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Lettre ouverte aux autorités de tutelle de l’Inserm

Redonnez confiance à la recherche publique française !

Par Jacques Bertoglio, le 17 janvier 2004

Le texte ci-dessous, élaboré de façon collégiale, a recueilli l’approbation et la signature de la totalité des Présidents et Vice-Présidents des commissions scientifiques de l’Inserm. Il a été adressé au Premier Ministre, à la Ministre déléguée à la recherche et au Ministre de la Santé en date du 14 Janvier 2004

Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre déléguée à la Recherche, Monsieur le Ministre de la Santé,

Les signataires de cette lettre sont tous membres, élus ou nommés, des commissions scientifiques de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm). Ces commissions sont chargées d’évaluer la qualité des recherches menées au sein de l’Inserm et de conseiller son Directeur Général pour les créations de laboratoires et le recrutement des chercheurs.

Nous sommes très inquiets et préoccupés par la diminution des crédits de recherche et celle du nombre de postes offerts aux jeunes chercheurs et nous ne comprenons pas les arbitrages budgétaires de votre gouvernement. Nous n’ignorons pas les difficultés du budget de l’Etat, mais alors que vous-même, la ministre de la recherche, le chef de l’Etat lui-même, avez clairement affiché la recherche comme une priorité nationale, ses crédits, et ceux de l’Inserm en particulier, ne cessent de diminuer. Les Français, à l’occasion du téléthon ont une fois encore manifesté non seulement leur générosité, mais leur intérêt pour la recherche médicale, et leurs attentes pour des diagnostics plus précis et des traitements plus efficaces. L’inquiétude générale, largement médiatisée, dans les moments perçus comme des crises sanitaires (canicule, épidémie « SRAS »), montre bien la préoccupation des Français et de leurs élus face aux problèmes de santé, à leur analyse et leur prévention. Chacun d’entre nous peut témoigner que les recherches menées à l’Inserm au cours des 20 dernières années ont contribué de façon remarquable à l’amélioration de la santé des français, et ont conduit à des découvertes importantes dans tous les domaines de la médecine : transplantations d’organes, traitement du cancer et des maladies cardiovasculaires, diagnostic et traitement des maladies génétiques etc.?

La première question que nous souhaitons vous poser est celle de la part de la recherche qui doit être considérée comme relevant de la responsabilité de l’Etat. La recherche dans l’industrie pharmaceutique ne peut se développer qu’adossée à une recherche fondamentale académique performante qui lui fournit des concepts innovants et identifie les nouvelles cibles thérapeutiques. C’est ce qu’ont bien compris de grands pays comme les USA ou le Japon qui ont en quelques années doublé leurs crédits d’état pour la recherche publique, à la demande notamment de l’industrie pharmaceutique. Nous constatons malheureusement que malgré les promesses, les crédits de fonctionnement (hors salaires) alloués par l’Etat (Inserm, CNRS, Université) à de très nombreux laboratoires français ont subi entre 2001 et 2003 des diminutions de l’ordre de 30 à 40%. Comment ne serions-nous pas inquiets pour le budget 2004, et pour l’avenir de la recherche française ?

Une étape importante dans la vie d’un jeune chercheur est ce que nous appelons le stage post-doctoral, qui conduit un jeune docteur, après 8 ou 9 ans d’études supérieures, à poursuivre sa formation à l’étranger pendant encore 2 ou 3 ans. Cette maturation, a priori bénéfique, ne devient un problème de fuite des cerveaux que lorsque la France n’offre à ces chercheurs, désormais confirmés et ayant fait la preuve de leur compétence et de leur dévouement à la recherche, que très peu de possibilités de retour. L’Inserm n’offrira en 2004 que 30 postes de chercheurs (il y en avait 94 en 2002, un nombre juste suffisant pour assurer le remplacement des départs à la retraite) alors que plus de 3000 de nos jeunes docteurs en biologie exercent leurs talents aux USA. Ils y sont pour la plupart heureux et rémunérés à la hauteur de leurs compétences, mais les découvertes qu’ils y font sont américaines ! Les brevets qu’ils y déposent sont américains, et la France aura à payer plus tard pour importer les nouveaux médicaments mis au point à l’étranger par des jeunes brillants, scientifiques et médecins, issus de nos laboratoires. La mise en place de postes de chercheurs temporaires sur contrats à durée déterminée (CDD) pourrait permettre, dans le cadre d’une politique volontariste de l’emploi scientifique, de maintenir en activité un vivier de jeunes chercheurs créatifs, mais dans le contexte actuel fait courir le risque de voir les jeunes se détourner des carrières scientifiques du fait de leur précarisation accrue. Dans tous les cas cette mise en place de contrats chercheurs temporaires ne saurait représenter une solution dans le long terme que si elle permet à ces jeunes chercheurs de développer effectivement leurs projets et que si un flux positif de recrutements sur poste stable est retrouvé rapidement.

Certes des évolutions de notre système de recherche sont souhaitables et les chercheurs, ingénieurs et techniciens, y seront d’autant plus favorables qu’ils se sentiront associés aux réflexions. Mais ces évolutions ne pourront se faire, et ne seront bénéfiques, que dans une dynamique positive, assurant aux organismes de recherche les moyens nécessaires aux ambitions de la France dans ce domaine.

Nous vous demandons, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre de la Recherche, Monsieur le Ministre de la Santé, de redonner confiance à la recherche française, de redonner espoir à nos jeunes chercheurs et aux étudiants en formation, en permettant aux organismes publics de recherche 1) de retrouver de toute urgence des budgets dignes des enjeux auxquels nous faisons face, 2) d’assurer le recrutement des jeunes talents que nous avons formés au sein de nos universités et de nos laboratoires de recherche.

CSS1 : Christian DAVRINCHE (Président), Xavier NASSIF (Vice-Président) CSS2 : Jacques BERTOGLIO (Président), Dominique EMILIE (Vice-Président) CSS3 : Anne TURSZ (Présidente), Florence DEMENAIS (Vice-Présidente) CSS4 : Luc HITTINGER (Président ), Patrick LACOLLEY (Vice-Président) CSS5 : Laurent BAUD (Président), Guerrino MENEGUZZI (Vice-Président) CSS 6 : Bernard JEGOU (Président), Yves LE BOUC (Vice- Président) CSS 7 : Daniel FAGRET (Président), Alain CROISY (Vice- Président) CSS 8 : Etienne HIRSCH (président), Christian HAMEL (Vice-président) CSS 9 : Jean GIRARD (Président ), Jean-Claude MICHALSKI (Vice- Président) CT1 : Eric SOLARY (Président ) Danièle HERNANDEZ-VERDUN (Vice- Présidente) CT2 : Michel GOOSSENS (Président ), Catherine NGUYEN (Vice-Présidente) CE3 : Marie-Christine HARDY-BAYLE (Présidente), Marie-Pascale MARTRES (Vice- Présidente) CE4 : Guerrino MENEGUZZI (Président),Olivier BOYER (Vice- Président) CE5 : Olivier SOUBRANE (Président), Etienne DOMBRE (Vice- Président) CE6 : Bernard MARO (Président), Patrick FENICHEL (Vice- Président) CE7 : Jean MARTINEZ (Président), Martine ARMAND (Vice-Présidente)