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29 copies de lettres ouvertes à la Présidente et au Directeur général du CNRS ont été adressées à SLR

le 1er décembre 2008

Cet article, qui sera régulièrement mis à jour, rassemble des lettres que des personnels du CNRS mais aussi d’autres établissements de recherche et d’enseignement supérieur ont adressé à la direction du CNRS (Catherine Bréchignac et Arnold Migus) pour leur faire part de leurs réactions suite à la tenue dans des conditions incroyables du conseil d’administration du CNRS du 27 Novembre. Si vous écrivez vous aussi une lettre ou un mail à ce propos à la direction du CNRS, merci d’en envoyer une copie à "contact@sauvonslarecherche.fr" en précisant aussi si vous êtes d’accord ou non pour que votre lettre soit reproduite dans cet article. Bonne lecture !

A ce jour (8 décembre), 29 copies de lettres ont été reçues par SLR et 29 sont publiées ci-dessous par ordre chronologique de réception (avec l’accord des expéditeurs).




Lettre ouverte envoyée par Didier Chatenay

Madame la Présidente,

Comme tous les membres de l’organisme j’ai pris connaissance avec étonnement, voire stupéfaction, du contenu du message que vous nous avez adressé hier.

Alors que le CA du CNRS s’est tenu dans des conditions rocambolesques sous la protection de cars de CRS, vous n’avez exprimé aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par les personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises.

Je peux accepter que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions que les simples chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA, ITARF que nous sommes ne peuvent comprendre, ignorants qu’ils sont des contraintes qui pèsent sur l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la précipitation avec laquelle vous nous avez adressé votre message d’autosatisfaction et la tonalité de ce message sont de nature à créer au sein des personnels de l’organisme une profonde irritation. Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne semblent pas encore convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales de l’organisme, aurait été bienvenu.

Je tenais par ce message à vous informer de mon sentiment personnel, mais je ne doute pas qu’il soit partagé par de nombreux autres membres du CNRS.

Par ailleurs je tenais à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Didier Chatenay


Lettre ouverte envoyée par Colette Anné

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Le 27 Novembre vous faisiez part à l’ensemble des membres de l’organisme que vous présidez de votre satisfaction de voir entériné par le Conseil d’Administration le projet de structuration du CNRS en neuf Instituts et trois pôles ainsi que l’inscription au budget de quatre-vingt dix chaires aux dépens du nombre d’emplois ouverts aux concours, et cela contre l’avis du Conseil Scientifique de l’établissement.

Vous ne pouvez ignorer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur général, qu’au moment même où ce témoignage de contentement nous parvenait, une part importante de la communauté scientifique manifestait sa désapprobation des réformes en cours et de l’affaiblissement dramatique du CNRS dont elles sont le germe. Si l’intervention de la force publique a permis la tenue du Conseil d’Administration dans des conditions inédites, elle ne devrait occulter à vos yeux la conviction, exprimée par beaucoup, que les valeurs que vous annoncez vouloir défendre sont sérieusement mises à mal par les ruptures à l’oeuvre dans l’organistion de la Recherche française.

Vous comprendrez que je fasse la publicité de ce message, dont le contenu ne me semble relever d’aucune obligation de confidentialité.

Veuillez recevoir, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, l’assurance de ma respectueuse considération.

Colette Anné


Lettre ouverte envoyée par José Gomez de Soto

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Le 27 Novembre vous faisiez part à l’ensemble des membres de l’organisme que vous présidez de votre satisfaction de voir entériné par le Conseil d’Administration le projet de structuration du CNRS en neuf Instituts et trois pôles ainsi que l’inscription au budget de quatre-vingt dix chaires, aux dépens du nombre d’emplois ouverts aux concours, et cela contre l’avis du Conseil Scientifique de l’établissement.

Vous ne pouvez ignorer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur général, qu’au moment même où ce témoignage de contentement nous parvenait, une part importante de la communauté scientifique manifestait sa désapprobation des réformes en cours et son inquiétude de l’affaiblissement dramatique du CNRS - établissement unanimement admiré dans le monde scientifique international - dont elles sont le germe. Si l’intervention de la force publique a permis la tenue du Conseil d’Administration dans des conditions inédites et en l’absence d’une partie de ses membres, elle ne devrait occulter à vos yeux la conviction, exprimée par un très grand nombre d’entre nous, que les valeurs que vous annoncez vouloir défendre sont sérieusement mises à mal par les ruptures à l’œuvre dans l’organisation de la Recherche française.

Vous comprendrez que je fasse la publicité de ce message, dont le contenu ne me semble relever d’aucune obligation de confidentialité.

Veuillez recevoir, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, l’assurance de ma respectueuse considération.

José Gomez de Soto,
Directeur de recherche


Lettre ouverte envoyée par Simone Cassette

Madame Simone Cassette

Palaiseau le 1er Décembre 2008
Représentante de la CGT
Au Conseil d’administration du CNRS

Madame Catherine Bréchignac
Présidente du CNRS
Campus Gérard Mégie
3 rue Michel Ange
75794 PARIS CEDEX16

Madame la Présidente,

Le conseil d’administration du CNRS du 27 Novembre s’est tenu dans des conditions extraordinaires qui me semblent extrêmement préoccupantes. En effet, vous avez volontairement exclu une partie des administrateurs alors que deux sujets importants devaient être discutés, le budget 2009 et la création des nouveaux Instituts. Pour cela vous avez usé de subterfuges qui seraient comiques si la situation n’était pas aussi grave. Ainsi, vous montrez donc très clairement qu’il y a deux types d’administrateurs : ceux qui sont autorisés à s’exprimer parce qu’ils disent oui à toutes les exigences du Ministère et les vilains petits canards, à éliminer parce qu’ils s’opposent à la mise en place d’une réforme que les chercheurs refusent non parce qu’ils sont réfractaires à tout changement mais parce qu’ils y voient une opération de contrôle politique de la recherche associée à la disparition de tout ce qui a fait la force du CNRS actuel. Les différentes instances encore démocratiques du CNRS se sont régulièrement prononcées contre les méthodes employées pour faire passer ces réformes en force et les discussions au sein du conseil d’administration, ont reflété les questions qui se posaient. Le 27 Novembre, vous avez franchi une étape, choisissant de refuser tout dialogue supplémentaire, en faisant voter sous la protection des CRS, ce que le gouvernement impose : un budget de récession qui détruit les emplois statutaires, une organisation complexe qui va fragiliser les UMR, sortir des disciplines du CNRS et appauvrir l’organisme transformé en agence de moyens, imposant une vision élitiste et publicitaire de la recherche française.

