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(Nice-Matin) Les chercheurs expérimentent la rue

le 30 janvier 2004

Hier, plus de trois cents chercheurs du département ont déserté leurs labos pour manifester leur colère contre l’asphyxie financière des laboratoires publics.

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D’ORDINAIRE plutôt discrets, les chercheurs sont aussi capables de se mobiliser quand ils estiment que leur profession est en danger. Et quand ils se mobilisent, ce n’est pas à moitié. Contre l’asphyxie financière qui les menace, ils ont répondu, hier, par l’asphyxie routière.

Partis du CADAM où ils s’étaient réunis, trois cents chercheurs en colère ont réussi ce tour de force de paralyser pendant plus d’une heure la circulation à l’entrée de Nice. Ils ont semé une belle pagaille. Autoroute bloquée à la sortie de SaintAugustin, RN 202 bloquée, Promenade des Anglais paralysée également. Cela faisait des mois que ça incubait dans les labos, il fallait bien qu’un jour le bouchon saute.

"Le mouvement vient de la base. I ! n’y a rien de politique à notre révolte. Les chercheurs ne sont pas des gens excités. Pour qu’on soit dans la rue, c’est qu’on est vraiment soucieux", résume Yannick LemarchandBrustel qui dirige l’unité 568 à l’lnserm de Nice.

Coupe franche dans les crédits depuis 2 ans

Entre l’lnserm, le CNRS, I’INRA, l’INRIA, l’Université, I’INLN (Institut de physique et Observatoire de Nice), le département des AlpesMaritimes compte un peu plus d’un millier de chercheurs. Quatre cents sont signataires de la pétition "Sauvez la recherche".

Ils dénoncent "la fermeture des robinets qui bloquent les brevets et les médicaments d’après-demain". Et ils brandissent des chiffres : 33,8% des budgets pour le CNRS, 28,7 % pour l’lnserm, 26,3 % pour I’INRA et 45 % pour l’Ademe (énergies renouvelables).

"En 2002, l’lnserm a recruté 95 chercheurs au plan national. En 2004, le recrutement est réduit à 35." Au CNRS, on est passé de 550 postes il y a deux ans (au plan national toujours), à 300 aujourd’hui. A I’lnserm encore, l’immense majorité des laboratoires ont reçu leur budget. " Et l’immense majorité est amputé de 20 à 30 %. Depuis septembre 2003, on n’a plus d’argent pour commander les réactifs qui alimentent nos expériences de tous les jours. Après, on va nous dire qu’on n’est pas efficace ", enrage Yannick Lemarchand. Dans son domaine, diabète et obésité, "il y a 3 millions de diabétiques en France" rappelletelle, "la commission qui recrute les chercheurs va disposer de 2 postes pour toute la France."

"On nous dit, cancer priorité nationale. Mais en 2004 à l’lnserm, il y aura seulement 2 recrutements en cancérologie", tempête Pierre Chardin, directeur de recherches.

Fuite des "cerveaux"

Les chercheurs sont aussi très inquiets pour l’avenir de « leurs, jeunes. « En France, on forme très bien nos scientifiques. Beaucoup partent faire leur postdoctorat aux EtatsUnis. Le problème c’est que quand ils reviennent, ils n’ont rien. Ils ont 30, 35 ans, on leur propose des CDD de 3 ans et après ? », interroge un chercheur en brandissant une banderole ’bon à l’exportation ".

"Alors qu’on devrait attirer les meilleurs pour le futur de nos sociétés, on les fait partir ", s’insurge Ghislain Niçaise, professeur de biologie cellulaire à l’université de Nice. François Cuzin, professeur de génétique toujours à Nice, citait hier, à l’occasion d’une assemblée générale réunissant de nombreux signataires de la pétition à la fac des sciences de Vairose, l’exemple de la Chine : "Aux USA, il y a beaucoup de postdoctorat chinois. Quand ils rentrent chez eux, on leur donne des moyens fantastiques, on leur bâtit des instituts. On leur fait des conditions encore meilleures qu’aux EtatsUnis. C’est l’inverse en France."

"Il ne suffit pas de demander de l’argent, mais de dynamiser la recherche. Et pour dynamiser la echerche, il faut pouvoir recruter des jeunes" poursuit ce membre de l’Académie des Sciences.

Le 9 mars prochain, tous les directeurs d’unités signataires de la pétition doivent se réunir à Paris. Et si rien n’a changé, ils menacent de démissionner.

Isabelle BRETTE - Nice-Matin