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Création d’un comité local Antilles-Guyane

Par Pascal Vaillant, le 4 février 2004

Pour faire connaître le mouvement Sauvons la Recherche dans les Départements d’Outre-Mer, et mobiliser notamment les responsables locaux et les étudiants, il importe de faire comprendre à tous que l’enjeu des revendications actuelles nous concerne.

- 


CRÉATION D’UN COMITÉ LOCAL ANTILLES-GUYANE « SAUVONS LA RECHERCHE »

Le 3 février 2004 (modifié le 12 février 2004)


Les signataires de ce texte : personnels actifs dans la recherche en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane ; membres d’équipes relevant d’organismes de recherche ou d’enseignement supérieur et de recherche ; chercheurs, enseignants-chercheurs, techniciens ou administratifs, tiennent à manifester leur attachement à la recherche scientifique publique et à souligner son importance.

Ils apportent leur soutien au mouvement national « Sauvons la Recherche », appellent à la signature de l’appel lancé par ce mouvement [1], et soutiennent toutes ses revendications : versement immédiat des sommes dûes aux organismes de recherche au titre des budgets antérieurs et toujours non versées, création de postes de jeunes chercheurs en 2004, initiation d’un collectif budgétaire pour la recherche, et lancement d’Assises Nationales de la Recherche pour redonner à la France une véritable politique de recherche publique qui ne soit plus guidée par les coups de projecteur de l’actualité et les thèmes à la mode.

Au-delà du monde de la recherche, ils tiennent à informer leurs concitoyens de Guadeloupe, Martinique et Guyane des raisons de leur mouvement et de la situation actuelle de la recherche française :

- Depuis plusieurs années, les budgets théoriquement accordés aux universités et aux organismes de recherche (budgets qui permettent au gouvernement d’affirmer que la recherche publique continue de recevoir des financements corrects) ne sont en réalité plus versés intégralement ;

- par ailleurs, dès la loi de finance, le budget civil de la recherche et du développement se voit attribuer des charges qui ne relèvent pas de ce secteur, ce qui contribue à son gonflement artificiel ;

- le nombre de postes de chercheurs ou d’enseignants-chercheurs titulaires offerts aux concours publics diminue depuis 2002, pour atteindre cette année un plancher inquiétant (les postes mis au concours en 2004 remplacent à peine les départs en retraite, et, à l’encontre des recommandations de plusieurs instances nationales, n’anticipent pas les départs futurs) ; les meilleurs éléments du système d’enseignement supérieur français ne trouvent plus de débouché dans leur pays : ils doivent se reconvertir ou s’expatrier en Grande-Bretagne ou en Amérique du Nord.

Ils dénoncent le décalage entre les ambitions que la France entretient officiellement pour sa politique de recherche, et la situation réelle de soutien aux équipes de recherche. Les personnels des organismes de recherche ou d’enseignement supérieur et de recherche ont été par exemple choqués du contenu de la lettre que leur a adressée la ministre Claudie Haigneré le 22 janvier [2], qui est en contradiction avec la situation qu’ils vivent quotidiennement. Contrairement aux intentions affichées, les orientations budgétaires actuelles remettent en question le fonctionnement des organismes publics de recherche. Cela fragilise l’ensemble du dispositif de recherche, dans la mesure ou la recherche publique est garante d’indépendance et d’impartialité, sans visées commerciales immédiates, et ou le secteur privé ne vient le plus souvent qu’en complément de financement publics, et risque de suivre le désengagement de l’État (cas des CPER, par exemple, ou des bourses de thèse co-financées). L’argument selon lequel la recherche est, dans d’autres pays (notamment les États-Unis), plus largement soutenue par l’investissement privé, ignore le fait que les investisseurs privés y sont eux-même supportés par de larges programmes de subventions publiques.

Ils rappellent que le coût relatif des revendications actuelles n’est pas démesuré pour un gouvernement qui souhaiterait vraiment faire un effort pour la recherche publique, au lieu de la sacrifier à des thèmes plus à la mode, électoralement parlant [3].