Je conteste la légitimité de ce conseil puisque six de ces membres, les quatre élus du personnel et deux personnalités du monde du travail , représentants syndicaux, ont été volontairement empêchés de s’y rendre. Même le président du Conseil Scientifique n’a pas été convié. Il est vrai que personnellement si j’avais pu entrer dans la salle où se tenait la réunion, j’aurais refusé de siéger dans un bâtiment protégé par des cars de CRS car ces méthodes ne sont pas dignes d’un organisme aussi prestigieux que le CNRS. Elles se rapprocheraient plutôt de celles de certains patrons que l’on nomme "voyous". Il est bien évident que mon engagement syndical me conduit à soutenir les actions du personnel du CNRS et je suis certaine qu’au lieu de décisions arbitraires et médiatiques, une véritable concertation dans le respect des engagements pris permettrait de construire ce nouveau CNRS pour une recherche ambitieuse et d’excellence.

Je vous prie de recevoir, Madame la Présidente, l’expression de ma sincère considération

Simone Cassette,
Membre nommé au CA du CNRS en tant que représentante du monde du travail (Représentante de la CGT),

Copie aux quatre élus au CA du CNRS,
Copie à la CGT


Lettre ouverte envoyée par Emmanuel Courcelle

Mme la Présidente, Monsieur le Directeur Général.

C’est avec une très grande tristesse que je vous écris aujourd’hui : en effet, nous comptions sur la Direction du CNRS pour essayer de résister aux politiciens qui visent depuis longtemps à démanteler le CNRS. Déjà l’année où j’ai été recruté (1986), le CNRS a failli disparaître... Mais à l’époque la direction du CNRS avait réussi à éviter le pire.

Aujourd’hui, je vois la direction suivre docilement les directives gouvernementales, appeler la police en renfort car les membres élus essaient, eux, de résister, et finalement envoyer une lettre de victoire à l’ensemble du personnel : inconscience ? provocation ? moquerie ? mépris ? Là je ne sais plus. Ce que je sais en revanche, c’est que j’ai perdu toute confiance dans la direction actuelle de l’organisme.

Tristement,

Emmanuel COURCELLE


Lettre ouverte envoyée par François Dulac

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Membre d’une unité mixte du CNRS, j’ai pris connaissance avec stupéfaction du contenu du message que vous nous avez adressé aussitôt après la tenue du Conseil d’Administration du 27 novembre.

Les conditions d’organisation de ce CA, délocalisé sous la protection de 14 cars de gendarmes mobiles, me paraissent indignes de votre établissement prestigieux. Ajouté à cela le contenu de votre message qui ne fait aucun cas des inquiétudes du CS de l’établissement, de la position des représentants du personnel au CA, et des nombreux personnels mobilisés dans toute le pays pour marquer leur désapprobation sur les réformes en cours, il me semble que vous avez profondément rompu le processus de dialogue entre la direction de l’organisme et les personnels et scellé par ces actions une perte de confiance réciproque totale.

Vous comprendrez certainement que je tienne à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur, l’expression de ma plus sincère déception.

François Dulac


Lettre ouverte envoyée par Danièle Ghesquier-Pourcin

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur,

Comme tous les membres d’équipes CNRS, j’ai pris connaissance avec étonnement et même stupéfaction, du contenu du message que vous nous avez adressé hier.

Alors que le CA du CNRS s’est tenu dans des conditions rocambolesques, peu dignes de cet établissement prestigieux, sous la protection de nombreux cars de gendarmerie, vous n’avez exprimé aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par vos collègues, personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises.

Je peux comprendre que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions guidées par les contraintes qui pèsent sur l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la précipitation avec laquelle vous nous avez adressé votre message d’autosatisfaction et la tonalité de ce message sont de nature à créer au sein des personnels de l’organisme une profonde irritation. Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne sont pas convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales de l’organisme, aurait été bienvenu.

Je tenais par ce message à vous informer du sentiment partagé par de nombreux membres du CNRS dont un grand nombre réclame votre démission car, présidente et directeur d’un organisme de recherche reconnu et respecté sur le plan international, votre rôle eut été de le soutenir contre les "barbares marchands" qui réclament son démantèlement. Au lieu de cela, vous avez hâté le processus, trahissant toute la recherche française et donnant l’exemple à suivre pour d’autres organismes.

Vous comprendrez certainement que je tienne à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur, l’expression de ma déception la plus profonde.

Danièle Ghesquier-Pourcin


Lettre ouverte envoyée par Bernard Jacq

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Je voulais par la présente accuser bonne réception du courrier que vous nous avez adressé le 27 Novembre, sous couvert de la direction de nos laboratoires.

Dans ce courrier, vous faisiez part à l’ensemble des membres de l’organisme de ce qui m’a semblé être votre satisfaction de la tenue du dernier conseil d’Administration et de celle de voir entériné par lui le projet de structuration du CNRS en neuf Instituts et trois pôles ainsi que l’inscription au budget de quatre-vingt dix chaires CNRS-universités.

Permettez-moi, madame la Présidente et monsieur le Directeur Général, de vous faire part en retour de ma profonde insatisfaction - pour ne pas dire plus - à propos de cette journée du 27 Novembre qui est selon moi à marquer d’une croix noire dans l’histoire de l’organisme. Peut-être en fait cette croix sera t-elle tout simplement l’annonciatrice de celle de la sépulture prochaine de l’organisme ?

Insatisfaction ou plutôt colère tout d’abord de voir se tenir, probablement pour la première fois dans nos annales, un conseil d’administration de l’organisme sous protection policière et alors que plusieurs centaines de personnels exprimaient leur désaccord avec la tenue de ce conseil d’administration. Je ne peux que comprendre et soutenir nos élus qui ont refusé de siéger dans de telles conditions.

Insatisfaction, tristesse et inquiétude ensuite sur le fond de votre lettre.

Je passerai rapidement sur le fait que l’annonce de suppressions de postes n’appelle aucun commentaire inquiet de votre part autre que celui-ci : "La diminution du nombre d’emplois inscrits au budget du CNRS (majoritairement des emplois d’ingénieurs et de techniciens) nous incite à mutualiser davantage les fonctions de gestion dans les laboratoires et les services, et à conserver une politique ambitieuse pour les personnels techniques. Les mesures gouvernementales annoncées sur l’amélioration des carrières de la recherche nous permettent de continuer l’augmentation, commencée depuis trois ans, de 25% des taux de promotion des chercheurs et de 40% des changements de corps des ingénieurs et techniciens". Je suis absolument convaincu que votre dernière phrase ira directement au coeur de nombreux jeunes précaires de nos laboratoires qui ne pourront que se sentir fortement stimulés dans leurs efforts quotidiens par le fait que des suppressions de postes (auxquels ils auraient pu prétendre pour certains d’entre eux) vont permettre des promotions et des améliorations de carrières pour d’autres.

