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Modem : Pourquoi faut-il miser sur la Recherche ?

le 2 mars 2009

Article dans Le Monde

Sébastien ROBINNE

chronique : Pourquoi faut-il miser sur la Recherche ? par Alexandre URWICZ, Membre du Bureau parisien du MODEM 26.02.09

Alors que l’histoire de notre pays est riche en succès liés aux découvertes de nos chercheurs, alors que la crise actuelle devrait nous imposer d’être concurrentiel et de miser sur la Recherche et l’Innovation, alors que la Recherche permet de créer à terme des nouveaux marchés et enjeux sociopolitiques, pourquoi notre gouvernement freine et engage des arbitrages qui mettent en danger notre avenir ?

Une société sans Recherche, c’est un arbre sans racine. Un monde condamné à perdre une dernière fois ses richesses accumulées sans être capable de la renouveler la saison suivante, sans être capable de s’adapter aux contraintes environnementales, économiques, sociétales. Pourquoi détruire le seul capital humain qui a toujours permis d’obtenir des richesses ?

Pourquoi le financement public de la recherche fondamentale qui apporte majoritairement des résultats d’intérêt général doit il être vandalisé ? Parce que l’Etat veut du résultat à court terme, des profits immédiats pour flatter son électorat. Quid des profits que la société obtient pour sa propre connaissance ?

Obsédé par la culture du résultat à court terme, l’Etat d’aujourd’hui n’entrevoit que l’encouragement de la recherche appliquée tandis qu’il supporte assez mal le développement de notre recherche fondamentale. La première se voit médiatiquement tandis que la seconde reste dans le monde discret des chercheurs. Pourtant les grandes découvertes et avancées humaines trouvent leurs origines dans la recherche fondamentale. Alors bien sûr il existe des crédits d’impôts recherche et innovation destinés aux entreprises, mais là encore, l’Etat encourage le privé pour investir dans la recherche appliquée tandis qu’il reste bien le seul à pouvoir doter la recherche fondamentale d’un budget conséquent.

Si l’intérêt économique, médiatique et électoral devient la raison d’être de la Recherche, nous pouvons déjà rayer la définition de la Recherche fondamentale dans le dictionnaire 2010. Pourquoi l’Etat ne pourrait-il pas au moins se contenter d’être le garant de notre recherche fondamentale et sanctuariser ses crédits ?

En 2009, le CNRS recrutera par concours externes 300 postes, soit le plus faible nombre depuis plus de dix ans. D’un côté l’Etat dénonce l’exil des cerveaux français, formés gracieusement aux yeux de la princesse et payés ensuite copieusement par des sociétés étrangères qui nous remercient bien chaleureusement pour la qualité de notre enseignement, et de l’autre la France se retrouve volontairement à la 14ème place mondiale (2,12%) en termes de dépense intérieure de recherche et développement (total public, privé, civil et militaire) par rapport à son PIB. Nous étions 3ème en 1970. Même l’Islande en « dépôt de bilan » est devant nous !

A l’heure des problèmes existentiels sur le plafonnement des bonus des patrons de nos futures banques nationalisées, comment ne pas évoquer les salaires de ces chercheurs au BAC+12 qui émargent à 2500 euros/mois à 40 ans ? Trouvons-nous normal de confier un budget de 2000 euros/personne/an à une équipe de chercheurs pour ses recherches comme c’est le cas dans certaines unités du CNRS, pourtant prolixes en matière de publications ?

Pour protéger la Recherche, il faut d’abord protéger nos chercheurs du domaine public, en sanctuarisant les crédits nécessaires à l’exercice de leur profession qui s’articulent sur plusieurs décennies, en créant aussi un statut d’exonération fiscale lié à leur profession. Il faut inverser la tendance et faire venir à notre tour, l’excellence de la Recherche avant que notre Recherche excelle en ignorance.