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Elections pour le nouveau Conseil d’Administration du CNRS

Voter ? Oui ! Par Internet ? Non merci !

Par Enguehard Chantal, le 12 mai 2009

Vous êtes membre d’une unité de recherche du CNRS. À ce titre, vous avez été informé que le Conseil d’Administration du CNRS va être renouvelé cette année, avec notamment l’élection de quatre membres représentant d’une part les chercheurs (deux sièges), et, d’autre part, les ITA (deux sièges).

Pour la première fois, le CNRS organise un vote électronique, par le biais du réseau Internet. Au niveau du grand public, le vote électronique suscite des réactions contrastées : pour certains il s’agit d’une procédure moderne qui met fin à des pratiques douteuses, tels les bulletins dans les chaussettes, les urnes qu’on bourre, et autres électeurs fantômes… Pour d’autres il s’agit d’une boîte noire impossible à contrôler, où les fraudes sont d’autant plus subtiles et difficiles à détecter qu’elles sont immatérielles.

La réalité est plus complexe et de nombreuses questions ne sont pas tranchées. En fait, le vote électronique est un domaine de recherche très actif au niveau international, notamment autour de la cryptographie et des systèmes E2E (end-to-end auditable). Chaque année se tiennent des conférences et de nombreux articles de recherche sont publiés dans des revues scientifiques. En France, deux projets dédiés spécifiquement au vote électronique ont été financés en 2006 et 2007 par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) :

- Sécurité et Audit du Vote Électronique (SAVE) avec France Télécom, Cryptolog, l’Ecole Normale Supérieure, L’Institut National des Télécommunications et Supélec ;

- Analyse formelle de protocoles de vote électronique (AVOTE) avec France Télécom, le LORIA (Nancy), le Laboratoire Spécification et Vérification (LSV-Cachan) et Verimag (Grenoble).

Nous sommes donc dans une situation paradoxale où l’ANR (qui est devenue la référence officielle en matière de pilotage de la recherche) finance des opérations relatives au vote électronique, tandis que le CNRS valide a priori un système de vote par Internet !

En organisant cette année le renouvellement des représentants des personnels au Conseil d’Administration par un vote par Internet, la direction du CNRS prend une lourde responsabilité. En effet, bien que cette première nous ait été présentée comme expérimentale, elle n’est pas menée dans le cadre d’un protocole de recherche scientifique : il s’agit d’une prestation externe vendue par une entreprise. En prenant cette décision, la direction du CNRS signifie qu’elle estime que le vote par Internet est un problème résolu par les entreprises commerciales. Elle condamne implicitement les travaux réalisés en France dans ce domaine et prend le risque de discréditer une recherche de grande qualité présente au sein de la compétition internationale.

De plus, elle instrumentalise l’établissement qu’elle dirige pour délivrer un message fort quant à la fiabilité et à la sécurité du système de vote choisi, que pourra exploiter l’entreprise qui le commercialise (« notre système de vote par Internet marche, la preuve, les scientifiques du CNRS l’utilisent »).

Voilà pourquoi nous refusons, et nous vous demandons de refuser, tout usage du vote par Internet pour le renouvellement du Conseil d’Administration du CNRS.

Isabelle Bloch (professeur), Chantal Enguehard (MCF), Marc-Olivier Killijian(CR CNRS), Yves Moelo (CR CNRS), Marie-Claude Quidoz (IE CNRS), Hervé Suaudeau (IE CNRS), Jacques Vergne (Professeur)


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