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La recherche au péril du néolibéralisme : communiqué d’Attac

le 6 février 2004

Le gouvernement français vient de s’engager dans un processus de désengagement vis-à-vis de la recherche fondamentale publique. Il l’a fait avec une soudaineté et une violence dont il existe, sans doute, peu de précédents. La politique mise en ¦uvre actuellement combine paradoxalement une volonté d’accentuation du rôle émanant du ministère chargé de la recherche et un abandon de fait.

On peut parler véritablement d’irresponsabilité. Non seulement les financements sont réduits, mais les crédits votés ne sont pas versés. Début décembre 2003, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) attendait encore la moitié des crédits votés en 2002. Outre le CNRS, les grands établissements de recherche comme l’Institut national de la recherche médicale (INSERM) et l’Institut national de la recherche agronomique sont dans une situation de quasi-faillite. Le nombre des postes mis en concours est fortement réduit. Par exemple, les postes ouverts à l’INSERM sont passés de 95 en 2002 à 30 actuellement prévus en 2004. Compte tenu de l’importance des départs à la retraite, ces réductions mettent en danger la poursuite des activités. Cette continuité est pourtant vitale pour des laboratoires qui se maintiennent, par un travail assidu et de grande qualité, au niveau des critères internationaux (largement définis par les grandes revues et congrès scientifiques des Eta ! ts-Unis). Les étudiants, engagés, au terme d’études déjà longues et difficiles, dans un parcours d’obstacles où toute faute peut être fatale, voient les perspectives se fermer, ce qui ne fait que renforcer la nécessité de s’expatrier. [1] Pour ATTAC, cette offensive gouvernementale se comprend dans le contexte plus général de l’accentuation de l’ordre néolibéral. En se limitant à des initiatives récentes, elle se situe dans la ligne de la dite " réforme " des retraites, en fait, leur réduction, et de l’attaque qui se prépare contre l’assurance maladie. Elle fait écho à l’abandon du système éducatif, notamment dans les zones défavorisées, et au délabrement, récemment dénoncé, des universités. Chacun perçoit, derrière ces reculs, l’avancée des privatisations et le bradage des services publics, dont la recherche fondamentale est une des composantes. Ces initiatives se situent sans ambiguïtés dans le cadre général des accords internationaux (l’Accord général sur le commerce des services) qui voudraient imposer la marchandisation de tous les services, y compris l’éducation et la recherche. L’expérience des Etats-Unis montre clairement que le transfert de la recherche fondamentale vers le secteur privé est largement un mythe, mais l’appel du marché semble, dans notre pays, irrésistible. Il va à l’encontre de tout ce qu’ATTAC peut souhaiter concernant l’avenir de la recherche et pour lequel l’association veut lutter : il faut tout faire pour éviter l’emprise des grands intérêts financiers sur la recherche - très exactement à l’opposé de ce vers quoi tendent les mesures récentes. D’une part, la volonté de " créer de la valeur pour l’actionnaire " ne doit pas arrêter la généralisation de traitements, comme celui du SIDA, à l’égard des populations qui ne peuvent en bénéficier aux prix pratiqués (mais bien d’autres maladies sont en jeu). D’autre part, le même désir aveugle de rentabilité de doit pas déboucher sur la diffusion de produits qui font planer une menace sur l’avenir de l’humanité, qu’il s’agisse de biotechnologies ou d’armements.

Pour ces raisons, ATTAC se déclare solidaire de la lutte des chercheurs et les invite, au-delà du péril immédiat, à se réapproprier les résultats de leur activité et à les mettre au service de la construction de ce monde meilleur que le mouvement altermondialiste appelle de ses v¦ux. Ce conflit confirme la nécessité d’une réflexion globale qu’ATTAC a engagée et qu’elle entend poursuivre sur des points essentiels :

La définition des finalités de la science qui n’est pas, nécessairement, synonyme de progrès et qui doit être articulée avec la société. L’utilisation et le partage des connaissances scientifiques et techniques. La recherche des formes d’organisation collective permettant de lutter contre les méfaits d’une spécialisation excessive. L’ouverture des activités scientifiques et techniques aux champs multiples de la connaissance.

Notes :

[1] On peut lire la pétition des chercheurs sur divers sites internets : "Sauvons la recherche". Elle est accompagnée de la menace de 3 500 responsables d’équipes de démissionner de leurs fonctions