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Accord prévu entre N. Sarkozy et les principaux groupes pharmaceutiques pour aggraver l’endettement de l’Etat.

le 23 octobre 2009

Le 26 octobre 2009, le Conseil Stratégique des Industries de Santé, réunissant les dirigeants des principaux groupes pharmaceutiques français sera reçu par le chef de l’Etat. Cette réunion est importante à plusieurs titres. Elle risque d’avoir des conséquences non négligeables sur le budget de la nation, et elle devrait permettre aux grands groupes pharmaceutiques de limiter leur effort de recherche tout en affirmant le contraire. Enfin, elle constitue une illustration claire du mode de fonctionnement de ceux qui nous dirigent.

La principale mesure utilisée par notre gouvernement pour peser sur les orientations économiques du pays, c’est la réduction systématique des impôts, sans contrepartie, ni évaluation de l’efficacité de la mesure, ni prise en compte de l’aggravation de l’endettement de l’Etat qui en résulte. Les dirigeants des grandes entreprises, obéissant à une logique de plus en plus strictement financière, se saisissent de cette opportunité pour chercher à siphonner le plus efficacement possible les fonds publics. Ils font appel pour cela à une communication très efficace en direction du gouvernement et de l’opinion publique. Ils se constituent en lobby, avec l’intention peu dissimulée d’intervenir dans les affaires du monde ou au moins de la France (leur sigle, G5, faisant clairement référence au G7 réunissant les gouvernements des pays les plus puissants). Cette volonté de domination se dissimule sous le masque de l’expertise autoproclamée : c’est un ensemble d’experts qui donne au gouvernement des conseils forcément éclairés sur des questions nationales (comment utiliser le Grand Emprunt, comment organiser la recherche publique en sciences biologiques).

Ce faisant, le lobby pharmaceutique français vise à jouer en France le rôle qu’a joué au niveau européen l’ERT (European Round Table of industrialists), un lobby de grands groupes industriels qui depuis des années fournit à la Commission européenne des indications de "prêt à penser et à décider", en matière d’enseignement supérieur et de recherche, indication que la Commission suit avec beaucoup d’application.

Ce mode de direction d’entreprise (logique financière, appel aux fonds publics, communication poussée) se fait au détriment du développement industriel proprement dit. C’est ainsi que Sanofi, 1er groupe pharmaceutique européen, 4e au niveau mondial, en excellente santé financière malgré la crise (ses profits ont atteint les 7.2 milliards d’Euros en 2008, et la progression au premier semestre 2009 était de 22.3%) prépare actuellement un vaste plan de restructuration, visant entre autres la suppression de plus de 1200 postes en R&D en France. Ce qui ne l’empêche pas de toucher plusieurs dizaines de millions d’euros au titre du Crédit Impôt Recherche.

Le 26 octobre, le lobby pharmaceutique réclamera à N. Sarkozy une réduction d’impôts supplémentaires en contre-partie de financement de projets de recherche en France. Ainsi, un investissement prioritaire de Sanofi dans les biotechnologies est dans les tiroirs depuis plus d’un an, et sans cesse reporté. Il ne serait pas surprenant que ses dirigeants conditionnent son lancement au fait que le gouvernement « fasse un geste » qui compense financièrement cet investissement. Le fait que ces recommandations soient faites au moment même où Sanofi compte supprimer 20% de son potentiel scientifique interne en dit long sur le souci réel qu’a Sanofi de l’effort de recherche français.

Les licenciements qui se préparent chez Sanofi sont ainsi justifiés (en interne, pas dans les déclarations du G5) par le directeur de la Recherche : "Pourquoi voudriez-vous qu’on continue à financer 100% de notre recherche interne alors qu’à l’extérieur l’innovation existe dans les organismes de recherche publique, les biotechs, les universités qui sont financés en tout ou partie par l’Etat et/ou les collectivités territoriales". Le financement de partenariats public-privé (notamment dans les pôles de compétitivité) permet de faire faire de la recherche aux laboratoires publics (toujours à la recherche de moyens). La recherche externalisée coûte (à court terme) moins cher que la recherche faite en interne. C’est ainsi que l’argent public permet le désengagement du privé. Cette politique est entérinée par le DG de l’INSERM, André Syrota, qui a reconnu : " Les industriels de la pharmacie vont externaliser entre 20 % et 30 % de leurs recherches vers des laboratoires académiques. » [1]

Voilà quelques clefs qui permettent de décoder le discours officiel auquel nous aurons droit le 26 octobre. Le mieux est de juger sur pièces.

Voici comment le lobby pharmaceutique se présente :

Le secteur pharmaceutique plaide pour le soutien de la recherche et de la compétitivité de son industrie

Texte publié le 9 octobre 2009 sur http://www.mypharma-editions.com/le...