J’insisterais plus encore sur mon désappointement de constater que finalement vous faites semblant de croire, Madame la Présidente et monsieur le Directeur Général, que les "évolutions du système français d’ensignement supérieur et de recherche" vont être bénéfiques pour l’organisme. Je n’ai aucune raison de douter de votre engagement pour celui-ci, mais je ne peux, comme mes collègues, que constater que cette défense se fait avec une pugnacité toute relative dans vos déclarations. Pugnacité bien moindre en tous cas que celle que vous montriez en 1999, Madame la Présidente, quand vous vous opposiez à votre ministre Claude Allègre - membre il est vrai d’une autre majorité politique que l’actuelle - au point que certains vous avaient surnommée "la Jeanne d’Arc du CNRS" et que vous étiez alors très largement soutenue dans notre milieu.

J’eusse enfin apprécié que vous inclussiez dans votre courrier quelques lignes pour dissiper des inquiétudes fortes et notamment celles des informaticiens et des biologistes de l’organisme dont tout indique, contrairement à vos annonces d’instituts, que pour beaucoup d’entre eux, les jours au CNRS de leurs laboratoires (et d’eux-mêmes ?) sont comptés sur le plan de l’appartenance administrative. Alors que le comité d’évaluation de l’INSERM a proposé, en dehors de tout mandat explicite, que la recherche biologique française des différents établissements soit regroupée et au moment où le comité Godet vient de rendre à la ministre un rapport qui, de fait, est en contradiction avec vos déclarations optimistes sur l’institut de Biologie du CNRS, un soutien clair à ces deux disciplines menacées eût été apprécié. Un soutien sans ambigüité, allant bien au-delà de la déclaration formelle de la création d’Instituts pour ces disciplines, aurait sans doute contribué, Madame la Présidente, à atténuer l’effet hélas persistant de vos déclarations de 2006 sur la biologie. Un tel soutien fort à cette discipline et à ses liens interdisciplinaires aurait été de nature à rassurer tous ceux qui avaient été blessés par vos propos d’alors, au point que plusieurs d’entre eux se sont récemment fait les chantres de l’institut national des Sciences du vivant hors CNRS ... qui sera sans doute créé !

Beaucoup de membres du CNRS sont, je l’ai dit, attristés et inquiets de ce qui se passe dans l’organisme et pour beaucoup d’entre nous, les évènements récents signent le démarrage réél du démantèlement politique d’un prestigieux organisme de recherche. Belle époque !

Plusieurs d’entre nous attendent maintenant, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, une initiative forte de votre part, bien plus en adéquation avec la gravité du moment que celle qu’a pu être votre lettre, à mes yeux précipitée, du 27 Novembre.

Le contenu de ma lettre ne me semblant relever d’aucune obligation de confidentialité, je me permets, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, d’en envoyer une copie à quelques collègues triés sur le volet exigeant de la défense de l’organisme.

Veuillez recevoir, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, l’assurance de ma respectueuse considération ainsi que celle de mon désir de défendre un véritable CNRS autonome, soucieux de collaboration inter-organismes, mais non aux ordres.

Cordialement,

Bernard Jacq,
DR2 CNRS, biologiste,
Ancien membre du CoNRS,
Membre du Conseil d’Administration de l’association "Sauvons la Recherche"


Lettre ouverte envoyée par François Jouve

Mme la Présidente, Mr le Directeur,

je tenais à vous remercier sincèrement pour votre action en faveur de la réorganisation du système de recherche français.

Jeudi 27 novembre, face au 83 bd Excelmans, ma première réaction a été un sentiment de honte. Honte de vivre dans un pays capable d’envoyer 14 cars de gendarmes mobiles tout équipés face à des chercheurs armés de leurs seuls cerveaux. Mais le choc a finalement été salutaire puisqu’il m’a permis de prendre enfin conscience de mon archaïsme. Vous nous avez signifié sans discussion possible où se situait la Force, et j’ai soudain réalisé qu’il me serait maintenant facile de me placer du bon côté du manche.

Ayant opportunément quitté le CNRS il y a quelques années, je suis maintenant professeur dans une prestigieuse université parisienne. J’ai eu de plus, dès le début de ma carrière, la chance de choisir la partie la plus appliquée de ma discipline, me donnant ainsi un avantage décisif sur mes collègues théoriciens, tant du point de vue des contrats industriels que des sujets de recherche bien vus par l’ANR, ou encore des indices bibliométriques. Fonctionnaire depuis mon plus jeune âge, je n’aurai aucun scrupule à fustiger ces jeunes qui osent revendiquer un poste stable avant d’avoir 40 ans. Ils ne connaissent pas la modernité. C’est mon rôle de la leur apprendre, en multipliant par exemple les stages éphémères dont l’ANR m’offre la possibilité sans retenue. Leur travail sur des sujets à la mode étoffera sans effort ma liste de publications, portant mon H-number aux nues. Bien noté par mon président d’université, il me sera aussi facile de l’être par mes étudiants en leur offrant, au gré des désirs du ministère, un taux de réussite en licence exceptionnel. Je pourrai ainsi engranger les primes juteuses et les allègements de service prévus pour les meilleurs éléments de notre nouveau système.

Pendant des années j’ai été englué dans de vieux carcans idéologiques, croyant à la coopération entre scientifiques, à un système unique au monde qui autorisait à un CR de ne rien publier pendant plusieurs années pour obtenir la médaille Fields juste après. J’ai cru naïvement que ceux qui s’engageaient avec abnégation dans la recherche devaient avoir un statut, un salaire et des conditions de travail décentes, et je me suis battu pour cela. J’ai participé gratuitement à d’interminables commissions d’évaluation nationales, pesant au trébuchet avec le plus d’objectivité possible les qualités et les failles des dossiers en présence, alors qu’il est si facile d’utiliser Excel et le "ISI web of Science" dans une petite commission locale. J’ai voyagé en seconde et logé dans les hôtels aux tarifs CNRS. Je n’ai pas compté mes heures passées sur des sujets finalement non rentables en termes de publications.

Heureusement tout ceci est maintenant terminé. Vous m’offrez par votre action la possibilité d’étendre mon pouvoir. Je vous offre mon soutien indéfectible. J’approuve sans réserve votre initiative de diffuser largement un communiqué de victoire modeste mais ferme le jour même de la tenue de ce CA d’un nouveau genre. Vous montrez ainsi sans ambiguïté que vous dirigez d’une main sûre, en méprisant ces quelques combattants d’arrière garde qui n’ont pas compris aussi vite que moi.

