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Quand on veut noyer son chien...

La campagne de l’Express : lamentable mais significative.

Par Michel Weinfeld, le 3 février 2004

Pour bien montrer ses intentions, le gouvernement, sous couvert d’une inspection générale des finances exercée au sein du CNRS, dont le rapport vient d’être complaisamment relayé (et dans quels termes !) par l’Express du 2 février , étale des critiques sur l’état supposé calamiteux du CNRS et de ses personnels, sans craindre d’ailleurs d’énoncer des contre-vérités grossières. Mais qu’importe l’énormité des affirmations, qu’importe qu’un fonctionnaire du ministère des finances n’ait aucune compétence en matière de bibliométrie ou plus généralement de recherche scientifique (il y a des laboratoires à l’ENA ?), plus c’est gros plus on espère que ça passe. Et tout y passe : le CNRS en tant qu’organisme gaspilleur de ressources, au rendement lamentable, le Comité national dont on prétend que c’est lui qui dirige tout (mal, bien entendu), les personnels dont le statut de fonctionnaire est à casser, etc.

Ces « arguments » n’ont rien de nouveau. On les retrouve périodiquement dans la prose de droite ou d’extrême-droite, qu’on nous ressert réchauffée à chaque fois que les pouvoirs publics essayent, avec plus ou moins de succès, de casser le CNRS. En général, aucun politicien en exercice ne se risque à dire directement ce qui est affirmé dans ces diatribes, mais par le biais d’audits bien orientés, fort souvent, sinon toujours, exécutés par des institutions incompétentes en matière de science et de recherche (mais supposées « incontestables », comme la Cour des Comptes ou l’IGF), le pouvoir en place se donne des raisons pour pousser une politique de dénigrement et de destruction.

Il ne faut pas se tromper : la campagne amorcée aujourd’hui par l’Express est une réponse qui se veut forte à la campagne de défense de la recherche publique, entamée il y a plus d’un an par la communauté scientifique, et symbolisée aujourd’hui par la signature massive de la pétition « Sauvons la recherche ». D’une certains façon, c’est lui rendre hommage. Mais plutôt que de répondre aux revendications des scientifiques, plutôt que de prendre en considération, même de façon minimale, leurs demandes et leurs propositions, le gouvernement n’a rien trouvé de mieux que cette manipulation sans gloire, propre à consterner quiconque prétend avoir une certaine intelligence. Mais nous ne sommes ni chasseurs ni buralistes ni restaurateurs, comme le dit Henri Audier, et nous n’avons pas d’importance électorale, alors tout semble permis.

Il ne tient qu’à nous de réagir encore plus fort en n’oubliant pas ce qu’un vieux dirigeant social-démocrate (Guy Mollet, pour qui je n’ai aucune sympathie) disait il y a environ 50 ans : « la France a la droite la plus bête du monde ». Je ne garantis pas l’exactitude textuelle de la citation, mais je regrette profondément qu’elle soit toujours d’actualité.