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Attila

Par Henri Audier, le 24 janvier 2008

Composée de 43 personnes, dont la moitié du secteur privé, la commission Attali propose un ensemble de mesures à la serpe, d’un libéralisme débridé et provocateur, qui se cache derrière une phraséologie oscillant entre l’humanisme et le technocratisme. Sarkozy s’est empressé d’approuver. Pas moins de 316 "décisions" proposées, avec pour la recherche, deux ou trois personnes compétentes pour en parler.

Au delà de grandes déclarations sur la lutte contre l’échec en licence, la seule solution proposée pour améliorer l’encadrement est, comme le veut Sarkozy, le développement du "tutorat" par les étudiants plus anciens et non la création d’emploi. Pour ceux qui aiment la LRU : "Il faut aller plus loin [encore] dans la réduction du nombre de membres des conseils et organiser une plus grande autonomie dans les modes de gestion financière, de recrutement des professeurs et des rémunérations".

Mais le clou du spectacle est de "faire émerger par appel d’offre (…), 10 ensembles d’excellence que l’on nommera "Pôles universitaires pluridisciplinaires" (PUP). Les départements universitaires d’excellence n’auront pas nécessairement une localisation unique ; un PUP pourra réunir des lieux d’enseignement géographiquement éloignés". Le coût des 10 campus (PUP) est estimé à 10 milliards d’euros sur 7 ans, la phrase "avec une part de financement privé qui pourrait atteindre 80%" ayant sauté dans la dernière version.

"Ces PUP pourront résulter du rapprochement, sous gouvernance unique, de plusieurs structures d’enseignement supérieur (…), de l’intégration juridique des structures de recherche aujourd’hui partiellement rattachées aux universités et présentes sur leurs sites (les UMR). C’est la porte grande ouverte au démantèlement des universités actuelles, tout en limitant à la licence, voire en coupant de la recherche, tout ce qui ne sera pas PUP.

Mais, le rapport confine carrément le crétinisme quand il propose de "faire passer progressivement de 12 500 à 25 000 le nombre d’étudiants de ParisTech [regroupement d’écoles] et quadrupler les promotions de l’École normale supérieure, de l’École polytechnique et de quelques autres grandes écoles, qui devront s’inscrire dans ces pôles". Une façon élégante et originale de fusionner (grandes) écoles et universités en sciences dures, en tuant les universités. CPU, où es-tu ? CPU entends-tu ?

Il faut "financer davantage la recherche publique sur projet et à la performance". "Le CNRS doit se concentrer sur ses laboratoires propres et sérieusement réduire le nombre de ses unités mixtes. Seuls les laboratoires les plus stratégiques au plan international (les grandes plates-formes en particulier) resteront des instituts du CNRS". "L’Agence nationale de la recherche doit renforcer sa fonction d’agence de moyens afin de définir et de conduire des grands projets à court terme (sic)". Maintenant, F. d’Aubert sait ce qu’il faut écrire dans son rapport.

Le statut chercheur est supprimé : il faut "recruter et financer tous les nouveaux chercheurs sur des contrats de 4 ans (…). Aucun chercheur ne devra bénéficier de plus de deux contrats de quatre ans successifs. Au bout de cette période, le chercheur pourrait évoluer vers un contrat à durée indéterminée de "directeur de recherche", vers une activité d’enseignement, ou vers l’entreprise privée. Mot pour mot, du Allègre.

Sans imagination, l’objectif du rapport de mettre en place un modèle anglo-saxon mal assimilé : "Une fois les Pôles universitaires pluridisciplinaires en place, le schéma devra évoluer vers un ensemble d’agences spécialisées par grands thèmes conjuguant le rôle d’agence de financement pour des équipes universitaires externes, sur appel d’offres, et le support de ses laboratoires propres, sur les modèles, efficaces, des Grande-Bretagne comme de la Grande-Bretagne".

Mais ce rapport Attali n’explique pas une chose : mais pourquoi donc, l’Ecole Polytechnique a-t-elle eu à mettre prématurément fin à la carrière de professeur, de ce grand donneur de leçons ?