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En ce qui me concerne, pour l’instant, j’apprends a devenir britannique.

le 30 janvier 2004

J’ai fait mes etudes a Versailles (Math Sup/Spe Biologie au Lycee Ste Genevieve), Lyon (Ecole Normale Superieure de Lyon) et Toulouse (DEA et These de Neuropsychologie). Je suis aujourd’hui agrege en science des vie et de la terre et docteur en neuropsychologie.

A l’issu de ma these j’envisageais d’aller a Londres en postdoc, dans un des plus prestigieux laboratoires de Neuroimagerie (Wellcome Institute of Imaging Neuroscience, Queen Square London) et tenter, apres deux annees, de me presenter a l’INSERM ou au CNRS, ou encore dans une Universite comme Maitre de Conference. Obtenir une place dans cette institut de recherche etait une chance assez exceptionnelle. Qui plus est, j’ai fait des demarches pour obtenir un financement de postdoc aupres de 4 organismes differents et les 4 ont repondu favorablement, ce qui fasisait de moi un etudiant comble : apres sept annees et demies d’etudes superieures entierement financees par l’etat, j’obtenais le financement integral de mes etudes postdoctorales dans un laboratoire de reference, que demander de plus ? C’est l’exemple de tous mes semblables, cherchant desesperemment un poste en tant de Maitre de conference et decouvrant le circuit des postes fleches, ou celui de mes copains tout frais sortis de leur doctorat et se battant pour se glisser dans un poste a l’INSERM sur lequel 40 personnes se presentaient, ou encore celui de certains etudiants, developpant alors des startegies sur plusieurs annees incluant travail a mi-temps dans un restaurant par exemple, pour pouvoir financer un postdoc "sur place" et creer les liens politiques suffisant pour esperer que quelqu’un tappe du poing sur la table, quelque part, et leur donne une chance d’integrer la recherche francaise, c’est donc l’exemple de tous mes semblables qui m’a pousser a reflechir serieusement sur mon avenir. Voulais-je vraiment travailler ferocement dans une univers ultra-competitif (15 postdocs dans une meme piece a Londres) pendant deux annees pour revenir a un systeme qui me presserait a mort avant de me laisser entrevoir un espoir de poste durable ?

Par un hasard incroyable, quelques jours avant ma soutenance de these, une collegue m’a montre une annonce pour un poste de lecturer a l’Univeriste du Pays de Galles. Je me suis presente (notons que tous mes frais de voyage, incluant une voiture de location, hotel , restaurant, etc. etaient payes) et le departement de psychology de Bangor m’a offert un poste permanent, un salaire largement superieur a celui d’un maitre de conference en France, quelques 60000 livres sterling (approximativement 100000 euros) pour intaller mon propre laboratoire de recherche, une faible charge d’enseignement ( 4 heures par semaine) et une liberte totale de recherche. Je peux dire que cette decision a ete la plus difficile a prendre de mon existence a ce jour. Je n’avais aucune envie de quitter mon pays, et j’avais deja tisse des liens de travail, d’affection et meme de devoir adminstratif (contrat decennal avec l’ecole normale superieure) avec la France. Pourtant, devant la possibilite d’avoir un poste immediatement, de faire ce que je voulais avec les moyens necessaires, je me suis decide a partir.

Aujourd’hui, presque 4 annees plus tard, j’ai assiste de loin au debut du naufrage de la recherche francaise. Je suis profondement attriste et meme choque. J’ai essaye a plusieurs reprises de garder le contact avec l’adminstration francaise. La seule chose qui me tient lie a elle et mon contrat decennal et le renouvellement de mon conge pour convenance personnelle (qui permet de garder temporairement le titre de professeur agrege). J’ai ecrit plusieurs lettres au directeur de l’ecole normale superieure de Lyon et au conseiller culturel a Londres pour entamer une demarche visant a me donner un statut d’universitaire detache a l’etranger, pensant que cela me permettrait un jour prochain de reintegrer le systeme francais avec plus de facilite. Je n’ai recu aucune reponse a ce jour. Comment ne pas se sentir envahi de tristesse quand mon pays m’a donne la chance exceptionnelle de faire les meilleures etudes possibles dans mon domaine et qu’il me prive de la possibilite d’exprimer ma gratitude. La situation en France est devenue tellement precaire que je ne vois aucun interet a me presenter ou que ce soit. Si d’aventure on m’offrait un poste, je devrais subir une coupe de salaire importante, avoir mille charges administrative, etre sature d’heures de cours et ne pas avoir de moyens pour faire de la recherche.

J’espere que ce temoignage peut contribuer a la prise de conscience aujourd’hui necessaire a une renaissance de la recherche francaise. Si vous desirez que je reecrive une partie de cette description ou que je reponde a des questions plus specifiques, je suis a votre disposition. En ce qui me concerne, pour l’instant, j’apprends a devenir britannique.

Cordialement,

Guillaume Thierry