L’Association "Sauvons la Recherche" Groupes de travail Comités loc. et transv. Université de printemps 2011 EUROPE
Accès thématique Emploi et précarité Communiqués de SLR Actualités communiqués partenaires
Médiathèque Les archives Documentation revue de presse Tribunes et Contributions
accueil contact plan du site admin
caractères +caractères -
article
réactions (0)
Accueil / Comités loc. et transv. / Réunion / Lettre et délégation auprès de la Ministre de l’outre-mer

Lettre et délégation auprès de la Ministre de l’outre-mer

le 26 janvier 2004

une délégation d’acteurs de la recherche à l’île de La Réunion comprenant une personne de l’INSERM, une personne de l’IRD, une personne du CIRAD deux personnes de l’Université de La Réunion a été reçue à la préfecture de Saint Denis pour remettre une lettre à madame la ministre de l’outre-mer, de passage dans notre île.

Dans cette lettre, nous apportons notre entier soutien au mouvement national, et exprimons nos inquiétudes vis à vis des conséquences du désengagement de l’Etat pour la recherche à l’Ile de la Réunion. La suite à donner au mouvement sera probablement décidé dans la semaine du 26 janvier.


A Madame Girardin Ministre de l’Outre Mer

Saint Denis de la Réunion, le 22 janvier 2004

Madame la Ministre,

C’est en tant qu’acteurs de la recherche réunionnaise, travaillant dans des organismes de recherche ou à l’Université que nous nous adressons à vous. Signataires de la lettre ouverte au gouvernement « Sauvons la recherche », nous apportons notre entier soutien à la démarche entreprise par les collègues métropolitains visant à alerter le gouvernement sur les graves difficultés que connaît la recherche, liées à la diminution des recrutements et la baisse de crédits récurrents d’équipement et de fonctionnement.

Nous assistons à un désengagement de l’Etat qui contraint de plus en plus les responsables, pour financer leurs équipes, à faire appel aux fonds privés, aux fonds caritatifs et aux collectivités locales et à accroître sans cesse le temps consacré à la recherche de financement au détriment du temps consacré à la recherche elle-même.

Cette situation porte atteinte à l’indépendance et à la liberté de la recherche, seules garantes d’une recherche de qualité. De surcroît, elle favorise les projets de recherche à court terme, exacerbe la mise en opposition de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée, alors qu’elles sont profondément liées et complémentaires, et risque de condamner à terme des pans entiers de la recherche dont la finalité n’est pas la valorisation économique.

En outre, le tissu industriel français est loin d’être en mesure d’investir autant de moyens que dans d’autres pays, en particulier aux Etats Unis, pour des raisons culturelles et économiques.

L’absence de création de postes dans les métiers de la recherche publique et la précarisation des personnels, (aujourd’hui 550 titulaires transformés en CDD, demain combien ?) entraînent un gaspillage des compétences, une perte des savoir-faire, une dégradation des conditions de travail et à terme menace la qualité de la recherche. Ceci conduit à ce que de plus en plus de jeunes diplômés formés à la recherche prennent des emplois qui sont largement en deçà de leurs diplômes, aboutissant à une sous utilisation de la matière grise la plus apte à innover et contribuant à amplifier de manière dramatique la fuite des cerveaux déjà amorcée.

A la Réunion, la recherche, reconnue internationalement, est incontestablement de qualité. Elle s’appuie sur un environnement insulaire spécifique lui permettant une grande originalité des découvertes.

Mais elle est fragilisée par l’éloignement des centres de décision et un manque de continuité territoriale qui se traduit par un surcoût de la recherche, insuffisamment pris en compte par l’Etat.

Aujourd’hui la recherche à la Réunion est fortement subventionnée par les collectivités locales. De nombreuses équipes de recherche fonctionnent essentiellement à partir de cette source de financement. Ce soutien issu d’une volonté politique à l’échelle d’un mandat, conduit la recherche réunionnaise à une situation de dépendance conjoncturelle, avec un fort degré d’incertitude.

Dans le cadre de la décentralisation, il est à craindre que le transfert de nombreuses compétences initialement dévolues à l’Etat risque de pénaliser cette implication des collectivités locales et risque de mettre en péril le développement durable d’une recherche de qualité à La Réunion.

Etant donné la grande faiblesse du tissu industriel réunionnais, la volonté d’appuyer le financement de la recherche sur le privé conduirait clairement la recherche à la Réunion dans une impasse.

La situation est encore aggravée par une masse critique très insuffisante de personnels statutaires qui est caractérisée par :

- l’absence quasi totale de personnels statutaires des grands organismes de recherche nationaux (CNRS : 1, INRA : 5, CEMAGREF : 0, IFREMER : 5, INSERM : 2, IRD : 9) hormis le CIRAD.

- une université en croissance rapide n’ayant pas les moyens humains de son développement alors que 365 titulaires d’un diplôme de 3e cycle sont inscrits à l’ANPE de la Réunion aujourd’hui. Les conséquences de ce déficit reconnu de statutaires (de plus de 200 enseignants chercheurs et IATOSS) sont une charge importante en heures complémentaires et un accroissement des charges administratives pesant sur les enseignants chercheurs, ce qui a pour effet de diminuer considérablement le temps consacré au travail de recherche.

MADAME LA MINISTRE,

ACTEURS DE LA RECHERCHE A LA RéUNION, NOUS VOUS DEMANDONS D’ETRE NOTRE PORTE-PAROLE AUPRES DU GOUVERNEMENT : NOUS DEMANDONS LE RENFORCEMENT DE L’ENGAGEMENT DE L’ETAT, GARANT DU DEVELOPPEMENT DE LA RECHERCHE à LA RéUNION, LA CREATION DE POSTES POUR COMBLER LE DEFICIT LOCAL ET FAVORISER L’IMPLANTATION DES GRANDS ORGANISMES DE RECHERCHE, LE MAINTIEN DES FINANCEMENTS PERENNES ET L’ORGANISATION D’UN COLLOQUE NATIONAL SUR LA RECHERCHE.

C’EST LE PARI A PRENDRE POUR POSITIONNER LA REUNION COMME PLATEFORME STRATEGIQUE DE RECHERCHE EUROPEENNE DANS L’ESPACE INDO-OCEANIQUE ET MAINTENIR LA FRANCE COMME ACTEUR DE LA RECHERCHE INTERNATIONALE.

Veuillez agréer Madame la Ministre, l’expression de nos respectueuses salutations

Des acteurs de la recherche réunionnaise signataires de la lettre ouverte au gouvernement « Sauvons la recherche »