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Vous avez aimé la LRU, vous allez adorer le Grand Emprunt !

Par Olivier Gandrillon, le 3 février 2010

Notre Bon Président l’a bien rappelé lors de ses vœux : pas question de mettre un terme à la frénésie de « réformes » qui détruit lentement mais sûrement notre appareil de recherche et d’enseignement supérieur. Et comme c’est avec les vieilles ficelles qu’on fait une politique moderne, revoilà la carotte et le bâton. Le bâton a été donné pour mettre un terme au combat anti-LRU, et la répression policière a effectivement fini par avoir raison des braises du mouvement. La carotte maintenant : comme il est hors de question d’augmenter réellement la part budgétaire attribuée au service public de recherche et d’enseignement supérieur, Notre Bon Président, secondé d’un ex-socialiste et d’un repris de justice, a trouvé une astuce : le Grand Emprunt. Les sommes affolent jusqu’à la ministre qui se trompe entre millions et milliards. Et c’est toute la beauté du mécanisme qui apparaît alors : le Grand Emprunt consiste à emprunter aux banques 35 milliards d’euros dont 11 pour la recherche et d’enseignement supérieur. Mais attention : ces sommes sont empruntées et devront donc être rendues ! Il s’agit de capital non consomptible, qui devra être placé, et c’est sur les intérêts que le système devra financer ses projets. Faisons alors un rapide calcul : l’Etat envisage de financer 10 « Campus d’excellence ». Disons donc un milliard de capital par Campus. Admettons un rendement de 3 %. Ce qui laisse un budget annuel de 30 millions d’euros par Campus. Et comme pour obtenir cet argent il aura fallu réunir un grand nombre de structures (Universités, grandes écoles, etc…, cf ci dessous), disons 10 pour simplifier le calcul, il restera PAR UNIVERSITE, 3 millions d’euros par an. A titre de comparaison le budget de l’Université Lyon 1 est de 350 millions d’euros. Nous parlons donc d’une « augmentation budgétaire » précaire (nécessairement limitée dans le temps puisqu’il faudra rendre l’argent) DE MOINS DE 1%. J‘imagine qu’avec ça, le gouvernement ne va pas se priver de nous seriner qu’il a fait sa part, et parfaitement rempli cette recommandation du rapport Aghion (1) : « – accroître les moyens de façon significative ; » (…)

Voyons maintenant, avec ce formidable levier financier ce que l’Etat attend en retour de la communauté universitaire. Une récente dépêche de l’AEF permet de préciser les choses. On y trouve par exemple des indications sur la bonne gouvernance attendue : « - un degré élevé d’autonomie et une gouvernance équilibrée : s’agissant de la gouvernance, et au-delà des différences d’organisation et d’appellation entre pays et établissements, on constate souvent, dans les universités d’excellence de par le monde, un partage des rôles entre la communauté académique et un pilotage de l’université, disposant d’une grande autonomie de gestion, sous le contrôle d’un conseil d’administration largement ouvert à des représentants extérieurs ; » A Lyon, les grandes manœuvres ont commencées. Comme d’habitude dans la précipitation et l’opacité la plus totale. Certains collègues, animés, n’en doutons pas, des meilleurs intentions (si ce n’est pas nous qui le faisons d’autre le feront en pire), s’acharnent à retourner toutes les pièces du puzzle, et déplacent virtuellement des structures, des projets, des gens, des étiquettes (important ça les étiquettes. La sacro-sainte « lisibilité ». Un singe doit être capable de comprendre l’organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur de notre beau pays). Le PRES (2), dont le CA s’est réuni le 29 janvier, a mis à son ordre du jour une « information » à propos du grand emprunt. Mais déjà circulent des mails dans lesquels des schémas structurels de recomposition apparaissent. Et là, miracle ! Le rapport Aghion n’était pas encore rendu public que certains proposaient déjà des « structures de gouvernance » vraiment modernes (…) avec un « External Board », composés EXCLUSIVEMENT de membres extérieurs. Pile poil ce que recommande le rapport sous la forme de « Board of Trustees » en lesquels repose la « légitimité exécutive et administrative » (sic). A Lyon, on a un train d’avance, on est déjà au delà de la LRUII et dans la LRUIII ! En gros les structures d’Harvard avec le financement de l’Université de Oulan-Bator. Shanghai (3) n’a qu’à bien se tenir, on arrive !

(1) http://www.sauvonslarecherche.fr/sp...

(2) Le PRES de Lyon, auto-rebaptisé « Université de Lyon » regroupe la totalité des établissements d’enseignement supérieur et de recherche de la place de Lyon et au-delà (incorpore notamment la fac Catho… mais aussi l’Université de Saint Etienne !)

(3) Le rapport Aghion contient une très savoureuse « discussion » autour de la question « Comment mesure-t-on l’excellence ? ». En gros il est présenté trois classements, dont l’inénarrable Shanghai. Il est en suite indiqué que, malgré leurs biais, il existe une certaine convergence dans les résultats des classements. Il est donc conclu (implicitement) que l’on peut utiliser n’importe lequel (grandiose raisonnement !) et les auteurs choisissent Shanghai, qui est utilisé juste la page d’après…