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Lettre ouverte de 18 directeurs de laboratoires de l’école Polytechnique au président de la République

le 11 février 2009

Lettre ouverte à Monsieur le président de la République

Palaiseau, le 10 février 2008

Monsieur le Président,

Les directeurs de laboratoires soussignés s’associent à la forte émotion des personnels de la recherche et de l’enseignement supérieur provoquée par votre discours du 22 janvier 2009. Ce discours, fondé sur une vision inexacte et parfois méprisante de la recherche française, donne une image déformée et dévalorisante de celle-ci : elle ne peut que conduire au découragement des personnels et à la dégradation de l’image de la recherche française à l’étranger.

La transformation des organismes de recherche en agences de moyens annoncée dans ce discours scellerait rapidement la fin de la politique de partenariat équilibré et de mixité entre les établissements d’enseignement supérieur et les organismes. L’utilité d’un tel partenariat est pourtant largement reconnue (par le ministère, par la Conférence des Présidents d’Universités, par le rapport d’Aubert, par le CNRS…).

Nous témoignons de l’importance de ce partenariat entre nos tutelles communes, CNRS et Ecole polytechnique. Nous témoignons de l’efficacité de la gestion de nos moyens par le CNRS. Nous témoignons de l’importance du soutien du CNRS au travers de sa double mission d’agence de moyens et d’opérateur. Nous rappelons que tant cette double mission, remise en cause par le discours du 22 janvier, que la structuration des laboratoires en unités mixtes ont été explicitement validées par l’Etat par l’adoption du plan stratégique du CNRS. Nous rappelons que le plan stratégique a été élaboré suivant les directives du ministère et voté le 1^er juillet dernier par les représentants de l’Etat au conseil d’administration et validé par le ministère officiellement par tacite acceptation quinze jours plus tard.

S’agissant de l’autoévaluation des organismes dénoncée par le discours du 22 janvier, nous rappelons que les laboratoires de recherche sont évalués par une agence indépendante, l’AERES, qui a également vocation à évaluer les organismes (comme l’INSERM et dans quelques mois le CNRS) et les établissements d’enseignement supérieur. Nous rappelons que le Comité national évalue tous les deux ans les chercheurs du CNRS sur des critères publics et que ce comité comporte suivant les sections jusqu’à plus de la moitié de membres extérieurs à l’organisme, élus ou nommés.

Au plan des individus, des organismes ou de la Nation, nous mettons en garde contre la tentation technocratique et dangereuse de réduire l’évaluation des performances à quelques indicateurs qui dispenseraient d’une analyse rigoureuse de la situation et de ses causes. Nous rappelons par ailleurs que les acteurs de la recherche passent leur temps à être évalués –et à évaluer- : évaluation des projets scientifiques, évaluation des articles soumis à des comités de lecture internationaux, rapports bisannuels d’activité des chercheurs….

Enfin, nous rappelons que s’il est évidemment légitime que la puissance publique dégage des grands thèmes de recherche utiles à la Nation, la définition de priorités par les scientifiques eux-mêmes est une condition indispensable à l’activité scientifique. Ce concept d’« indépendance académique » est reconnu dans toutes les grandes nations scientifiques, en particulier au Royaume Uni et aux USA, souvent cités en modèle.

Nous nous inquiétons des changements brutaux et dommageables contenus dans votre discours, changements qui sont en contradiction avec les engagements pris par l’Etat depuis 18 mois, encore réaffirmés récemment au niveau ministériel. Cette inconstance politique met en danger la « prévisibilité et la lisibilité » de l’action des laboratoires appelées de ses vœux par le Gouvernement.

Veuillez croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre haute considération.

François Amiranoff, Philippe Baptiste, Pierre-Jean Benghozi, Paul Bourgine, Jean-Claude Brient, Antonin Chambolle, Jean-Marc Chomaz, Bernard Drévillon, Yves Laszlo, Pascal Lefloch, Patrick Mora, Yves Mechulam, Gilles Ohanessian, François Ozanam, Antoine Rousse, Antoine Rousseau, Martine Soyer, François Vial, directeurs de laboratoires de l’Ecole polytechnique.

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Lettre ouverte