Ils tiennent avant tout à alerter leurs concitoyens sur les points suivants :

- La politique de la recherche N’EST PAS QUE LE PROBLÈME D’UNE PARTIE DE LA POPULATION. Loin d’être seulement le souci corporatiste d’un groupe de scientifiques qui ne défendent que leur propre profession, la recherche concerne L’AVENIR ÉCONOMIQUE, SOCIAL ET CULTUREL, et donc l’ensemble des citoyens.

- Sans recherche, en effet, pas d’innovation, et donc, à long terme, pas de développement. Si la France n’avait pas soutenu fortement sa recherche publique dans les années 50 à 70, elle serait aujourd’hui dépendante de brevets et d’inventions américaines. Est-ce la situation que nous voulons pour 2030 ?

Dans ce contexte, ils rappellent avec force que le débat actuel sur l’avenir de la recherche est loin de n’être qu’une lointaine querelle parisienne : il concerne tout particulièrement les DÉPARTEMENTS D’OUTRE-MER. À bien des égards, ceux-ci sont DAVANTAGE CONCERNÉS que beaucoup de régions de France métropolitaine par l’enjeu de la recherche, moteur du développement.

On sait, dans ces pays, ce que la recherche agronomique apporte par exemple à l’économie de Guadeloupe ou de Martinique, ou ce que la recherche spatiale, ou forestière, fait pour l’avenir de la Guyane. On sait que la recherche dans le domaine de la santé, si cruciale dans les zones tropicales, ne pourrait être menée sans un investissement public déterminé. Quant à la recherche dans le domaine des sciences humaines et sociales (par exemple histoire, linguistique, économie ...), si importante pour la connaissance et la construction de l’identité de nos régions, comment pourrait-on s’attendre à ce qu’elle soit prise en charge par l’investissement privé ?

Les talents intellectuels ont besoin, pour se développer, qu’on leur donne les moyens de leur formation et de leur emploi, des salaires décents et des moyens de fonctionnement raisonnables ; sans quoi les meilleurs étudiants se réorientent ou s’expatrient - quand ils en ont les moyens - et vont exercer leurs talents ailleurs.

À défaut de s’impliquer de façon déterminée dans la recherche publique, le gouvernement français condamne les départements d’outre-mer à n’avoir plus que le tourisme comme axe de développement. La Guadeloupe, la Guyane et la Martinique sont riches de leurs ressources humaines. Il importe plus que jamais de les valoriser à travers une recherche digne de ce nom.

Les signataires :

- appellent donc les responsables politiques de nos départements à soutenir la politique de recherche publique, notamment dans l’Outre-Mer, à relayer l’inquiétude des chercheurs, et à interroger le gouvernement national sur ce sujet ;

- appellent les collègues qui se sentent concernés, et qui ne l’ont pas encore fait, à signer l’appel « Sauvons la Recherche » [1], et à rejoindre s’ils le souhaitent le comité local  [4] ;

- appellent les autres citoyens, en premier lieu les étudiants, avenir du développement de nos pays, à signer une pétition citoyenne destinée à soutenir les revendications des chercheurs et à manifester leur attachement à une véritable politique de recherche [5], et à la faire circuler.

Les signataires :

