L’Association "Sauvons la Recherche" Groupes de travail Comités loc. et transv. Université de printemps 2011 EUROPE
Accès thématique Emploi et précarité Communiqués de SLR Actualités communiqués partenaires
Médiathèque Les archives Documentation revue de presse Tribunes et Contributions
accueil contact plan du site admin
caractères +caractères -
article
réactions (3)
Accueil / Les archives / Archives 2004 / Tribunes et contributions (archives 2004) / Une politique de recherche injustement décriée

Confidentiel : note préparatoire à allocution du ministre 14/02/04

Une politique de recherche injustement décriée

Par pelaprat, le 6 février 2004

Une politique de recherche injustement décriée

Un effort sans précédent a été déployé cette année par le gouvernement en direction de la recherche. Cependant, quelques esprits chagrins (un peu moins de 40 000, selon les organisateurs eux-mêmes) subsistent, ici ou là, qui semblent mettre en doute la pertinence des actions engagées et la réalité des bénéfices potentiels, à moyen et long terme, des stratégies novatrices mises en oeuvre. Je ne tenterai pas de les convaincre de leur erreur. J’aimerais simplement mettre en lumière quelques points fondamentaux dont l’importance a été occultée, sinon volontairement détournée, pour des raisons qui me semblent plus proche de l’idéologie partisane que de la réelle démarche scientifique que l’on peut attendre de notre communauté.

L’illustration la plus frappante de cet incompréhensible malentendu me paraît être l’INSERM, qui a récemment bénéficié d’une politique de redressement spectaculaire, pourtant actuellement en but à des critiques qui me semblent parfaitement injustifiées.

Stratégies novatrices, disais-je. En ce qui concerne le budget, je pourrais même la qualifier de révolutionnaire. Comme l’a très justement rappelé récemment le Directeur Général de cet organisme, le budget des dotations de fonctionnement de cet Institut a augmenté cette année de 7.5%. Or, dans le même temps, et par rapport à l’an dernier, 48% des Unités ont eu une dotation de base stable, 44% ont bénéficié d’une diminution de 18%, et 8% d’une diminution pouvant même aller jusqu’à 80%.

En d’autre termes, L’AUGMENTATION DU BUDGET TOTAL a pu être réalisée SANS AUCUNE AUGMENTATION DU BUDGET INDIVIDUEL D’UNE SEULE UNITE.

Du point de vue de la théorie des ensembles, ceci peut se traduire en disant que, pour la première fois dans l’histoire d’un organisme de recherches, LE TOUT EST SUPERIEUR A LA SOMME DES PARTIES. Note du rédacteur : d’un point de vue purement typographique, je tiens à préciser que les caractères en majuscules permettent de suivre la progression du texte, pour le lecteur peu habitué au raisonnement scientifique. Du point de vue du biologiste, nous sommes en présence d’un phénomène extraordinaire : LA SYNERGIE.

Cette synergie, nombre de Directeurs Généraux, de Directeurs de cabinets ministériels, et même quelques chercheurs, la réclamaient depuis des années, essayaient de l’atteindre, par des actions aussi diverses qu’inefficaces : création d’IFRs multipartenaires, politique de site, etc.... Le résultat est là. Nous y sommes. C’est l’aboutissement de plusieurs années de tentatives infructueuses, et d’une persévérance sans faille. Et personne ne semble s’extasier.

Et pourtant, les conséquences en sont nombreuses, et peut-être même indénombrables. Je n’en citerai que trois.

Une première conséquence, directe, instantanée. Les sommes ainsi dégagées ont permis le lancement d’actions innovantes, comme les programmes "AVENIR", destinées aux jeunes chercheurs. Il est possible de prévoir que, si le phénomène de synergie s’amplifie, comme on le souhaite, dans les années à venir, de tels programmes seront complétés par d’autres, comme par exemple des programmes "PASSE" permettant à ces chercheurs, devenus vieux, de continuer à travailler.

Une deuxième conséquence, moins apparente, mais ô combien importante, sera l’apport de notre Institut à la recherche internationale. En effet, on peut prévoir qu’une telle stratégie pourra, à très court terme, augmenter le POURCENTAGE de représentation, que ce soit en termes de PUBLICATIONS ou de BREVETS, de certains autres pays qui, contrairement à nous, n’ont pas encore osé prendre les orientations qui s’imposaient (comme par exemple les Etats-Unis ou le Japon). Par ces décisions courageuses, la France aura ainsi encore oeuvré, comme souvent par le passé, en faveur de la communauté internationale.

