie non négligeable de l’activité d’institutions publiques, utilisent ainsi cette main d’œuvre de haute qualification en dehors de tout emploi stable. Il arrive souvent que ces activités de survie écartent le JD de son secteur de compétence, et les cas où le jeune JD postule un emploi en dissimulant son titre ne sont pas rares. Des JD envisagent d’être candidats au métier de Professeur des écoles, via les IUFM. 

Le contraste avec le sort des JD de nationalité étrangère est fort : tous les étudiants étrangers (Corée, Italie, Grèce, Brésil) qui ont soutenu leur thèse sous ma direction ont un emploi stable dans une institution universitaire de leur pays et en relation directe avec leur qualification.

L’actuelle session des concours de recrutement de MCF montre que la saturation est à son comble, et dans toutes les disciplines, scientifiques, littéraires ou dans les sciences humaines.

Le gouvernement actuel se propose de prendre des mesures contre ‘l‘échec des étudiants’ et pour le ‘débouché des diplômés’. Je suggère que l’emploi des docteurs LPC (pour laissés pour compte) soit au premier rang des objectifs défendus par la CPU.

Que faire ? Obtenir d’abord que les statistiques ad-hoc de la Direction de l’Enseignement supérieur, si elles sont fiables, soient publiées, et vérifiées contradictoirement par les Ecoles doctorales.

Conduire ensuite une étude pour recenser les emplois publics où la question des titres et des équivalences est traitée au détriment des docteurs

Etudier et mettre en œuvre un plan de résorption des Docteurs LPC, passant par un recrutement exceptionnel de docteurs :

1 - sur des emplois d’ATER fléchés docteurs LPC 2 – sur des emplois de MCF et de chargés de recherche

Ce plan comptera l’obligation du respect des titres dans les recrutements, et suspendera pour un temps les équivalences ; il procurera le cas échéant des formations complémentaires rémunérées pour l’insertion de jeunes docteurs dans des filières qui jusqu’à présent les écartent.

Je n’ai pas les compétences nécessaires pour aller plus avant dans la définition des solutions.

Mais j’estime que, si rien ne change, la situation actuelle va, sinon vider, tout au moins dénaturer l’accès aux Ecoles doctorales, et qu’elle fait déjà des dégâts sensibles dans les représentations comparées des filières et des responsabilités des enseignants.

On ne pourra pas faire bouger de façon positive l’institution sur la base d’une mauvaise conscience des enseignants, effet probable d’une telle défaite morale et d’un si violent gaspillage de ressources, des enseignants qui ne sont pas à l’abri d’une désignation comme boucs émissaires.

Je vous prie d‘agréer, Monsieur le Président, Cher collègue, l’expression de ma distinguée considération.

Gérard Monnier Professeur émérite de l’Université de Paris I Ancien membre du CNU, 22º section