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Accueil / communiqués partenaires / Deux lettres ouvertes de la Conférence des présidents du Comité national

Comité national de la recherche scientifique

Deux lettres ouvertes de la Conférence des présidents du Comité national

Par Michel Weinfeld, le 14 janvier 2004

Lettres ouvertes au Président de la République, aux députés, aux sénateurs, aux ministres

11 juillet 2003

Pour un budget de la recherche publique qui donne les moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux économique, social et culturel de la France

La CPCN (Conférence des Présidents du Comité national), et avec elle l’ensemble des membres du Comité national de la recherche scientifique, se félicite du succès de la réunion plénière extraordinaire qu’elle a organisée le 30 juin dernier. Cette réunion de nature exceptionnelle avait été convoquée au printemps dernier, alors que s’accumulaient les mauvaises nouvelles relatives aux annulations de crédits du budget 2002 de la recherche, aux annulations de crédits du budget 2003 suivi d’un gel, et à la diminution des recrutements en 2003.

Depuis, et malgré l’annonce du dégel d’une partie des crédits 2003, le paysage s’est encore assombri, les premières informations qui filtrent au sujet de 2004 étant encore plus alarmantes, en particulier en ce qui concerne un éventuel blocage complet du recrutement de l’emploi scientifique statutaire.

La CPCN n’a cependant pas souhaité que cette réunion plénière se borne à dénoncer des mesures qui, si elles devaient se confirmer ou se poursuivre, marqueraient une situation catastrophique et jamais encore rencontrée en France, menant à un démantèlement difficilement réversible de son système de recherche. Elle a voulu montrer que les scientifiques sont responsables, pas seulement en leur nom et en tant que communauté professionnelle, mais aussi comme dépositaires et développeurs, au nom de la nation, d’un patrimoine de connaissances, de savoir-faire, de projets, d’idées, de culture, de progrès et de rayonnement. Elle a donc fait de cette session plénière un moment de larges débats et de propositions, démontrant, si cela était nécessaire, que les scientifiques souhaitent naturellement se mettre en question pour améliorer le fonctionnement et les caractéristiques de l’appareil de recherche dont ils sont les acteurs. La CPCN fera connaître en septembre les conclusions et propositions issues des débats de cette réunion plénière.

Les présidents de section du Comité national de la recherche scientifique, unanimes, qui savent qu’ils représentent directement ou indirectement une grande quantité de scientifiques français, lancent donc un appel solennel aux pouvoirs publics pour qu’ils adoptent une attitude conforme aux enjeux que représente la recherche scientifique, abandonnent une conception étroite et rétrograde qui consisterait seulement à « améliorer le rendement de la recherche publique pour qu’elle soit plus en adéquation avec les besoins des marchés », selon la formulation récente et consternante d’un important ministre, et donnent au pays les moyens de rester une grande nation. Ils déclarent qu’ils poursuivront leurs efforts, sous toutes les formes susceptibles d’être efficaces, pour éviter le désastre qui s’annonce.


Pour un emploi scientifique à la hauteur des enjeux économique, social et culturel de la France

11 septembre 2003

Suite à la réunion plénière des sections du Comité National de la Recherche Scientifique le 30 juin 2003, la Conférence des Présidents de section, réunie le 11 septembre dernier, a exprimé sa vive préoccupation devant des mesures qui, tout en disant assurer le maintien de l’emploi scientifique, s’appuieraient sur des recrutements temporaires pour diminuer le recrutement sur postes permanents. Ces mesures créeraient des déséquilibres profonds qui déstabiliseraient l’ensemble des laboratoires et conduiraient au déclin de la recherche française.

Une des premières propriétés de la recherche française est son grand déficit en emplois publics et privés : 6 chercheurs pour 1000 habitants en France contre 8 aux Etats-Unis d’Amérique et parfois beaucoup plus. La recherche nécessite plus de cerveaux au 21ème siècle qu’au 20ème et ce déficit de 120 000 emplois dans l’hypothèse basse, associé au fait que nous soyons en queue de peloton pour la croissance des dépenses, crée une situation très inquiétante pour la France dans ce domaine si décisif pour son avenir. Cette situation touche notamment les horizons de la jeunesse et accentue sa désaffection pour la science. Or le changement de génération (environ 50 % de départ dans les dix ans) donne une réelle chance au pays d’offrir aux acteurs de la recherche des perspectives d’avenir dans le cadre de l’espace européen.

La recherche publique qui est chargée entre autres, de la recherche fondamentale, de ses applications, de sa valorisation, de la formation des futurs chercheurs privés et publics, est encore actuellement dans une position honorable (comme le montrent tous les indicateurs). Le renouvellement des générations impose une politique de l’emploi hardie et en premier lieu le respect des plans pluriannuels de l’emploi qui visent notamment à éviter les à coups brutaux si préjudiciables pour l’avenir. Ce n’est pas en remplaçant des chercheurs permanents par des précaires ou des intermittents que la France rattrapera son retard. Tout au contraire, les contraintes temporelles de la recherche, fondamentale notamment, les nécessités de la formation pour et par la recherche, impliquent des laboratoires solides avec un emploi chercheur et ITA pérenne ; en outre, la recherche faite par les universitaires doit être mieux reconnue et mieux évaluée pour permettre aux enseignantschercheurs (notamment les jeunes) d’exprimer pleinement leur capacité scientifique.

Tous les indicateurs (les brevets notamment) montrent que la recherche privée est insuffisante en France. L’emploi scientifique en particulier (qui devrait être le débouché principal de nos jeunes docteurs) est largement déficitaire. L’externalisation de la recherche privée vers la recherche publique ou l’étranger est extrêmement préoccupante. Les causes de cette « exception française » sont multiples (fiscale, culturelle, ?). Les mesures incitatives doivent porter en priorité sur l’emploi scientifique et non sur une promotion de l’externalisation de la recherche. C’est dans ce contexte que pourront se coordonner étroitement recherche publique et privée, sans se confondre. En outre, la culture de la recherche est faible dans notre pays, notamment dans l’industrie française (moins de 10 % des ingénieurs se sont « frottés » à l’activité scientifique). Il faut donner au doctorat sa véritable dimension de formation des cadres par la recherche.

C’est seulement dans la mise en ?uvre d’une politique de l’emploi permanent, offensive tant dans le domaine public que privé, que peut se concevoir l’emploi temporaire des jeunes docteurs. Sans elle, le gâchis humain et financier sera encore plus considérable qu’aujourd’hui. Avec elle, la jeunesse retrouvera le chemin de la science. Les métiers de la recherche sont des métiers d’avenir.