Je suis maintenant persuadé qu’ensemble tout va devenir possible.

N’ayant aucun complexe à afficher mes nouvelles certitudes, vous comprendrez certainement que je tienne à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur, l’expression de ma plus sincère gratitude.

François Jouve
Professeur à l’université Paris Diderot


Lettre ouverte envoyée par Azzedine Lakhlifi

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur,

En tant que membre d’une Unité mixte du CNRS, j’ai pris connaissance avec étonnement et même stupéfaction, du contenu du message que vous nous avez adressé dès jeudi soir. Ce message était préparé de longue date car vous n’aviez aucun doute sur l’issue de ce CA du CNRS !

Mais il aura fallu que ce CA du CNRS se tienne dans des conditions rocambolesques, peu dignes de cet établissement prestigieux, et sous la protection de nombreux cars de gendarmerie pour aboutir. Cependant et j’en suis profondément choquée, vous n’avez exprimé aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par vos collègues et l’ensemble des personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises.

Je peux accepter que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions que les simples chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA, ITARF que nous sommes ne peuvent comprendre, ignorants qu’ils sont des contraintes qui pèsent sur l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la précipitation avec laquelle vous nous avez adressé votre message d’autosatisfaction et la tonalité de ce message sont de nature à créer au sein des personnels de l’organisme une profonde irritation. Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne semblent pas encore convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales de l’organisme, aurait été bienvenu. Je tenais par ce message à vous informer de mon sentiment personnel, mais je ne doute pas qu’il soit partagé par de nombreux autres membres du CNRS. Par ailleurs comme vous le constaterez à la lecture des adresses d’envoi, je tenais à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité. Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur, mes salutations les plus respectueuses.

Azzedine LAKHLIFI.


Lettre ouverte envoyée par Elisabeth Le Rumeur

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur,

En tant que membre d’une Unité mixte du CNRS, j’ai pris connaissance avec étonnement et même stupéfaction, du contenu du message que vous nous avez adressé dès jeudi soir. Ce message était préparé de longue date car vous n’aviez aucun doute sur l’issue de ce CA du CNRS !

Mais il aura fallu que ce CA du CNRS se tienne dans des conditions rocambolesques, peu dignes de cet établissement prestigieux, et sous la protection de nombreux cars de gendarmerie pour aboutir. Cependant et j’en suis profondément choquée, vous n’avez exprimé aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par vos collègues et l’ensemble des personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises.

Je peux accepter que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions que les simples chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA, ITARF que nous sommes ne peuvent comprendre, ignorants qu’ils sont des contraintes qui pèsent sur l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la précipitation avec laquelle vous nous avez adressé votre message d’autosatisfaction et la tonalité de ce message sont de nature à créer au sein des personnels de l’organisme une profonde irritation. Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne semblent pas encore convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales de l’organisme, aurait été bienvenu. Je tenais par ce message à vous informer de mon sentiment personnel, mais je ne doute pas qu’il soit partagé par de nombreux autres membres du CNRS. Par ailleurs comme vous le constaterez à la lecture des adresses d’envoi, je tenais à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité. Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur, mes salutations les plus respectueuses.

Elisabeth Le Rumeur, MCU-PH


Lettre ouverte envoyée par Fabrice Rappaport

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Le 27 Novembre vous faisiez part à l’ensemble des membres de l’organisme que vous présidez de votre satisfaction de voir entériné par le Conseil d’Administration le projet de structuration du CNRS en neuf Instituts et trois pôles ainsi que l’inscription au budget de quatre-vingt dix chaires aux dépens du nombre d’emplois ouverts aux concours. Vous ne pouvez ignorer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur général, qu’au moment même où ce témoignage de contentement nous parvenait, une part importante de la communauté scientifique manifestait sa désapprobation des réformes en cours et de l’affaiblissement dramatique du CNRS dont elles sont le germe. Si l’intervention de la force publique a permis la tenue du Conseil d’Administration dans des conditions inédites, elle ne devrait occulter à vos yeux la conviction, exprimée par beaucoup, que les valeurs que vous annoncez vouloir défendre sont sérieusement mises à mal par les ruptures à l’oeuvre dans le paysage de la Recherche française.

Vous comprendrez que je fasse la publicité de ce message, dont le contenu ne me semble relever d’aucune obligation de confidentialité.

Veuillez recevoir, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, l’assurance de ma respectueuse considération. Fabrice Rappaport


Lettre ouverte envoyée par Maria Angeles Ventura

Madame la Présidente, Comme tous les membres de l’organisme j’ai pris connaissance avec étonnement, voire stupéfaction, du contenu du message que vous nous avez adressé le 27 novembre 2008. Alors que le CA du CNRS s’est tenu le matin-même dans des conditions rocambolesques sous la protection de cars de gendarmes, vous n’avez exprimé aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par les personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises. Née en 1951 en Espagne, je ne peux que m’émouvoir devant un tel déploiement des forces de l’ordre qui me rappelle de bien tristes jours. Je peux accepter que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions que les simples chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA, ITARF que nous sommes ne peuvent comprendre, ignorants qu’ils sont des contraintes qui pèsent sur l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la précipitation avec laquelle vous nous avez adressé votre message d’autosatisfaction et la tonalité de ce message ("... notre volonté d’associer l’ensemble des personnels aux choix qui seront à faire") sont de nature à créer au sein des personnels de l’organisme une profonde irritation. Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne semblent pas encore convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales de l’organisme, aurait été bienvenu. Je tenais par ce message à vous informer de mon sentiment personnel, mais je ne doute pas qu’il soit partagé par de nombreux autres membres du CNRS et de la Recherche en général . Par ailleurs comme vous le constaterez à la lecture des adresses d’envoi, je tenais à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité. Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Maria Angeles VENTURA MD PhD


Lettre ouverte envoyée par Olivier Gandrillon

Madame, Monsieur,

C’est avec écoeurement que j’ai pris connaissance du texte bouffi d’autosatisfaction que vous m’avez parvenir le 27 novembre sous couvert de mon directeur d’unité.

Dans ce texte, vous vous réjouissez bruyamment de la tenue d’un conseil d’administration dont l’histoire retiendra qu’il fut le premier pas vers la mise à mort du CNRS. Cette mise à mort entraînera inéluctablement l’ensemble de notre système de recherche et d’enseignement supérieur dans l’abîme. Je ne vois là, quand à moi, aucun motif à réjouissance.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments révoltés.

