L’Association "Sauvons la Recherche" Groupes de travail Comités loc. et transv. Université de printemps 2011 EUROPE
Accès thématique Emploi et précarité Communiqués de SLR Actualités communiqués partenaires
Médiathèque Les archives Documentation revue de presse Tribunes et Contributions
accueil contact plan du site admin
caractères +caractères -
article
réactions (6)
Accueil / Les archives / Archives 2004 / Tribunes et contributions (archives 2004) / Un recrutement étique avec trop peu d’éthique ...

Un recrutement étique avec trop peu d’éthique ...

Ou De la docilité comme critère de recrutement

Par laineeric, le 4 février 2004

Puisque nous sommes (presque tous) là, je voudrais profiter du débat actuel initié autour de questions financières, mais qui aborde aussi le problème de la diminution des "vocations" et du brain-drain pour aborder un sujet "tabou",les modalités de recrutement, en suggerer de différentes et connaitre l’opinion de collègues à ce sujet.

Si l’on veut sauver la recherche il faut attirer les bons étudiants vers la recherche, comme thésards d’abord, et statutaires ensuite, et il faut avoir de quoi financer ces postes : tout le monde est d’accord là dessus.

Mais il me semble qu’il faudrait aussi réformer réellement le mode de recrutement. Car je constate l’existence d’une autre cause à la désaffection des jeunes bac+4 pour le métier de chercheur (un état de faits pas nouveau, ce qui est nouveau c’est qu’il soit connu des éventuels futurs candidats).

En effet, il ne suffit pas de proposer bourses de thèses et postes aux concours si l’obtention de ces deux étapes paraît répondre à des critères autres que ceux de l’excellence. Cela a deux effets liés : détourner les meilleurs (ceux qui ont compris les premiers comment cela fonctionne) de s’engager dans ce métier, et bien sur, par conséquent, priver le métier des meilleurs. Comme je le soulignais dans une contribution précédente, une des évolutions récentes est que les étudiants fréquentent, à l’occasion de stages, les laboratoires universitaires, et là, ils entendent forcément parler enseignants-chercheurs , techniciens et thésards. Ils y découvrent le temps perdu à chercher des financements, le niveau des bourses de thèse et du salire de chercheur débutant (pas 5 000 euros comme on pouvait le lire dans l’Express il n’y a pas si longtemps !tiens, encore l’Express !). Au passage, soulignons que si le mouvement se voit parfois taxé de corporatiste, que ceux qui pensent cela réalisent au moins qu’aucune revendication salariale n’a été émise ...

Mais ils y découvrent aussi parfois (sans vouloir généraliser j’affirme que ça existe) :
- que, bien avant la prise de décision officielle, le ou les DEA futurs bénéficiaires des bourses de thèse sont parfois déjà connus, et que le critère d’attribution n’est pas forcement leur résultat de DEA mais le labo où ils le font et l’influence de son directeur (il sera toujours temps ensuite de mettre de bonnes notes au candidat choisi, justifiant ainsi a posteriori l’attribution de la bourse ...)
- que les postes mis au concours (maîtres de conférences, professeurs) sont attribués en fonction de critères scientifiques certes, mais aussi, et parfois de manière prépondérante, en fonction de l’université d’origine (souvent prime au local (université), parfois au contraire prime aux étrangers (cnrs, certaines universités parisiennes)) et ... de la docilité du candidat (curieusement, l’esprit critique qui devrait être une qualité du chercheur n’est pas toujours bien vu dans ce milieu ...). Il y a une raison à cela : à l’université les "commissions de spécialistes" qui sont chargées du recrutement sont formées en majorité des enseignants-chercheurs de l’université où est ouvert le poste et complétées par des "extérieurs", enseignants d’autres universités, mais choisis par les précédents ! (donc parmi leurs amis ... et par conséquent peu enclins à voter différemment). N’oublions pas que les membres de commissions recrutent leurs futurs collaborateurs ... ou leurs futurs concurrents. Les dés sont donc souvent pipés au profit des candidats locaux (ou en leur défaveur s’ils sont trop rétifs à l’autorité ou que l’université a décidé de favoriser le recrutement "exogène"), le plus souvent les autres candidats viennent à leur insu faire de la figuration bénévole (et sans transport offert) dans un film qui donne l’apparence d’un vrai concours vu de l’extérieur. Ca ne veut pas dire que tous les recrutés sont mauvais, mais être parmi les meilleurs n’assure en rien le succès.

Un moyen de minimiser ce problème serait de ne pas avoir une majorité de membres locaux dans ces commissions, et que les membres extérieurs à l’université soient non seulement majoritaires mais désignés au hasard sur des listes de spécialistes (éventuellement parmi ceux d’universités proches pour minimiser les déplacements). Ca n’enlèverait pas la possibilité de recruter des locaux (qui ont souvent l’avantage de connaître déjà la thématique de recherche et donc de correspondre au profil demandé) ou des extérieurs (qui présentent, eux, l’avantage d’une expérience plus variée) mais cela offrirait me semble t il plus de garanties d’impartialité. Bien sur aucun mode de recrutement n’est parfait (même sur les concours censés être nationaux (inra etc) les publications de postes sont surtout décoratives, les "gagnants" étant parfois connus avant les auditions des candidats).

Bref, pour attirer de bons étudiants et garder de bons chercheurs il faut certes rendre plus attractifs les salaires de début de carrière, et considérer les thésards qui effectuent la plus grosse part du vrai travail de recherche(leurs encadrants étant surtout occupés pour leur part à chasser le financement et éventuellement à réussir à le dépenser en obéissant aux contraintes bureaucratiques ainsi qu’à essayer d’appliquer la réforme que tout bon ministre entreprend dès son arrivée ... et il en arrive souvent)comme des salariés à part entière, y compris pour la retraite. Débuter à la trentaine en étant payé à un salaire horaire de technicien de surface, et terminer sa carrière mieux mais quand même payé beaucoup moins pour ce job que dans la plupart des pays de niveau de vie équivalent, n’est pas forcement attractif (surtout dans un monde où l’on juge la valeur de quelqu’un à l’aune de son salaire)

Mais si de plus ceux parmi les meilleurs qui seraient prêts à s’engager quand même dans cette voie ne sont pas persuadés que leur travail et leur perspicacité seront les éléments déterminants de leur futur recrutement ne soyons pas étonnés que nos "cerveaux" fuient ... souvent avant même les études de troisième cycle longues.

Il est temps de faire le ménage devant notre porte si l’on veut que les meilleurs "clients" osent au moins rentrer dans la boutique au lieu de changer de trottoir (ou de continent).