Alors que le conseil stratégique des industries de santé (CSIS) doit réunir le 26 octobre prochain laboratoires pharmaceutiques et pouvoirs publics sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le G5, organisation qui regroupe les cinq plus importants groupes pharmaceutiques français, s’est réuni jeudi afin de proposer au gouvernement la mise en place de mesures destinée à accroître la compétitivité des Industries de la Santé en France.

Selon les membres du G5 qui regroupe Sanofi-Aventis, Pierre Fabre, Servier, Ipsen et le Laboratoire de fractionnement des biotechnologiques (LFB), la prochaine réunion du CSIS du 26 octobre marquera une étape clé dans la reconnaissance des Industries de la Santé comme secteur stratégique.

Trois grands axes de réflexion

En effet, le G5 souhaite que soit définie une politique globale, associant le domaine de la recherche, le volet industriel et les enjeux sociaux. Objectif : faire des Sciences de la Vie « une priorité nationale de premier ordre ». Parmi les axes de réflexion soulevés par le G5 : l’utilisation d’une partie des ressources du Grand Emprunt pour développer les capacités d´innovation en santé, la réorientation de la taxation spécifique de l´industrie pharmaceutique en faveur de l´investissement en France et enfin le renfort de la Recherche publique dans les Sciences de la Vie.

Concernant le Grand Emprunt, le G5 propose un financement des Instituts hospitalo-universitaires d’excellence qui accueilleront des équipes de Recherche françaises de rang international et qui seront orientés vers des priorités stratégiques thérapeutiques nationales : les cancers, les maladies neurodégénératives et les maladies auto-immunes.

Le grand emprunt pourrait également financer un programme de recherche sur les technologies de bioproduction à haut rendement et faibles coûts de production. Objectif : dépasser les technologies actuelles non maîtrisées par la France et développer de nouvelles approches de thérapie cellulaire.

Deuxième axe de réflexion, celui de la taxation spécifique de l’industrie pharmaceutique qui représente entre 3 % et 5 % du chiffre d’affaires des sociétés du secteur. « Au fil du temps, onze taxes spécifiques au secteur de la pharmacie ont été créées pour financer le déficit de la sécurité sociale, explique Jean-Luc Bélingard, porte-parole du groupement et président des laboratoires Ipsen. Nous proposons que tout ou partie de ces taxes soient supprimées pour les entreprises qui s’engagent à consacrer des montants équivalents au financement de projets de recherche en France.

Enfin, en 3ème axe de réflexion, le G5 se prononce en faveur d’une « recherche publique forte et coordonnée » à l’image de l’Alliance Nationale pour les Sciences de la Vie et de la Santé créée en avril dernier et qui regroupe les huit acteurs clés de la recherche française : le CEA, le CNRS, l’Inra, l’Inria, l’Inserm, l’IRD, l’Institut Pasteur et la Conférence des Présidents d’Université. « Cette Alliance doit devenir une agence de financement par projet pour pérenniser et accroître à long terme l’aide de l’Etat afin d’éviter de couper la dynamique naissante, » plaident les membres du G5. [2]

En conclusion, il y a en général consensus sur l’utilité d’un développement des partenariats entre public et privé. Mais l’objet de la réunion du 26 octobre 2009 n’est absolument pas un tel développement. Le 26 octobre sera une étape supplémentaire dans la mise en place d’une politique doublement malsaine, où l’étranglement financier par l’Etat des laboratoires publics force ces derniers à des partenariats négociés en position de faiblesse avec le secteur privé, lequel peut simultanément réduire d’autant son propre effort, afin de satisfaire ses actionnaires. Le tout sur le dos des personnels concernés et des contribuables actuels et futurs (via l’accroissement de la dette). La pièce est bien réglée et mise en scène, pour que sa signification réelle reste cachée.

[1] Voir dans les Echos du 19 octobre : l’article Opérations séduction entre laboratoires publics et privés.

[2] Pour finir, un couplet pro-Alliance pour flatter le gouvernement, en vantant un " financement par projet pour pérenniser et accroître à long terme l’aide de l’Etat". Quelle est la logique qui fait que le financement sur projets (à court terme, dans les faits) garantirait le soutien à long terme de l’Etat (aux laboratoires publics ?) ? On notera qu’un des objectifs de « l’Alliance » en question était de créer une superstructure permettant de contribuer à démanteler le CNRS et d’accroître le contrôle de l’Etat sur l’activité des chercheurs. Cette création avait été préparée par le rapport rendu il y a un an par Elias Zerhouni, rapport qui avait beaucoup plu à N. Sarkozy. Ce même E. Zerhouni conseille maintenant la direction de Sanofi pour la "réorganisation" de sa recherche.