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Un exercice d’autosatisfaction dans un climat délétère

le 18 septembre 2009

Lors de son discours de rentrée, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a encore une fois exhibé son imperturbable autosatisfaction, son art du mensonge par omission, son incapacité à percevoir la réalité du terrain. Pendant ce temps, notre communauté organise la rentrée dans un manque chronique de moyens, après des mois de mobilisations contre des réformes mises en place dans la précipitation et sans réelle concertation. Cette mobilisation aura réussi à limiter les dégâts en ce qui concerne le statut des enseignant chercheurs, à freiner le désengagement de l’Etat dans l’emploi scientifique et à sauver, du moins provisoirement, le CNRS. Mais il reste beaucoup à faire et les étudiants et le personnel abordent la rentrée dans des conditions plus désastreuses que jamais.

La ministre prétend que le taux d’encadrement est passé de 25 étudiants par titulaire en 2000 à 20 aujourd’hui. Probablement est-ce pour tenter de justifier la politique calamiteuse de l’emploi scientifique menée par le gouvernement et que nous n’avons eu de cesse de combattre. Faut-il souligner que les données statistiques du ministère montrent au contraire que ce taux est resté stable à un peu plus de 20 pendant ces années, alors que la moyenne des pays de l’OCDE est à 15 ? Est-il besoin de comparer ces chiffres avec ceux des classes préparatoires et des grandes écoles ? En outre, la construction de logements étudiants dont elle s’autocongratule est dérisoire par rapport aux besoins et bien loin des engagements de la construction de 5000 nouvelles chambres par an. La revalorisation des bourses est notoirement insuffisante au regard de l’augmentation des frais d’inscription, des transports et de santé. Voilà la triste réalité.

La ministre se félicite de l’augmentation du budget de la recherche et de l’enseignement supérieur. Elle omet soigneusement de dire qu’il s’agit avant tout d’un transfert de budget interministériel pour payer les retraites des personnels dépendant de notre ministère et que les universités avec le passage à l’autonomie ont des charges nouvelles. Elle refuse également de s’interroger sur l’efficacité du crédit impôt-recherche qu’un rapport récemment publié a pourtant gravement mise en doute (voir ici). Elle se réjouit du budget de plan de réussite en licence, mais oublie de préciser que les universités n’ont ni les locaux, ni les enseignants pour le mettre efficacement en place. En outre que pèsera-t-il face à la dégradation des conditions d’études dans le secondaire et le primaire, qui enverront dans les universités des étudiants encore plus mal préparés qu’auparavant ? Et alors que bien des pays décident de faire de la recherche et de l’enseignement supérieur une véritable priorité, la France apparaît comme le mauvais élève : dans un rapport publié par l’OCDE on apprenait ainsi que notre pays, dans son plan de relance de l’automne, consacre 4,7 milliards aux ponts et routes et 46 millions à la recherche-développement (voir ici).

Il y a quelques mois, la ministre laissait répandre la rumeur selon laquelle le nombre d’inscriptions à l’université serait en baisse, du fait du mouvement de protestation contre ses réformes. A présent, elle se félicite qu’il n’en soit rien et cherche à en tirer les bénéfices politiques, alors qu’il ne s’agit probablement que de l’effet de l’augmentation du chômage des jeunes (qui, depuis un an, a augmenté de 28%). Elle se réjouit de voir autant d’universités passer à ce qu’elle prétend être de « l’autonomie », en omettant de dire que la loi les y contraint avant 5 ans et que la carotte de miettes de budget est là pour les inciter à le faire dans la précipitation.

Docteur ès-langue-de-bois, la ministre affirme qu’après une première année de "refondation", une seconde de "construction", "voici venu le temps de la consolidation et de l’ambition retrouvée". Pour nous, son passage à notre ministère restera marqué par ces trois mots : "stupéfaction", "colère" et "écoeurement".