Olivier Gandrillon


Lettre ouverte envoyée par Emmanuel Saint-James

Paris, le 28 Novembre 2008

Madame la présidente,

J’ai pris connaissance avec stupéfaction du message que vous avez adressé hier au personnel dont vous avez la responsabilité. Alors que le conseil d’administration s’est lâchement retranché derrière deux escadrons de gendarmes, vous n’avez exprimé aucune considération vis-à-vis des inquiétudes exprimées par les acteurs de la recherche rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises. Je peux comprendre que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions qui peuvent choquer les simples chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs que nous sommes, ignorants qu’ils sont des contraintes qui pèsent sur l’organisme. Mais la précipitation avec laquelle vous avez adressé votre message d’autosatisfaction et la tonalité de ce message sont de nature à créer au sein de nos laboratoires une profonde irritation. Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne sont pas convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales de l’organisme, aurait été bienvenu. Je tenais par ce message à vous informer de mon sentiment personnel, mais je ne doute pas qu’il soit partagé par tout ceux pour qui science et démocratie sont inséparables.

Je vous prie de recevoir l’assurance de ma haute considération.


Lettre ouverte envoyée par Bertille Lyonnet

Paris, le 29 novembre 2008

Madame la Présidente,

Souscrivant pleinement à la lettre que vous a adressée l’un de mes collègues chercheur, je tiens moi aussi à vous manifester personnellement mon étonnement, voire stupéfaction, du contenu du message que vous nous avez adressé hier.

Alors que le CA du CNRS s’est tenu dans des conditions rocambolesques sous la protection de cars de gendarmes, vous n’avez exprimé aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par les personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises.

Grâce à nos travaux de dimensions internationales, nous connaissons de nombreux collègues chercheurs étrangers et nous savons combien ils enviaient tous nos conditions de recherche en France. Malgré l’excellence avérée du CNRS jusqu’à ce jour, qu’on aimerait vous entendre souligner en face des propos permanents de notre ministre qui ne parle que de celle à venir, le gouvernement a décidé de mettre fin à notre institution. Certes, tout n’était pas parfait dans le fonctionnement du CNRS, et nous étions prêts à accepter des transformations susceptibles de conduire à des améliorations. Malheureusement, le modèle plus ou moins anglo-saxon qui nous est imposé, et dont vous vous faites le porteur, ne prend aucune considération des propositions qui ont été faites par la communauté scientifique. Il est tout à fait clair que l’éclatement qui nous est imposé, avec financements sur projets à court terme où les doctorants n’auront aucune perspective certaine pour un poste définitif, va lourdement va lourdement endommager le niveau de nos recherches et que nous disparaîtrons définitivement de la scène mondiale dans de nombreuses disciplines.

Je peux accepter que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions que les simples chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA, ITARF que nous sommes ne peuvent comprendre, ignorants qu’ils sont des contraintes qui pèsent sur l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la précipitation avec laquelle vous nous avez adressé votre message d’autosatisfaction, tout comme sa tonalité, sont de nature à créer au sein des personnels de l’organisme une profonde irritation. Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne semblent pas encore convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales de l’organisme, aurait été bienvenu.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Bertille Lyonnet
Directrice de Recherches
Département des Sciences Humaines
UMR 7192
52 rue du Cardinal Lemoine
75231 Paris Cedex 05


Lettre ouverte envoyée par Etienne Décroly

Marseille le 3 décembre 2008.

Présidence du CNRS - Bâtiment H
CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
16, Paris Michel-Ange
PARIS

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

J’accuse bonne réception du courrier que vous nous avez adressé le 27 Novembre 2008.

Dans ce courrier, vous faites part à l’ensemble des membres de l’organisme de votre satisfaction de la tenue du dernier conseil d’Administration qui a entériné le projet de structuration du CNRS en neuf Instituts et trois pôles ainsi que l’inscription au budget de quatre-vingt dix chaires CNRS-universités.

Permettez-moi de revenir sur le fond et la forme de ces décisions impliquant l’ensemble des personnels CNRS et la qualité de la recherche française.

Concernant la forme, il me semble que les conditions rocambolesques dans lesquelles le conseil d’administration du CNRS du 27 Novembre s’est tenu sont extrêmement inquiétantes. L’absence d’une partie des administrateurs suite à une convocation non conforme aux règles en vigueur et la nécessité de la présence d’importantes forces de police afin d’étouffer les protestations exprimées par vos collègues, personnels rassemblés ce jour-là pour manifester leur inquiétude face aux décisions sont de mon point de vue indignes d’un grand pays démocratique.

Concernant le fond, je ne peux me réjouir de l’avenir que vous nous proposez par ces réformes contre lesquelles les instances démocratiques du CNRS se sont battues. De mon point de vue je ne peux croire qu’un budget du CNRS en récession, une destruction programmée des emplois statutaires, une organisation encore plus complexe fragilisant les UMR, une diminution constante des dotations récurrentes et la transformation de notre organisme en agence de moyens soient des réformes porteuses d’avenir pour la recherche publique.

Je réfute l’idée que de telles mesures puissent retenir dans nos laboratoires progressivement désertés par les étudiants, de nombreux jeunes sous des statuts de plus en plus précaires. Ce qu’il nous faut ce sont des emplois pour des collaborateurs talentueux, des moyens financiers pour poursuivre notre mission de recherche fondamentale qui est le terreau indispensable au développement futur de notre société moderne et non quelques primes au mérite médiatisées.

J’espère, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, que vous comprendrez mon inquiétude concernant l’avenir de la recherche au CNRS et que vous engagerez une véritable concertation avec vos personnels, seule voie qui permettrait de construire ce nouveau CNRS pour une recherche ambitieuse et d’excellence.

Cordialement,

Etienne Decroly CR1 UMR 6098.


Lettre ouverte collective envoyée par 22 chercheurs et enseignants-chercheurs du LPTMC (Laboratoire de physique théorique de la matière condensée )

Madame la Présidente, Comme tous les membres de l’organisme nous avons pris connaissance avec étonnement, voire stupéfaction, du contenu du message que vous nous avez adressé ce vendredi 28 novembre 2008. Alors que le CA du CNRS s’est tenu dans des conditions rocambolesques sous la protection de cars de CRS, vous n’avez exprimé aucune considération envers les inquiétudes exprimées par les personnels rassemblés ce jour-là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises. Nous pouvons accepter que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions que les simples chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA, ITARF que nous sommes ne peuvent comprendre, ignorants qu’ils sont des contraintes qui pèsent sur l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la précipitation avec laquelle vous nous avez adressé votre message d’autosatisfaction et la tonalité de ce message sont de nature à créer au sein des personnels de l’organisme une profonde irritation. Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne semblent pas encore convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales de l’organisme, aurait été bienvenu. Nous tenons par ce message à vous informer de nos sentiments personnels, mais nous ne doutons pas qu’ils soient partagés par de nombreux autres membres du CNRS. Par ailleurs comme vous le constaterez à la lecture des adresses d’envoi, nous tenions à rendre public ce message dont le contenu ne nous semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité. Nous vous prions d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de nos sentiments les plus respectueux.

