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Budget 2009 : le (la) sinistre de la recherche

le 15 septembre 2008

La ministre de la recherche, une fois de plus, a réaffirmé à la télévision l’effort considérable que le gouvernement faisait pour la recherche et l’enseignement supérieur : "la recherche et enseignement supérieur constituent la première priorité budgétaire du Gouvernement". Ce dernier vient de publier sur son site "LE BUDGET PLURIANNUEL 2009-2011", à savoir les grandes lignes du budget 2009 et ses prévisions pour les deux années qui suivent. En ce qui concerne nos secteurs, le court texte peut être cité en entier.

"La mission Recherche et enseignement supérieur (23,4 Md€ en LFI 2008) constitue la première priorité budgétaire du Gouvernement. L’ensemble des moyens alloués à cette mission, conformément aux engagements pris dès l’année dernière, sera en augmentation de 1,8 Md€ par an. Cet effort se concrétise à travers des vecteurs de financement adaptés aux différents enjeux :
- Des crédits budgétaires tout d’abord, en progression de 740 M€ en 2009, de 800 M€ en 2010 et de 900 M€ en 2011 ;
- Une amélioration des dispositifs fiscaux en faveur de la recherche (le crédit d’impôt recherche notamment) ;
- Et des financements innovants au service des universités (partenariats public-privé, valorisation des biens immobiliers,...). Cet effort permettra d’accompagner les chantiers engagés par le Gouvernement : autonomie des universités, remise à niveau de l’immobilier, rapprochement entre l’université et les grands établissements publics de recherche et simplification du fonctionnement des unités mixtes de recherche, modernisation du statut des chercheurs et enseignants-chercheurs et dynamisation de la gestion des ressources humaines."

Il faut lire avec attention pour comprendre le niveau d’escroquerie intellectuelle que recèle la propagande gouvernementale, qui a trouvé en V. Pécresse une excellente porte-parole. Partant d’un concept budgétaire ("première priorité budgétaire"), le texte gouvernemental réduit en fait à 740 millions la croissance des crédits budgétisés, par rapport au 1,8 milliards promis par Sarkozy. Or si l’inflation est de 2 % en 2009, maintenir le "pouvoir d’achat" de 23,4 milliards représente déjà 470 millions ; la croissance réelle serait alors de 1,2 %, au mieux (sans annulation ou report de crédits). Cette croissance serait de 0,6 % si l’inflation est à 2,5 % et nulle avec une inflation à 3 %.

Pour atteindre 1,8 milliard promis, il manque la bagatelle de plus d’un milliard. Pour donner l’illusion qu’il tient ses promesses, le gouvernement a additionné des sommes qui ne relève pas du budget de nos secteurs et qu’il ajustera pour que la somme promise soit formellement atteinte. Or il ne maîtrise pas le montant de ces ressources dont on ne connaît pas encore la proposition de répartition. En effet, le gouvernement ne peut prévoir combien les "ressources innovantes" rapporteront. Il sait encore moins si l’effort de recherche des entreprises justifiera un accroissement du crédit d’impôt de plusieurs centaines de millions (le crédit d’impôt rembourse aux entreprises le tiers de leurs dépenses de recherche). La présentation du gouvernement est à la fois mensongère par rapport aux promesses et totalement bidon quant au montage effectué. Au mieux donc, notre budget augmentera comme la croissance du PIB que les experts prévoient beaucoup plus faible en France qu’ailleurs.

Pourtant, pour le financement "recherche académique" (universités et CNRS), la France se classe en seizième position mondiale pour la part du PIB qu’elle y consacre. La gloire ! Entre 2002 et 2006 son financement (en euros constants) a baissé de 2 % d’après l’OCDE. Déjà en 2008, la croissance budgétaire a été quasiment nulle. Contrairement à la propagande de la ministre ("l’ANR a amené deux milliards de plus, les moyens des laboratoires ont augmenté de 25 %"), l’ANR n’a donc apporté aucun argent nouveau, si ce n’est la précarité des jeunes. Son financement vient de la baisse des crédits des organismes et surtout de la baisse du pouvoir d’achat de nos salaires. De ce fait ce sont les chercheurs qui payent indirectement leurs moyens de recherche. Travailler plus pour gagner moins !

Le pire est certainement le fait que les étudiants se détournent du doctorat : précarité plus longue, perspectives de recrutement amoindries par les suppressions de postes, salaires relativement mauvais, absence de perspectives pour nos secteurs.

Quatre milliards de Crédit d’impôt bientôt jetés aux petits oiseaux et aux gros requins, quinze milliards par an engloutis par le "paquet-fiscal", prochainement trois de plus liés à future baisse de la TVA sur la restauration. Faut-il alors s’étonner "qu’il faille économiser" soixante millions en 2009 en supprimant notamment neuf cents emplois publics dans l’enseignement supérieur et la recherche ? La France ne peut avoir comme seule perspective de devenir un grand pays touristique comme les Maldives.