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Les souris viennent d’accoucher d’une montagne ….creuse

Par Albani Jihad René, le 30 mars 2009

Évidemment, rien ne change en France dans les Universités françaises. Pendant que le monde universitaire est mobilisé depuis plusieurs semaines contre des réformes proposées par la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, la majorité des syndicats participent à des réunions au ministère pour « définir les principes fondamentaux qui allaient présider à la réécriture du décret du statut des enseignants-chercheurs ».

Mais, qui a mandaté les syndicats pour ouvrir des négociations sur la modification du fameux décret ?

Je pensais qu’il y avait une Coordination nationale qui prenait des décisions et que c’était elle seule qui pouvait éventuellement négocier avec la Ministre.

Que ces syndicats soient représentatifs ou pas du monde enseignant universitaire, leur présence au Ministère, sans être mandatés par les enseignants montre clairement qu’ils ne respectent pas le corps enseignant et s’approprient un mouvement non politisé pour le dénaturer en une lutte entre gauche et droite.

Que la CGT ou la FSU aient été invitées ou pas, on s’en moque. La réunion au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a montré clairement que les syndicats se moquent de leur base et n’ont aucun respect de l’ensemble du corps universitaire. Le monde universitaire s’est mobilisé contre une réforme mal expliquée, mal rédigée et sans aucun intérêt apparent.

Cette affaire me rappelle celle de l’année 2007 où les syndicats ont bloqué les Universités pour protester contre la LRU et en même temps ils négociaient les modalités de la mise en pratique de cette même loi.

Le plus amusant est le fait que la première réunion qui a duré 6 heures, a permis aux souris d’accoucher d’une montagne creuse et vide. En effet, on nous parle d’évaluer les enseignants-chercheurs « de manière transparente ». En d’autres termes, est-ce que les syndicats reconnaissent, et c’est une première, que les évaluations qui se faisaient jusqu’à maintenant n’étaient pas toutes transparentes ? Parlaient-ils des évaluations faites par le CNU uniquement, au niveau des Universités ou des deux à la fois ? Si ces évaluations n’étaient pas transparentes avant la publication du décret, pourquoi le seraient-elles après sa publication ? Un miracle va-t-il avoir lieu ? Peut-être que les syndicats commencent à prier Saint Nicolas ?

Et quel sera le but de ces évaluations ?

La réponse est « qu’elles fondent les décisions de l’établissement en matière de politique indemnitaire et de promotions. »

Voilà, on a ressorti les primes. Celui qui va bien enseigner, touchera une bonne prime. Celui qui fera de la recherche de qualité, touchera une prime. Celui qui enseigne mal ou qui fait de la recherche de mauvaise qualité, n’aura rien, aucune prime. Mais aussi, on va promouvoir ceux qui « bossent » bien, bref ceux qui sont bien notés.

Mais, je ne vois pas la différence entre l’ancien décret et celui que l’on va proposer, surtout en ce qui concerne les primes. Je n’ai toujours pas de réponses à mes questions (voir [http://www.sauvonslarecherche.fr/sp...] )

Comment évaluer le travail des enseignants-chercheurs et par qui ?

Quels sont les critères pour évaluer un dossier ? Un article publié par an, deux ou trois ?

Qui va étudier les dossiers scientifiques des membres du CNU ?

Comment fera le Ministère pour s’assurer qu’un dossier a été bien jugé ou bien noté ?

Comment et qui va décider du montant de la prime pédagogique ou d’excellence attribuée à un enseignant ? Le CNU ? La Direction de l’Université ?

Entre deux enseignants qui s’investissent dans leur travail de la même façon à quelques variantes près, comment va-t-on apprécier le travail de l’un par rapport à l’autre ?

Il est clair que d’après ce qui va être rédigé, le but de cette évaluation est principalement les promotions et l’attribution des primes.

Je peux admettre que l’on doive évaluer un travail de quelqu’un avant de lui accorder une promotion. Mais, c’est ce qui se passe actuellement, en principe. Non ?

Mais je n’ai toujours pas compris ce que sont ces primes que l’on va attribuer à certaines personnes bien choisies ? Si un chercheur fait de la recherche de qualité et excelle, pourquoi doit-il toucher une prime ? Il reçoit un salaire, non ?