Claude Aslangul, Professeur PVI, UMR 7600
Patrick Azaria, DR CNRS, UMR 7600
Bernard Bernu, DR CNRS, UMR 7600
Bertrand Guillot, DR CNRS, UMR 7600
Markus Holzmann, CR CNRS, UMR 7600
Edouard Kierlik, Professeur PVI, UMR 7600
Jean-Claude Leicknam, CR CNRS, UMR 7600
Annie Lemarchant, DR CNRS, UMR 7600
Hervé Lemarchant, Professeur PVI, UMR 7600
Annick Lesne, CR CNRS, UMR 7600
Claire Lhuillier, Professeur PVI, UMR 7600
Jean-Marie Maillard, DR CNRS, UMR 7600
Matthieu Micoulaut, EC PVI, UMR 7600
Rémy Mosseri, DR CNRS, UMR 7600
Gleb Oshanin, CR CNRS, UMR 7600
Aurélien Perera, CR CNRS, UMR 7600
Martin Luc Rosinberg, DR CNRS, UMR 7600
Julian Talbot, DR CNRS, UMR 7600
Gilles Tarjus, DR CNRS, UMR 7600
Jean-Marc Victor, DR CNRS, UMR 7600
Pascal Viot, DR CNRS, URM 7600
Philippe Sindzingre, EC PVI, UMR 7600


Lettre ouverte envoyée par Olivier Dezellus

Madame la Présidente,

En tant que maître de conférence dans une UMR associée au CNRS et chercheur attaché à cet organisme, j’ai pris connaissance avec étonnement, voire stupéfaction, du contenu du message que vous nous avez adressé dans l’après midi du jeudi 27 novembre.

Alors que le CA du CNRS s’est tenu dans des conditions ubuesque et indigne de cet organisme, sous la protection de 14 cars de gendarmes mobiles et en l’absence des membres élus par les personnels, vous n’avez exprimé aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par les nombreux personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises. D’ailleurs, comment se satisfaire de décisions prises dans des conditions telles que leur légitimité est naturellement mise en cause ?

Je peux accepter que vos fonctions vous amènent à prendre des décisions que les simples chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA, ITARF que nous sommes ne peuvent comprendre, ignorants qu’ils sont des contraintes qui pèsent sur l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la précipitation avec laquelle vous nous avez adressé votre message d’autosatisfaction et la tonalité de ce message sont de nature à créer au sein de notre communauté irritation et colère.

Un minimum de considération vis à vis de ceux qui ne semblent pas encore convaincus de la justesse de vos vues, de tous ceux qui sont inquiets devant les évolutions brutales du CNRS et de l’ensemble de notre système d’enseignement supérieur, aurait été bienvenu.

Je tenais par ce message à vous informer de mon sentiment personnel, mais je ne doute pas qu’il soit partagé par de nombreux autres chercheurs, qu’ils soient membres du CNRS ou d’un autre établissement. Madame la présidente, la communauté compte sur vous pour incarner ses attentes et les relayer vers nos gouvernements, pas l’inverse. Je suis sur que vous aurez à coeur de ne pas rester dans l’histoire de l’organisme comme la présidente qui en a réduit le périmètre au point de le faie disparaître.

Par ailleurs comme vous le constaterez à la lecture des adresses d’envoi, je tenais à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité. Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Olivier DEZELLUS


Lettre ouverte envoyée par Claude Legros

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Le 27 Novembre vous faisiez part à l’ensemble des membres de l’organisme que vous présidez de votre satisfaction de voir entériné par le Conseil d’Administration le projet de structuration du CNRS en neuf Instituts et trois pôles ainsi que l’inscription au budget de quatre-vingt dix chaires, aux dépens du nombre d’emplois ouverts aux concours, et cela contre l’avis du Conseil Scientifique de l’établissement.

Vous ne pouvez ignorer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur général, qu’au moment même où ce témoignage de contentement nous parvenait, une part importante de la communauté scientifique manifestait sa désapprobation des réformes en cours et son inquiétude de l’affaiblissement dramatique du CNRS - établissement unanimement admiré dans le monde scientifique international - dont elles sont le germe. Si l’intervention de la force publique a permis la tenue du Conseil d’Administration dans des conditions inédites et en l’absence d’une partie de ses membres, elle ne devrait occulter à vos yeux la conviction, exprimée par un très grand nombre d’entre nous, que les valeurs que vous annoncez vouloir défendre sont sérieusement mises à mal par les ruptures à l’œuvre dans l’organisation de la Recherche française.

Vous comprendrez que je fasse la publicité de ce message, dont le contenu ne me semble relever d’aucune obligation de confidentialité.

Veuillez recevoir, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, l’assurance de ma respectueuse considération.

Claude Legros


Lettre ouverte envoyée par Maud Leriche

Madame, Monsieur,

J’ai un peu tardé à vous répondre mais vous comprendrez que la science passe avant tout ! Je voulais vous faire part du sentiment d’injustice de plus en plus fort que je ressens face au mépris avec lequel vous piétinez ce qui fait, pour moi, la fierté d’être chercheuse au CNRS, mépris que vous avez, à nouveau affiché, dans votre lettre d’autosatisfaction du 27/11/2008. Je suis une jeune chercheuse encore (recrutée CR2 en 2002) et je lutte au quotidien contre les réformes en cours de la recherche et de l’enseignement supérieur en France. Je peux témoigner de l’effet pervers de ces réformes : depuis mon recrutement au CNRS, aucuns des projets que j’ai pu soumettre aux divers appels d’offres existants (ANR, programme de l’INSU, etc.) n’ont été acceptés, trouvez-vous ça normal ? Vous avez l’air d’oublier que ce qui fait l’attraction du CNRS envers les jeunes en France et dans le monde pour venir y travailler : c’est la LIBERTÉ d’y exercer sa PROPRE recherche !!!! C’est ça la force du CNRS, c’est pour ça que les chercheurs de tous horizons et nationalités qui y sont recrutés sont excellents !

Je rends cette lettre publique tous comme un certains nombre déjà de mes collègues.