Une troisième conséquence sera le renforcement de LA BIOLOGIE THEORIQUE dans notre pays. Stimulés par un BUDGET OPTIMISE, les équipes abandonneront les expériences inutiles, et consacreront plus de temps au nécessaire exercice de la REFLEXION. Ceci a déjà commencé, rapidement, après l’annonce de ces actions ciblées, et non seulement à l’INSERM mais aussi, par une contagion enthousiaste, dans les autres organismes. On a vu ainsi, ces dernières semaines, des chercheurs, mais aussi des ITA et des étudiants, se rassembler, échanger leurs idées, organiser plusieurs COLLOQUES ET MANIFESTATIONS spontanées, autour de thèmes aussi divers que porteurs. Tout porte à croire que cet élan va perdurer.

Cet enthousiasme a de plus généré un ELAN CITOYEN sans précédent chez les scientifiques depuis la Révolution. On a même vu, très récemment, des Directeurs de laboratoires proposer, dans un manifeste d’une grande spontanéité, de se démettre de leurs fonctions afin de se remettre à la disposition de leur organisme, en tant que simple chercheur, en un mot, à la disposition de la Nation.

Cette formidable synergie, disons-le enfin, n’aurait cependant pas pu être réalisée sans une autre révolution, opiniâtrement recherchée depuis des années, et qui tient, elle, réellement du miracle : celle des PROCESSUS D’EVALUATION.

La France a, on l’a vu récemment à l’occasion du Débat National sur l’Ecole, un retard considérable en LECTURE. Elle a malheureusement aussi, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, un déficit de ses processus d’évaluation. En quelques mois, l’INSERM a réussi l’impossible gageure : lever ces deux obstacles. Et ceci, avec un seul outil : la RENOVATION DES STRUCTURES D’EVALUATION elles-mêmes. La mise en place de plusieurs Comités, Conseils d’Orientation, Commissions Ad Hoc, à côté des instances (CSS, Conseils Scientifique) "classiques", dont les décisions devenaient de plus en plus aléatoires, confuses.

En effet, le milieu scientifique est un milieu restreint. Ce sont donc les mêmes personnes qui étaient, dans un proche passé, membres de ces instances "classiques", et qui siègent, désormais, dans ces nouvelles structures.

Le premier miracle est devant nous : Les MEMES PERSONNES, sorties de ces ambiances délétères et poussiéreuses, sont devenus experts, aptes à juger un projet au premier coup d’oeil, à rendre un verdict sans faille. Ils sont DEVENUS BONS.

Le deuxième miracle tient en peu de mots : En quelques mois, ils ont APPRIS A LIRE. Je m’explique. Dans les instances classiques, comme l’a justement soulevé le Directeur général, la majorité des Unités était classées "A+" ou "A". Maintenant, on voit clairement, et de plus en plus souvent, apparaître d’autres lettres, comme "B" ou "C". C’est une évolution impressionnante, formidable, vers une MAITRISE TOTALE DE L’ALPHABET. Impressionnante, formidable, et incroyablement rapide. Au mois de juin 2003, lors de l’évaluation du dégel des crédits, certaines unités étaient encore affligées d’un "A", et n’ont donc pas pu bénéficier de la baisse de dotation, facteur (je le rappelle) crucial dans l’enclenchement du phénomène de synergie. Or, quelques mois plus tard, en décembre, les mêmes laboratoires se sont vu attribuer le "B" tant mérité, leur donnant accès à une baisse de 20%, directe, sans délai.. Une seule explication peut rendre compte de ce phénomène : EN SIX MOIS SEULEMENT, LE RAPPORTEUR A MAITRISE UNE LETTRE DE PLUS. Renversante progression.

Pour terminer cette démonstration, je voudrais évoquer un point qui souvent me fait frémir : la demande constante de "TRANSPARENCE".

Devant l’insistance et la récurrence de cette demande, le Directeur Général lui-même semble faiblir. Je voudrais le mettre en garde contre une telle tentation. En réalité, notre système souffre d’une TROP GRANDE transparence. En effet, revenons à l’étymologie : Qu’est-ce qu’un matériau transparent ? C’est un matériau qui l’on ne voit pas, qui ne change pas l’image qui passe par son filtre. Est-ce cela que l’on veut pour les nouvelles structures mises en place ? Ne pas modifier l’image renvoyée par les CSS, le CS ? Non, bien sûr. Ce qu’il faut à l’INSERM, ce qu’il faut à la France, ce n’est pas la transparence. C’est la TRANSLUCIDITE. Celle des vitraux de nos cathédrales. Celle par laquelle on ne voit que l’image qu’ils renvoient, magnifiant la lumière qui leur parvient.

Ce qui manque à l’INSERM, ce qui manque à la France, ce n’est pas la transparence, c’est la translucidité. Car, ne l’oublions pas, dans translucidité, Il y a

LUCIDITE.

Didier PELAPRAT