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L’AERES occupée

le 18 mars 2009

Ce mercredi 18 mars 2009 à 9h, l’AERES a été occupée par un collectif comprenant enseignants-chercheurs statutaires ou précaires (doctorants) et personnels BIATOSS de Paris 1, Paris 4, Paris 10, Paris 7, EHESS, et du CNRS. Ils invitent leurs collègues à les rejoindre pour tenir une AG sur place, 20 rue Vivienne, 75002 PARIS (Métro Bourse).

13h30 : l’occupation est levée, après un débat de 3h, très instructif, avec plusieurs représentants de l’AERES. Un CR en sera donné.

La concurrence fait partie du quotidien de tous les acteurs du monde universitaire depuis des décennies, mais la normalisation de cette concurrence entre institutions universitaires et scientifiques, entre cursus de formation, entre chercheurs et enseignants-chercheurs, voilà l’objectif des réformes qui se succèdent depuis le début de ce siècle un peu partout en Europe. En France, ce processus a été scandé par les réformes universitaires du LMD à la LRU, par la création de l’Agence Nationale de la Recherche et la refonte du CNRS. La concurrence généralisée devient alors un modèle et doit se doter d’outils bureaucratiques imposant les canons d’une évaluation systématique et centralisée de la qualité des concurrents… Voilà le sens de la création de l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES) en 2006… Une institution dirigée par des scientifiques nommés par les institutions politiques et scientifiques (le président et les 24 membres du conseil de l’AERES), c’est-à-dire par des gens de pouvoir. Une institution animée par des experts convoqués, issus du monde scientifique et universitaire qu’ils vont eux-mêmes contrôler ... et gare à leur propre évaluation et à celle de leur labo s’ils refusent d’évaluer les autres. Pourquoi nous en inquiéter ? L’AERES n’est finalement qu’un organe de contrôle en remplaçant d’autres, un organe particulièrement vertueux d’ailleurs, puisqu’il annonce se soumettre lui-même aux procédures d’évaluation de la qualité : « La démarche qualité inscrit l’agence dans un processus d’amélioration continue. […] Elle est conforme aux exigences des références et lignes directrices pour le management de la qualité dans l’espace européen de l’enseignement supérieur » Voir le site de l’AERES.

Nous dénonçons d’abord cette inflation sans fin des procédures d’évaluation de la recherche et de l’enseignement. S’il nous semble logique de demander des comptes à ceux qui bénéficient de fonds publics, il est par contre absurde de leur faire perdre leur temps dans l’élaboration de stratégies de valorisation d’euxmêmes sans rapport avec leur mission première qui est d’analyser, d’écrire et de transmettre. Dans ce XXe siècle déjà si lointain, chercheurs et universitaires passaient déjà un temps important à jauger de la qualité des travaux des uns et des autres. Aujourd’hui, la conception ouvertement managériale de l’activité universitaire et scientifique aboutit à une perte de temps et d’énergie considérable pour se plier aux normes du contrôle. Le coût du management dépasse alors largement le bénéfice escompté en terme « d’efficacité » ou de «  productivité ». Combien d’articles de circonstances, combien de co-signatures de complaisance faudra-t-il avant de constater que l’inflation bibliométrique n’a rien à voir avec la production des idées ? Cette bureaucratie de la qualité est par ailleurs un simulacre absurde. Organe centralisé, l’AERES ne peut que passer à la moulinette la diversité des recherches pour leur faire franchir les mailles de son tamis. L’évaluation est de fait purement quantitative et repose essentiellement sur le nombre de publications des individus, des labos et des universités dans des revues elles-mêmes notées A+, A, B, C. C’est ce règne de la métrologie qui manifeste la fascination des dirigeants pour le simplisme d’une modélisation numérique des hommes et des choses. La bibliométrie est une impasse qui ne tient pas compte des réalités de la vie de laboratoire. La référence continue à l’absurde classement dit « de Shanghai » en est la manifestation la plus claire.

Pour nous, les activités intellectuelles et pédagogiques sont incompatibles avec cette conception soviétique de la police de la pensée que porte l’AERES au nom du management et de la concurrence.

Alors quel serait le visage d’une véritable politique des sciences et de l’enseignement ? Comment pourrions-nous nous réapproprier la vie de la recherche pour en faire une critique constructive ? Nous vous invitons à en débattre à l’AERES, 20 rue Vivienne à Paris, métro Bourse, aujourd’hui.

Plus d’infos dans le pdf ci-joint