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déjà en 1997

Pauvre recherche française !

pour mémoire ARTICLE PARU DANS L’EDITION du journal LE MONDE DU 13.06.97

le 14 janvier 2004

... La France fait maintenant partie du groupe des pays pauvres en science. Et elle risque de le devenir encore plus selon le « principe de Matthieu ». ... la baisse constante, ces dernières années, de l’effort de recherche en termes de crédits (1,3 % en francs courants en 1997 pour le budget civil de la recherche), de main-d’oeuvre, de bourses doctorales, etc., explique cette pauvreté. Et laisse deviner, si rien n’est fait, le déclin inexorable de la science française. .....

Pauvre recherche française ! ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 13.06.97

IL est, dans l’Evangile selon saint Matthieu, une parabole qui dit que, " à tout homme à qui l’on donnera, il aura du surplus ; mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a ". Confirmée au niveau des nations et des individus (on sait que le milliardaire s’enrichit plus vite que le pauvre...), sa validité a été constatée aussi dans le secteur de la science, de la recherche scientifique et dans celui de l’information scientifique. Cet effet s’est érigé en principe dit " principe de Matthieu " et s’est formalisé dans des lois dites biblio-info-scientométriques.

Un article scientifique qui a déjà été cité de nombreuses fois sera cité plus fréquemment qu’un article qui n’a eu que peu de citations ; une revue qui est fréquemment consultée sera consultée plus régulièrement que celles qui sont moins consultées ; un auteur qui a déjà publié beaucoup de livres en publiera d’autres plus facilement que celui qui n’en a pas autant publié...

Récemment, des chercheurs allemands en science de l’information ont eu l’idée de vérifier la pertinence de ce fameux principe en ce qui concerne la recherche scientifique de différentes nations. Faisant usage d’une grande banque d’informations internationale, le Science Citation Index, ils ont cherché les riches en science et les pauvres en science. Ils ont ainsi mis en évidence la mauvaise place actuelle de la recherche française. La France fait maintenant partie du groupe des pays pauvres en science. Et elle risque de le devenir encore plus selon le " principe de Matthieu ".

Certains indicateurs ponctuels, comme le faible nombre de chercheurs français membres des comités de lecture des revues scientifiques internationales, le faible nombre d’inventions brevetées, le nombre limité d’intervenants français dans les conférences internationales, dans les instituts de haut niveau le laissent présager. Un exemple : la modeste participation française (de 5 à 8 %) aux cours des écoles internationales organisés cette année par le Centre de culture scientifique Ettore-Majorana à Erice, en Italie, cours de très haut niveau dans les secteurs avant-gardistes des sciences biologiques et physiques.

Seule exception à cette règle, la forte participation française (35 %) au troisième cours de l’Atelier international sur la gastronomie moléculaire et physique qui a eu lieu du 4 au 8 avril cette année, et qui portait sur " La chaleur dans la cuisson ". Ce cours était introduit par l’ancien directeur général de la science et de la technologie ; celui de 1996, sur les sauces, où la participation française était encore plus importante, l’était par le professeur Gilles de Gennes, du Collège de France. De cela, nous ne nous plaindrons pas, l’espérance de ces recherches étant l’amélioration des méthodes de cuisson et l’invention de nouveaux mets !

Mais la baisse constante, ces dernières années, de l’effort de recherche en termes de crédits (1,3 % en francs courants en 1997 pour le budget civil de la recherche), de main-d’oeuvre, de bourses doctorales, etc., explique cette pauvreté. Et laisse deviner, si rien n’est fait, le déclin inexorable de la science française.

Pendant ce temps, la science américaine se porte bien. Tous ses indicateurs dont les principaux sont les crédits, la main-d’oeuvre, les bourses sont positifs. Et ils le sont parce que les administrations fédérales américaines, National Science Foundation en tête, parce que l’Etat américain poursuivent et accroissent leurs efforts pour soutenir un développement durable. Il est donc crucial pour la nouvelle législature de faire le choix entre déclin inexorable ou développement durable de la science française.

PAR YVES F. LE COADIC