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Lettre ouverte à Jean-Robert Pitte, ancien Président de l’Université Paris-Sorbonne, Membre de l’Institut.

le 25 février 2009

Lettre ouverte à Jean-Robert Pitte, ancien Président de l’Université Paris-Sorbonne, Membre de l’Institut.

Cher collègue,

Vous avez tenu à plusieurs reprises, ces dernières semaines, des propos désastreux sur l’état de la recherche dans les universités en sciences humaines. Dans le journal Challenges du 3 février, vous soutenez qu’« en lettres par exemple, la moitié des maîtres de conférences et le tiers des professeurs ne publient plus rien et ne font qu’assurer leurs 192 heures d’enseignement sur l’année ». Le Figaro du 13 février confirme ces propos et rappelle qu’en sciences humaines et sociales, vous « estimez à 40 % le nombre d’enseignants du supérieur qui ne publient pas ». Et le journal de citer vos dires : « C’est l’omerta, car personne ne veut l’avouer ! Aucune sanction n’est possible. Personne ne peut les obliger à faire de la recherche et certains s’en donnent à cœur joie. »

Si vos propos sont bien rapportés — on peut encore espérer que ce ne soit pas le cas —, ils sont insultants pour l’ensemble de l’Université française, et en particulier pour ceux qui travaillent à vos côtés à l’Université Paris-Sorbonne. Le lecteur peut supposer en effet que les chiffres que vous évoquez sans en donner les sources et que vous seriez donc le seul à posséder seraient le fruit de votre longue expérience à Paris IV et de la fréquentation quotidienne de vos collègues, géographes et historiens, linguistes ou littéraires. Il suffit pourtant de consulter les rapports remis récemment à l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES) pour prouver le contraire. En substituant aux réalités et aux faits que vous connaissez parfaitement des pseudo-statistiques qui ne reposent sur aucune étude, vous accréditez et cautionnez, du fait de vos qualités éminentes d’ancien Président de l’Université Paris IV et de Membre de l’Institut, un discours idéologique anti-intellectualiste qui rejoint la pire tradition populiste. Vous n’honorez assurément pas ainsi les sciences humaines et leurs méthodes. Vous jetez surtout un grave discrédit sur une université que vous disiez pourtant, il n’y a pas si longtemps, vouloir faire rayonner.

Nous ne voulons pas nous interroger sur les raisons qui vous poussent à de telles allégations, mais nous vous demandons de prendre toute la mesure de l’insulte que vos propos font à l’ensemble de la communauté universitaire, et tout spécialement à l’établissement auquel vous appartenez. Dans votre article paru dans Le Monde du 5 février, vous concluez que les universités devraient se réjouir de ce que les nouveaux projets de réforme leur permettent « de se gérer elles-mêmes sous la houlette de leur président ». L’image est saisissante. A lire vos accusations, on frémit d’imaginer le sort d’une université tombée « sous la houlette » d’un président qui n’aurait pas la moindre considération pour ses pairs et qui refuserait de les évaluer sur la réalité de leur recherche et de leur engagement.

Denis Labouret (Vice-président du Conseil d’administration)

Barthélémy Jobert (Vice-président du Conseil scientifique)

Michel Fichant (Président du Comité stratégique)

Jean-François Courtine (Professeur délégué à la Recherche)