Ahmed Aïnouche, Professeur, CEREGMIA, UAG, Schoelcher, Martinique
Richard Arnolin, Ingénieur, INRA, Petit-Bourg, Guadeloupe
Benoît Bérard, ATER, AIHP, UAG, Schoelcher, Martinique
Jean Bernabé, Professeur, GEREC-F, UAG, Schoelcher, Martinique (Directeur de l’équipe GEREC-F)
Fred Célimène, Professeur, CEREGMIA, UAG, Schoelcher, Martinique (Directeur de l’équipe CEREGMIA)
Philippe Cerdan, Dr, HYDRECO, Petit-Saut, Guyane (Directeur du laboratoire HYDRECO)
Christian Chabrier, chercheur, PRAM, CIRAD, Le Lamentin, Martinique
Myriam Cottias, CR, CRPLC, CNRS, Schoelcher, Martinique
Justin Daniel, MCF, CRPLC, UAG, Schoelcher, Martinique (Directeur UMR CNRS 8053)
Jacky Desachy, Professeur, GRIMAAG, UAG, Fouillole, Guadeloupe (Directeur de l’équipe GRIMAAG)
Isabelle Dubost, MCF, GEREC-F, UAG, Schoelcher, Martinique
Marie Fleury, MCF, MNHN, BIODIVAL (IRD), Cayenne, Guyane
Meriem Fournier, ECOFOG, ENGREF, Kourou, Guyane (Directrice UMR CNRS 2728)
Jean-Jacques de Granville, DR, IRD, Cayenne, Guyane
Jean-Charles Hilaire, MCF, GEREC-F, UAG, Schoelcher, Martinique
Sylvie Jérémie, AST, INRAP, Cayenne, Guyane
Denis Lafortune, IE, INRA, Petit-Bourg, Guadeloupe
Christian Langlais, chercheur, PRAM, CIRAD, Le Lamentin, Martinique
Béatrice Laurent, MCF, CELCAA, UAG, Schoelcher, Martinique
Nadine Lefaucheur, CR, CRPLC, CNRS, Schoelcher, Martinique
Patrice Lefaucheur, PAST, GRIMAAG, UAG, Schoelcher, Martinique
Gerry L’Etang, MCF, GEREC-F, UAG, Schoelcher, Martinique
Claudia Losbar-Megas, Agent Administratif, INRA, Petit-Bourg, Guadeloupe
Stéphanie Mulot, Post-Doc, CRPLC, UAG / LEHA, Université d’Aix-en-Provence
Michel Naves, IR, INRA, Petit-Bourg, Guadeloupe
Richard Nock, MCF, GRIMAAG, UAG, Schoelcher, Martinique
Bruno Ollivier, Professeur, GEREC-F, UAG, Schoelcher, Martinique
Alex Ouensanga, Professeur, COVACHIMM, UAG, Fouillole, Guadeloupe (Directeur de l’équipe COVACHIMM)
Alain Pavé, Représentation CNRS, Cayenne, Guyane (Directeur UPS CNRS 2561)
Jorge Sierra, CR, INRA Antilles-Guyane, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe (Directeur d’équipe)
Roger Toumson, Professeur, GRELCA, UAG, Schoelcher, Martinique (Directeur de l’équipe GRELCA)
Pascal Vaillant, MCF, GEREC-F, UAG, Schoelcher, Martinique
André Yebakima, Dr, Centre de Démoustication, Conseil Général / UR016, IRD, Fort-de-France, Martinique


Contact : pascal.vaillant(à)laposte.net


Une version actualisée de ce texte et de sa liste de signataires se trouve sur http://www.univ-ag.fr/ pvaillan/appel-chercheurs-ag/creation-comite-local.html.

[1] http://recherche-en-danger.apinc.org

[2] Lettre de Mme la ministre Claudie Haigneré aux chercheurs (22 janvier) : http://recherche-en-danger.apinc.org/article.php3?id_article=192

[3] « Quand les restaurateurs demandent la baisse de la TVA, le gouvernement se bat pied à pied à Bruxelles et n’a aucun état d’âme financier pour une mesure dont le coût représente le doublement du potentiel humain et des crédits de tous les EPST (CNRS, INSERM, INRA, IRD, INRIA, etc.)  », H.E. Audier, Directeur de Recherches au CNRS, (http://recherche-en-danger.apinc.org/article.php3?id_article=195).

[4] http://recherche-en-danger.apinc.org/rubrique.php3?id_rubrique=30

[5] http://recherche-en-danger.apinc.org/non-chercheurs.php3