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Italie : classement des universités, crédits « au mérite » et inégalités régionales

Italy : university ranking, performance fundind and regional inequality

Par Gaviano Marie-Pierre, le 29 novembre 2009

Since June 2009, university ranking and funding supposedly based on performance criteria have excited a fierce controversy. A thorough analysis shows strong bias conducting to favor small universities, all of them located in northern Italy. Chairmen of southern universities protest, speaking of political prejudice against South.

Depuis juin 2009, le classement des universités publié par le gouvernement italien et la répartition des crédits en fonction d’indicateurs de performance suscitent une critique vigoureuse, ainsi qu’en témoignent quelques extraits de presse traduits.

- « Financement des universités, ça ne va pas ! »
- Tous les chiffres contredisent le Ministère

- La Repubblica : 21 septembre 2009

« Les premiers seront les derniers », mais lorsqu’il s’agit de répartir les crédits aux universités sur la base du mérite, « les derniers seront les premiers ». Telle est, selon les étudiants de l’Unione degli Universitari (UDU), la réalité du classement diffusé par la Ministre Gelmini en juillet dernier. A en croire la liste publiée il y a deux mois, figurent en tête des établissements les plus vertueux l’université de Trente (dont les crédits augmentent de 12% par rapport à l’an dernier) et les deux Instituts Polytechniques de Milan et Turin, talonnés par la petite université de Sienne. Mais les étudiants dénoncent l’inadéquation du mécanisme de répartition des ressources qui pénalise les grosses universités, et en particulier la Sapienza de Rome. […]

Et depuis quelques jours les présidents d’université dénoncent eux aussi un système qui avantage les universités du Nord. Ainsi de Roberto Sani, président de l’Université de Macerata, dont le dossier présenté à la presse évoque « […] des biais graves et des incongruités patentes » […]

Mais de quoi s’agit-il ? Début janvier, la Ministre de l’Education M. Gelmini, annonce qu’à partir de 2009, pour récompenser les universités les plus vertueuses, une partie des crédits gouvernementaux aux universités sera attribuée selon le mérite. Il s’agit de 523 millions d’Euros, soit 7% des 7 milliards et demi d’euros attribués chaque année aux universités italiennes. Le 26 juin dernier, la ministre rend publique la liste des premiers et derniers de la classe, ceux-ci étant tous dans le Sud. Mais elle n’explique pas comment et pourquoi […], promettant de publier les données et la méthodologie quelques jours plus tard, le 29 juillet. Depuis, c’est le silence. Seuls les présidents d’université et les directeurs administratifs ont eu accès aux chiffres.

Il y a quelques jours les étudiants de l’UDU de Padoue ont entrepris avec bonne volonté à refaire les comptes selon la méthodologie du Ministère. Deux critères interviennent dans la répartition des ressources : la qualité de la recherche et celle de l’enseignement. La première prend en compte : les évaluations du Comitato di Indirizzo per la Valutazione della Ricerca (Comité d’évaluation pour la recherche) concernant la qualité de la recherche sur la base de paramètres internationaux ; le nombre de chercheurs et d’enseignants-chercheurs évalués positivement ; la capacité de l’université à capter des fonds européens de recherche. La qualité de l’enseignement est évaluée sur la base suivante : « pourcentage de diplômés trouvant un emploi dans les trois ans qui suivent leur diplôme ; capacité des universités à limiter le recours aux contrats et enseignants extérieurs en évitant la multiplication des cours non nécessaires et confiés à des personnels non-titulaires ; nombre d’étudiants qui s’inscrivent en 2ème année en ayant réussi au moins les 2/3 des examens de 1ère année ; possibilité donnée aux étudiants d’évaluer par un questionnaire la qualité de l’enseignement et leur satisfaction concernant les cours fréquentés ».

Les étudiants de l’UDU, en analysant le classement des universités les plus vertueuses (sur la base du coefficient QT, « Qualité Totale » de l’établissement) ont découvert que la Sapienza de Rome se place en seconde position, précédée seulement par l’Université de Bologne. Alors que dans la liste présentée à la presse, elle figure à la 45e. (…) « Quelque chose ne va pas » ont songé les jeunes gens. En voilà la raison. La partie attribuée au mérite (7%) est financée par un prélèvement de même pourcentage sur les crédits ordinaires de chaque université. La Sapienza qui dispose 577 millions annuels, doit donc céder presque 40 millions, qu’ ensuite, bien que classée 2e avec une note de qualité à peine inférieure à 6,4, elle ne réussit pas à récupérer. Destin bien différent pour l’université de Trente : elle cède à peine 4 millions, mais ensuite, avec une 19e place due à une note un peu inférieure à 2, récupère 10 millions. Mais alors « qui est réellement récompensé sur la base du mérite ? » se demandent les étudiants (et d’autres). Le mécanisme est pervers parce que les crédits assignés « au mérite » sont financés non par des fonds supplémentaires mais par un prélèvement sur la dotation ordinaire des universités. Les plus grosses donnent la plus grosse somme à la « caisse commune » (le fonds de 7%) et ne peuvent réussir à la retrouver.

- Les Universités de Campanie recalées
- La Repubblica 25 juin 2009

[…] Dans le classement des universités vertueuses publié hier, la ministre Gelmini ne sauve que l’université du Sannio. Les autres établissements sont punis par des coupes budgétaires. […] Guido Trombetti, président de l’Université Frédéric II de Naples : « C’est un vêtement taillé sur mesure pour les petites universités spécialisées. La seconde observation est encore plus évidente : pour tout le Sud, Rome et la Sapienza comprises (à l’exception de Bénévent), les résultats sont tous négatifs […]. C’est un classement à valeur clairement politique ». Raimondo Pasquino président de l’université Salerne et vice-président de la Conférence des Présidents d’Université : « Si pour évaluer la qualité de la recherche, on se réfère à la capacité d’attirer des financements, il est clair que le Nord est privilégié.Un exemple ? Le groupe bancaire Sanpaolo a donné à l’Institut polytechnique de Turin 18 millions d’euros. Vous voulez savoir combien il a donné à Salerne ? Pas un sou […] »

Traduit de l’italien par M.-P. Gaviano