Veuillez, agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments révoltés,

Maud Leriche


Lettre ouverte envoyée par Laurent Perrin

Présidence du CNRS ‐ Bâtiment H
CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Avenue Michel‐Ange
PARIS 16

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, J’ai pris connaissance avec étonnement du contenu du message que vous nous avez adressé le 27 novembre 2008. Alors que le CA du CNRS s’est tenu le matin‐même dans des conditions rocambolesques sous la protection de cars de CRS, vous n’avez exprimé aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par les personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises, et alors même que les différentes instances encore démocratiques du CNRS se sont régulièrement prononcées contre ces réformes et contre les méthodes employées pour les faire adopter. Je ne comprends pas comment vous pouvez vous réjouir de la situation dans laquelle notre organisme se retrouve aujourd’hui : un budget en récession, une destruction programmée des emplois statutaires, une organisation encore plus complexe fragilisant les UMR, une diminution constante des dotations récurrentes (qui seules permettent la prise de risque et donc une recherche fondamentale de qualité) et la transformation de notre organisme en agence de moyens. De telles mesures ne retiendront pas dans nos laboratoires de nombreux jeunes sous des statuts de plus en plus précaires. Ce qu’il nous faut ce sont des emplois stables pour des collaborateurs talentueux et des moyens financiers pour poursuivre notre mission de recherche fondamentale. Le développement de quelques primes au mérite médiatisées et des financements presque uniquement à court termes et sur des thématiques fléchées ne sont de nature qu’à privilégier l’individualisme mais ne sauraient constituer une politique à long terme visant à soutenir l’effort de recherche. J’espère, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, que vous comprendrez mon inquiétude concernant l’avenir de la recherche au CNRS et que vous engagerez une véritable concertation avec vos personnels, seule voie qui permettrait de construire ce nouveau CNRS pour une recherche ambitieuse. Le contenu de ma lettre ne me semblant relever d’aucune obligation de confidentialité, je me permets, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, d’en faire la publicité. Page 2 Veuillez recevoir, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, l’assurance de ma respectueuse considération Cordialement

Laurent Perrin,
CR1 CNRS


Lettre ouverte envoyée par Claire Waelbroeck

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Chercheur au CNRS, je souhaite vous faire part de ma profonde indignation concernant les conditions dans lesquelles s’est tenu le Conseil d’Administration du 27 novembre ainsi que le contenu du message que vous nous avez adressé l’après-midi même.

La délocalisation de ce CA sous la protection de gendarmes mobiles en grand nombre et la tenue de ce CA en l’absence des représentants du personnels élus, me paraît indigne d’un établissement prestigieux comme le CNRS. En outre, le fait que votre message ne fasse aucun cas des inquiétudes du Conseil Scientifique de l’établissement, de la position des représentants du personnel au CA, et des nombreux personnels mobilisés dans tout le pays pour marquer leur désapprobation sur les réformes en cours, me semble envoyer un message fort de rejet des valeurs de respect et de collégialité propres au monde scientifique.

A mon sens, des faits aussi graves engendrent forcément la rupture du processus de dialogue entre la direction de l’organisme et les personnels, et une perte de confiance totale des personnels envers leur direction.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur, l’expression de ma sincère considération.

Claire Waelbroeck


Lettre ouverte envoyée par Fanny Cosandey, Robert Descimon, Alain Guéry et Sylvain Piron

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Membres d’une unité mixte de recherche, nous avons bien reçu la lettre datée du 27 novembre dernier dans laquelle vous vous félicitez des décisions prises à l’occasion du Conseil d’administration du CNRS tenu ce même jour. Vous concluez ce message en affirmant votre "volonté d’associer l’ensemble des personnels aux choix qui seront à faire". Quelque chose nous échappe. D’une part, il semble que les choix aient été faits bien en amont de ce conseil et qu’ils soient loin de relever d’une concertation interne. Mais il paraît surtout étrange de proclamer votre attachement au dialogue et à l’écoute des personnels de l’établissement que vous dirigez sans dire un mot des circonstances ahurissantes dans lesquelles ce conseil d’administration s’est tenu, protégé par plusieurs rangées de gendarmes mobiles, dans un lieu tenu secret jusqu’au dernier moment et auquel les membres élus et les représentants syndicaux n’ont pas eu accès. De même, nous avons du mal à comprendre que vous vous réjouissiez de la création de "chaires mixtes", qui ne sont autre chose qu’une suppression de postes ouverts pour les jeunes chercheurs. En ce jour funeste, c’est un message exprimant votre compassion et votre compréhension à l’égard des personnels et de leurs inquiétudes légitimes que nous attendions, et non pas une déclaration triomphale de ce genre. Nous osons espérer que ce texte vous a été dicté par le cabinet ministériel, que vous l’avez signé et diffusé contraints et forcés mais que vous saurez avoir, dans les mois qui viennent, des actes de résistance plus dignes de la mission qui vous est confiée, face au démantèlement général du système français d’enseignement supérieur et de recherche dont le CNRS est une pièce maîtresse.

Vous comprendrez que nous tenions à faire partager notre sentiment à l’ensemble des personnels de notre UMR qui ont été comme nous destinataires de votre lettre.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général, l’expression de nos sentiments respectueux et blessés.

Fanny Cosandey,
Robert Descimon,
Alain Guéry,
Sylvain Piron
Centre de recherches historiques (UMR 8558)


Lettre ouverte envoyée par Alain Guénoche

Marseille, le 5/12/2008

Mme C. Bréchignac, Mr. A. Migus,
Direction du CNRS
3 rue Michel Ange
75794 Paris Cedex 16

Madame, Monsieur,

Vous venez de saborder le CNRS, et vous vous en félicitez. Bravo. Vous signez là votre principale contribution au monde de la Recherche et l’Histoire des Sciences s’en souviendra.

C’était sans aucun doute le point de départ de votre « Plan stratégique Horizon 2020 », mais je ne crois pas que vous aurez à attendre cette date pour en voir les effets, sauf s’il s’agit de vider le CNRS de ses personnels.

Quelques questions terre à terre d’un chercheur de base :
- Etant dans un domaine inter-disciplinaire (Info-Bio-Math), aurai-je le choix de mon Institut ? Pourrai-je en changer en fonction de leurs conceptions du domaine, qui dans les trois ou quatre instituts concernés ne seront certainement pas les mêmes ?

- La politique scientifique des UMR est maintenant décidée par l’Université, qui choisira ses thèmes prioritaires en fonction de ses intérêts. Aurais-je encore la possibilité de changer de laboratoire en cas d’incompatibilité ?

