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Dernière version du rapport Larrouturou sur l’immobilier universitaire parisien

Une analyse électronique comparée

Par Emmanuel Saint-James, le 1er mars 2010

La version finale du rapport de B. Larrouturou consacré à l’immobilier universitaire parisien confirme l’ analyse détaillée de sa version d’octobre que SLR avait publié en son temps : instaurer la concurrence entre établissements ayant en commun des laboratoires et des locaux est un aveuglement idéologique menant à des impasses. Est confirmée également notre pronostic de 2007 que la soi-disant autonomie des universités ne serait que l’autonomie de leurs présidents : de nouveaux exemples viennent montrer leur absence de sens de l’intérêt général, la palme revenant au président de Paris VI qui a renié des engagements pris en présence du chef de l’Etat.

Ce rapport final présente néanmoins de l’intérêt, si l’on recourt à l’informatique pour établir infailliblement les différences entre les deux versions, au-delà d’une annexe affirmant trompeusement répondre à cette question.

Des micro-changements inquiétants

On constate tout d’abord que la première version regrettait qu’un des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) souhaités par le ministère totalise 80 000 étudiants, en « recommand[ant] d’éviter d’aller au-delà de cette taille [...] 100 000 ou 150 000 étudiants serait tout à fait irréaliste ». Ce principe a disparu de la nouvelle version, bafoué par les 114 000 étudiants finalement atteints par ce conglomérat. Entre une vision réaliste du terrain et l’image donnée par un classement international notoirement biaisé, le choix est donc fait.

Quant à l’ajout suivant, il est révélateur des contradictions internes de la politique suivie : «  une conséquence, pas très heureuse à mes yeux, de l’émergence des projets de PRES : les présidents des universités Paris 2, Paris 4 et Paris 6, ont affirmé renoncer à participer au projet de GIP sur le sport les présidents des cinq autres universités parisiennes restant désireux de constituer le GIP et la Ville de Paris restant prête à soutenir cette démarche ». Même situation pour la médecine préventive, le pôle Paris 6-4-2 décidant de se désolidariser des autres universités au moment où la Fondation Santé des Etudiants de France fait un pas dans leur direction en rénovant une ses propriétés au centre de Paris. En bref, au lieu de mutualiser les moyens pour satisfaire tout le monde au moindre coût, l’Etat abdique devant les baronnies qu’il a lui-même instaurées.

Mais l’Etat n’en est pas à une contradiction près, comme en témoigne cet autre ajout au rapport final : «  la logique du projet de développement du plateau de Saclay et la logique de la rénovation de l’enseignement supérieur parisien sont difficiles à concilier ». Le navrant Grand Emprunt ayant déjà tranché en faveur de Saclay, qui peut encore croire que cette politique est favorable aux universités ?

Autre modification. L’ancienne version affirmait que sur le site de Jussieu, « le désamiantage devrait se poursuivre jusqu’en 2017-2018 ». Ces dates ont disparu, face à une convention que le ministère cherche à faire signer par l’université occupant le site, convention dans laquelle l’Etat prétend achever ce chantier au plus tard en 2016 (soit l’année précédant les élections présidentielle et législatives...), et demandant certains sacrifices à l’université avant cette date, sans rien définir comme compensation en cas d’inachèvement à cette date. Qui accepterait un tel marché de dupes ?

Que penser également d’une liste de sites universitaires « ayant vocation à être conservés » qui est finalement amputée du centre Pierre-Mendès-France de Paris 1 et l’Institut de Psychologie de Boulogne de Paris V ? Sont-ils déjà inscrits dans la liste des lieux abandonnés ?

Enfin, il est assez éloquent de voir le rapport final ne plus citer en exemple les actions du ministère pour le logement étudiant via « des partenariats du type de ceux qui sont initiés avec les Conseils Généraux des Hauts-de-Seine et des Yvelines  ». A l’heure où, comme le déplore le rapport, le maire d’Antony démolit la plus grande cité étudiante non seulement du 92 mais d’une région où la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche est conseillère territoriale et candidate, qu’y avait-il donc d’exemplaire dans cette relation entre la ministre et les deux seuls départements de même couleur politique dans la région ?

Des macro-changements révélateurs

La question des collectivités territoriales apparaît de fait comme la raison principale de l’échec à venir. Reconnaissant les qualités du Schéma Directeur d’Ile de France, que la majorité présidentielle récuse, l’auteur du rapport est bien obligé de rappeler à l’Etat qu’il doit travailler en collaboration avec la région et la ville, notamment sur la question du logement étudiant. Car sur ce point, ce rapport final avoue que l’Etat ne veut rien faire seul : alors que la Chancellerie des Universités dispose en propre d’immeubles de rapports et gère ceux appartenant aux légataires de l’université de Paris, il est recommandé de s’en débarrasser ou de les transformer en logements pour hôtes de marque. A l’heure où tant de jeunes Franciliens renoncent aux études supérieures à cause du logement, ceux-ci apprécieront.

Le rapport précédent s’était aussi bercé d’illusions en envisageant de construire dans l’enceinte de l’hôpital Saint-Vincent de Paul des locaux destinés à l’université non médicale Paris 2. La Ville et l’AP-HP ont annoncé ne pas partager cette idée saugrenue : tant qu’à construire ici pour une université, il serait plus opportun de le faire pour Paris 5, dont cet hôpital est l’un des CHU. De même, il était quelque peu naïf de croire que l’Etat pouvait décider seul de l’affectation d’un site dont il n’est pas propriétaire, rue de l’école de médecine. Puisque la Ville veut qu’il reste un lieu inter-universitaire, pourquoi ne pas y installer la bibliothèque de médecine, commune à toutes les universités parisiennes, seul projet où leurs présidents ne s’affrontent pas ? Nouveau mystère aux Cordeliers.

Faute de dialoguer avec les collectivités territoriales, l’Etat est-il seulement conscient de ce qu’il fait ? Le rapport lui-même en doute : « Il reste à préciser comment les impulsions données récemment par l’État, sur Saclay et sur le Campus Condorcet, s’intègrent dans une vision francilienne globale, et comment placer davantage ces deux sites dans une perspective d’ouverture pluridisciplinaire pour ne pas enfermer sur elles-mêmes les sciences de l’ingénieur dans un cas et les SHS dans l’autre ».

Nos propositions alternatives à cette mission sont donc confirmées par les difficultés sur lesquelles elle finit : qu’on délègue compétence et budget aux collectivités territoriales pour l’immobilier universitaire, et que l’Etat se concentre sur la gestion des personnels, qui méritent mieux qu’une réforme se révélant toujours plus inapplicable à mesure qu’elle est rattrapée par la réalité du terrain.