La réalité c’est que, faute de vouloir augmenter les salaires des personnels universitaires et de la recherche, le gouvernement introduit le principe des indemnités sous forme de primes que peu de personnes auront. Les Socialistes furent les premiers à introduire cette notion de primes dites « primes d’encadrement doctoral », lesquelles sont attribuées d’une façon opaque et sans aucune cohérence. Madame la Ministre les a remplacées par les primes d’excellence et pédagogiques sans bien se rendre compte que leur attribution ne pourra pas être objective. Ce qui est critiquable dans cette affaire, c’est surtout l’attitude des syndicats qui prétendent défendre les intérêts de la Communauté scientifique sans vraiment réclamer des hausses sérieuses de salaire.

Moi, pour ma part, je demande la hausse des salaires :

Ce n’est pas tant une question de pouvoir d’achat, mais c’est une reconnaissance politique de l’importance des chercheurs et des enseignants d’Université dans le fonctionnement d’un pays.

La science n’a pas d’odeur politique mais est, et doit rester, au service de l’humanité et de son bien-être.

Ainsi, au lieu de ce système de primes qui humilie tout le monde, il serait donc plus respectable de revaloriser les salaires. Toujours dans les décisions prises, on nous parle « d’un minimum d’activité d’enseignement et de recherche ».

Ainsi, tout le monde va devoir faire de la recherche, même si elle est de mauvaise qualité et même si le « chercheur » est amené à gaspiller de l’énergie et de l’argent pour « faire un minimum de recherche. »

Comment un nouveau recruté peut-il savoir s’il va être un bon ou un excellent chercheur ?

Comment peut-on demander à des enseignants d’Université qui ne veulent plus s’investir dans la recherche, à faire « un minimum de recherche », sachant pertinemment que ce sera une perte de temps considérable.

D’ailleurs, le but d’une évaluation est d’aider chaque enseignant-chercheur à mettre en avant ses points forts pour qu’ensuite ses compétences soient au mieux mises à profit par la Communauté scientifique et donc par son université. Le rôle des évaluateurs serait, entre autres, d’inciter un enseignant-chercheur à abandonner la recherche au profil d’autres fonctions (administrations, enseignements, directions des B.U., conseils et orientation des étudiants,) plus utiles à son Université, s’il s’avère qu’il n’aime pas la recherche ou s’il constate que son travail de recherche n’est pas celui espéré pour un chercheur.

Pour quelle raison vouloir imposer à un enseignant-chercheur d’être rattaché à un laboratoire de recherche s’il ne fait pas du tout de recherche ?

Il est tout à fait regrettable que les idées avancées lors de ces mémorables réunions ne soient pas à la hauteur du défi relevé. Néanmoins, quel que soit le contenu du nouveau décret, il restera inapplicable. Et donc, il y a de fortes chances (99,99%) qu’un nouveau projet qui tient compte de la réalité du monde universitaire français voit prochainement le jour.

Si les syndicats ont été les seuls invités au ministère, c’était dans le but de tester la Communauté Scientifique et de voir « qui manipule qui ». Le constat fut clair : les syndicats manipulent la communauté scientifique et ont transformé des revendications sérieuses et sincères en revendications politiques et de lutte gauche-droite. Le Ministère invite qui il veut mais c’est à la Communauté scientifique de décider qui la représente.

Donc, dans tous les cas, les réunions qui ont eu lieu au Ministère avec les syndicats étaient une grande erreur de stratégie de la part des syndicats.

Or, la LRU et le Plan Campus seront maintenus pour des raisons d’harmonisation européenne. Même l’arrivée de Ségolène Royal au pouvoir n’aurait pas changé les choses. Ces projets datent de bien avant 2007 et les syndicats de gauche les ont approuvés.

Toute réforme doit se faire dans les meilleures conditions possibles en associant l’ensemble des personnes concernées. Ainsi, un travail de terrain doit avoir lieu afin que ceux qui rédigent les réformes se rendent compte par eux-mêmes de la situation réelle dans les universités.

Qui sait, peut-être le prochain ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche sera un homme de terrain et d’action !!!