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Chercher sans finaliser, c’est fondamental

le 12 mai 2010

Pierre Aucouturier (biologiste) et Eric Leichtnam (mathématicien) ont publié une tribune dont on lira l’intégralité sur le site de Mediapart.

Pierre Aucouturier (biologiste, directeur d’équipe à l’Inserm et professeur à la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie)

Eric Leichtnam (mathématicien, directeur de recherche au CNRS)

L’Agence nationale de la recherche (ANR) vient de fêter son cinquième anniversaire avec la bénédiction de Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, et les responsables politiques se félicitent de la montée en force de la « recherche sur projet ». Pourtant, de nombreux scientifiques sont inquiets : quelle place reste-t-il pour une véritable démarche de découverte et d’acquisition des connaissances ? Les progrès techniques pourraient-ils se passer, à long terme, d’une recherche fondamentale performante, en grande partie déconnectée du monde de la production ?

Alors que les retombées concrètes de la recherche fondamentale ne sont pas évidentes pour une partie du public, qui s’interroge sur l’intérêt social du travail des chercheurs, nous souhaitons montrer ici de quelle manière les avancées des connaissances, même dans les domaines les plus inattendus, constituent le support indispensable aux améliorations régulières de nos conditions de vie. Les exemples en sont innombrables, nous n’en donnons ici que quelques-uns, classés par champs disciplinaires.

Les applications les plus courantes s’appuient sur des connaissances abstraites

En mathématiques, les progrès de la connaissance abstraite ont des retombées à de multiples niveaux, plus inattendus les uns que les autres. Le fonctionnement du GPS utilise des principes de la relativité générale d’Einstein qui elle-même a pu être développée grâce à l’apport des géométries non euclidiennes. La régulation du trafic aérien -deux avions ne doivent pas se croiser ni se suivre de trop près à cause des turbulences de sillage- est assurée par des programmes très élaborés de mathématiques fondamentales. Le cryptage des données bancaires utilise des éléments de la théorie des courbes elliptiques. Cette dernière joue un rôle important dans la preuve donnée par Andrew Wiles du grand théorème de Fermat qui affirme qu’une certaine équation n’admet pas de solutions parmi les nombres entiers strictement positifs. Enfin, les réseaux de téléphonie mobile utilisent aussi des mathématiques très élaborées.

La recherche en physique fondamentale permet la compréhension de phénomènes dont l’utilité pratique n’est pas la motivation initiale. Albert Fert a obtenu en 2007 le prix Nobel pour son travail fondamental sur la magnétorésistance géante. Il s’agit d’un effet quantique se produisant dans les structures de films minces composées d’une alternance de couches ferromagnétiques et de couches non magnétique, par exemple deux couches de fer séparées par du chrome. Cette découverte a conduit à des débouchés technologiques imprévisibles : par exemple, le phénomène de magnétorésistance géante est très utilisé dans les têtes de lecture GMR des disques durs des ordinateurs, ce qui permet d’augmenter le stockage des données. Une autre application concerne les mémoires magnétiques non volatiles. Ces dernières conservent l’information numérique quand l’alimentation électrique est coupée, à la différence des mémoires (dites) volatiles.

En biologie, les progrès de la connaissance du monde vivant ont permis, a posteriori et de manière imprévue, de concevoir de nouvelles approches dans les domaines de la santé et de l’industrie agro-alimentaire. Par exemple, des études génétiques du développement d’une mouche, la drosophile, ont permis l’identification chez l’homme (et les animaux supérieurs) des récepteurs « Toll-like », qui détectent certaines agressions et déclenchent des réactions de défense. C’est ainsi que grâce à des recherches sur le développement embryonnaire d’un insecte, on conçoit actuellement des médicaments qui stimulent ces « récepteurs du danger », pour lutter contre des cancers ou certaines infections virales.

Au total, si l’on y regarde de près, toutes les avancées technologiques n’ont été possibles que grâce à des études théoriques dont les retombées n’étaient pas initialement perceptibles ni prévisibles.

Ce n’est généralement pas ce qu’on cherche que l’on trouve !

Une découverte scientifique survient très rarement à la suite de la mise en œuvre, aussi astucieuse soit-elle, de techniques très élaborées déjà connues. Il faut en effet mettre à jour une idée nouvelle. Cela peut être un outil ou un concept nouveau. Cela peut être aussi l’apparition d’un point de vue novateur avec des structures nouvelles, par exemple suggéré par une analogie inattendue avec un autre domaine ou révélé par une expérience inattendue. En général, on trouve quelque chose de très intéressant, de manière inattendue, alors qu’on cherchait tout autre chose. Là aussi, les exemples sont innombrables et nous n’en donnerons que quelques-uns. Lire la suite sur Mediapart