- Enfin pourquoi ces chaires d’excellence, au détriment d’un recrutement CNRS, qui introduisent de fortes inégalités au sein de l’université ? Elles ne conduiront qu’au découragement des autres pour la recherche, alors que les procédures de détachement les y encourageaient. D’ailleurs la compensation financière à la décharge d’enseignement est bien mal calculée. Un enseignant chercheur est moitié enseignant et déjà moitié chercheur. Si vous voulez compenser les deux tiers de sa charge d’enseignement, il suffit de payer un tiers de son salaire. En payant les deux tiers, soit vous pensez que ses collègues ne font pas de recherche, soit qu’il la font gracieusement, comme un hobby.

En conclusion, pour parodier votre dernier paragraphe : La destruction du système français d’enseignement supérieur et de recherche se poursuit, et lors de ce lamentable CA , vous y avez grandement contribué.

Alain Guénoche
DR CNRS


Lettre ouverte envoyée par Nicolas Massé

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur,

Comme tous les membres d’un laboratoire rattaché au CNRS, j’ai pris connaissance avec stupéfaction du contenu du message que vous nous avez adressé à l‚issue du dernier CA. Permettez-moi de revenir sur la forme et le fond de ces décisions impliquant l‚ensemble des personnels et la qualité future de la Recherche et de l‚Enseignement Supérieur.

Ce CA s’est tenu, visiblement avec votre accord tacite, dans des conditions inimaginables, extrêmement inquiétantes, et indignes de notre pays, en présence de nombreuses forces de police, mais en l‚absence des représentants élus du personnel. Et pourtant vous n‚exprimez aucune considération vis à vis de cette situation et des inquiétudes exprimées par les personnels rassemblés ce jour là pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises. Vous terminez même votre message par « Parmi les valeurs que nous défendons, figure notre volonté d’associer l’ensemble des personnels aux choix qui seront à faire. ». Un comble ! Vous proclamez votre attachement au dialogue et à l’écoute des personnels de l’établissement que vous dirigez alors que vous savez comme personne que les décisions prises sont loin de relever d’une quelconque réelle concertation interne.

Au lieu de cela, vous vous félicitez de votre participation à ce qu‚il faut appeler le démantèlement politique et idéologique de notre système de Recherche et d’Enseignement Supérieur.

Je ne peux me réjouir de l’avenir que vous nous proposez par ces réformes contre lesquelles les instances démocratiques du CNRS se sont battues. Comment croire qu‚un budget du CNRS en récession, une destruction programmée des emplois statutaires, une précarisation croissante des jeunes chercheurs, une organisation encore plus complexe fragilisant les UMR, une diminution constante des dotations récurrentes soient des réformes porteuses d’avenir pour la Recherche Publique ?

Ces mesures ne pourront retenir dans les laboratoires déjà progressivement désertés par les étudiants, les nombreux jeunes chercheurs, ingénieurs et techniciens, sous des statuts de plus en plus précaires. Ce qu‚il nous faut ce sont des emplois pour de nombreux jeunes talentueux, des moyens financiers et une organisation basée sur la collaboration et non la concurrence pour poursuivre notre mission de recherche fondamentale qui est le terreau indispensable au développement futur de notre société moderne, et non quelques primes au mérite médiatisées.

Vous feignez enfin de croire que la réorganisation ainsi décidée réaffirme le caractère fondamentalement multidisciplinaire du CNRS. Or vous ne pouvez ignorer que la volonté gouvernementale est toute autre. Bientôt, les Sciences de la Vie, maintenant dénommées sciences biologiques, vont être sorties du CNRS : allez vous vous y opposer ? Je crains que non.

Vous ne pouvez ignorer que la mise en place de votre réforme, imposée par le gouvernement et participant à une vision élitiste et à court terme de la Recherche, rencontre une opposition de la part de très nombreux personnels, statutaires ou précaires, non parce qu’ils sont réfractaires à tout changement, bien au contraire, mais parce qu’ils y voient une opération de contrôle politique de la Recherche associée à la disparition de tout ce qui a fait la force du CNRS actuel. Seule une réelle concertation avec l‚ensemble des personnels permettrait de construire ce nouveau CNRS pour une Recherche ambitieuse et de qualité.

Je tenais par ce message à vous informer de mon sentiment personnel, mais je ne doute pas qu’il soit partagé par de nombreux autres membres des laboratoires rattachés au CNRS.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, Monsieur de Directeur, l’expression de mon attachement à une Recherche de qualité, indépendante du Politique, forte de ses personnels dévoués à leur mission de production et transmission des connaissances.

Nicolas Massé,
Postdoc ANR


Lettre ouverte envoyée par Corinne Beurrier

Marseille, 8 décembre 2008.

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur Général,

Chercheur au CNRS, je souhaite vous faire part de ma profonde indignation concernant les conditions dans lesquelles s’est tenu le Conseil d’Administration du 27 novembre ainsi que le contenu du message que vous nous avez adressé l’après-midi même. Ce CA s’est tenu dans des conditions lamentables, et a mis à mal des valeurs démocratiques élémentaires. Il a eu lieu sous la protection de plusieurs rangées de gendarmes mobiles, dans un lieu tenu secret jusqu’au dernier moment et auquel les membres élus et les représentants syndicaux n’ont pas eu accès. Le même scénario vient de se reproduire pour le CA de l’INSERM du 4 décembre. Ça ressemble à une mauvaise série télévisée !
Vous affirmez le jour même dans un courrier adressé au personnel du CNRS votre "volonté d’associer l’ensemble des personnels aux choix qui seront à faire". Permettez moi de douter de votre sincérité et de votre engagement a défendre des valeurs de respect et de collégialité auxquelles le monde scientifique est particulièrement attaché. Vous n’avez montré aucune considération vis à vis des inquiétudes exprimées par les personnels rassemblés ce jour là dans tout le pays pour empêcher que les décisions dont vous vous félicitez soient prises, et alors même que les différentes instances encore démocratiques du CNRS se sont régulièrement prononcées contre ces réformes et contre les méthodes employées pour les faire adopter. Je ne comprends pas comment vous pouvez vous réjouir de la situation dans laquelle notre organisme se retrouve aujourd’hui : un budget en récession, une destruction programmée des emplois statutaires, une organisation encore plus complexe fragilisant les UMR, une diminution constante des dotations récurrentes (qui seules permettent la prise de risque et donc une recherche fondamentale de qualité) et la transformation de notre organisme en agence de moyens. Un mépris aussi clairement affiché signe une perte de confiance totale des personnels envers leur direction.

Je tiens à rendre public ce message dont le contenu ne me semble pas relever d’une quelconque obligation de confidentialité.

Cordialement,

Corinne Beurrier