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Sauvons La Recherche soutient le comité de mobilisation des élèves, étudiants et personnels de l’ENS

le 10 janvier 2011

Nous avions informé sur le soutien des étudiants de l’Ecole normale Supérieure, rue d’Ulm, aux personnels précaires en grève dans cette prestigieuse institution (voir , dans la revue de presse de SLR, L’humanité)

9 novembre 2010
- Pas de retour à la normale rue d’Ulm

17 novembre 2010
- Paris, rue d’Ulm, les invisibles de Normale Sup’ sortent à la lumière

Un extrait de ce dernier article :

« Un peu en retrait, Jacques Rancière, ancien élève de l’école de la rue d’Ulm et philosophe de l’émancipation, observe avec attention. «  Je viens voir, c’est intéressant, glisse-t-il. Il y a une forme de jonction entre des salariés et des élèves. Malheureusement, tout ce qui se passe se heurte au fait qu’on gère désormais l’enseignement comme une entreprise. Voyez comment se comporte la directrice de cet établissement en utilisant le langage des patrons. C’est aussi cela qui donne une exemplarité à cette lutte  : les arguments patronaux déployés par la direction servent à couvrir l’autorité. »

Plus récemment, Monique Canto-Sperber, directrice de l’Ecole normale supérieure (ENS) s ‘est exprimée à ce sujet dans le quotidien Libération, semblant prendre à son compte certaines revendications des étudiants et personnels mobilisés.

- « L’université a besoin d’embaucher en CDI »

Nous publions ici la réponse du comité de soutien à la lutte des élèves, étudiants et personnels de l’ENS.

L’Université a besoin de fonctionnaires

Réponse à Monique Canto-Sperber, directrice de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm

Il y a quelques jours dans cette même tribune, Monique Canto-Sperber en appelait à une loi pour recruter en CDI les salariés indispensables au bon fonctionnement des établissements publics comme l’ENS, afin de les faire sortir de la précarité. Les personnels précaires, très nombreux, enchaînent en effet CDD sur CDD depuis parfois plus de dix ans et pour un salaire de misère malgré la pénibilité de leur travail, voire un véritable harcèlement de leurs chefs.

Mme Canto-Sperber est en poste depuis cinq ans, cinq ans durant lesquels la précarité s’est considérablement aggravée à l’ENS. Si elle se soucie soudainement du sort des personnels, ce n’est pas sans raison. Ce qu’elle omet de dire dans son article, c’est que depuis plus de deux mois une mobilisation sans précédent, unissant étudiants et salariés, se déroule à l’ENS. Suite au mouvement national pour la défense des retraites, la mobilisation, loin de faiblir, s’est transformée en lutte locale, organisée par des assemblées générales de personnels et d’élèves, avec l’appui de syndicats locaux. Des revendications claires ont été portées à la Direction et adressées à Mme Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur : titularisation des personnels précaires et dans l’immédiat des CDI, augmentations des salaires, embauches supplémentaires et amélioration des conditions de travail, parfois révoltantes dans une École qui a d’importants moyens et se veut « prestigieuse ». Les principaux services de l’ENS (restaurant, bibliothèque, administration, logistique, ménage, travaux, jardin...) ont été bloqués par des étudiants ou fermés en raison de la grève de plusieurs dizaines de salariés précaires et titulaires.

En réponse à cette mobilisation, Mme Canto-Sperber, qui n’avait d’abord réagi que par une sévère répression (emploi de vigiles, menaces d’appel à la police contre les blocages et de sanctions disciplinaires, fermetures administratives), continue d’affirmer qu’elle n’a pas la possibilité légale d’embaucher en CDI les précaires assimilés aux catégories B et C de la fonction publique, ni ceux employés depuis moins de 6 ans par l’École. Elle refuse cependant de demander au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche des postes qui permettraient de titulariser ces personnels. Ainsi, la tribune qu’elle a signée n’est que de la poudre aux yeux : elle peut accorder les CDI demandés, cela se fait déjà dans d’autres établissements publics comme à l’Université Pierre et Marie Curie, dont le Président, M. Pomerol, a dû céder face à une mobilisation similaire et embaucher des précaires en CDI. A l’Université d’Evry, des titularisations ont même été obtenues par un mouvement social du même type.

Quoi qu’il en soit, les contrats à durée déterminée existants sont déjà illégaux et résultent d’une magouille bien connue, comme l’explique elle-même la directrice : les personnels sont employés sur des emplois dits « saisonniers » alors que leur fonction est bien entendu permanente. Pourtant le cadre de la fonction publique est clair : tout poste permanent doit être pourvu par un fonctionnaire, sauf rares exceptions qui n’ont rien à voir avec la situation. Ce sont les politiques gouvernementales — non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et loi sur la responsabilité des universités (LRU) — qui obligent à remplacer les fonctionnaires par des contrats de type CDD ou CDI. Cela conduit à briser le service public, régi par le statut général de la Fonction publique, en une multitude d’établissements autonomes fonctionnant comme des entreprises privées, sans même être soumis aux contraintes du droit du travail privé, qui interdit les CDD à répétition.

Mme Canto-Sperber se sert du mouvement en cours à l’ENS pour argumenter en faveur de la casse de la fonction publique, conformément à ses choix politiques à l’École, où elle entend réserver le statut de fonctionnaire aux seuls enseignants, chercheurs ou autres personnels de catégorie A et l’interdire à tous les autres employés qui font vivre l’ENS. Elle instrumentalise un mouvement qui exige avant tout des titularisations pour tenter de justifier un pré-projet de loi gouvernemental, récemment présenté aux syndicats, visant à généraliser les CDI dans la Fonction publique. Elle tente ainsi de faire passer une position politique assumée et catastrophique pour le service public pour une « question d’éthique » dont elle se dit, comme chacun sait, spécialiste. Cependant la mobilisation à l’ENS est loin d’être terminée, le conseil d’administration a été bloqué par des étudiants et des salariés de l’Ecole la semaine dernière, empêchant ainsi le vote d’un budget qui reconduisait la précarité pour un an. Après avoir fait plusieurs journées de grève, les personnels ont déposé un préavis de grève reconductible pour la rentrée de janvier. Cette détermination et la solidarité exemplaire entre étudiants et salariés peuvent nous permettre d’obtenir une victoire. Cela contribuerait à la nécessaire construction d’un mouvement d’ensemble contre la précarité à l’Université et dans la Fonction publique en général, pour la défense du statut, l’augmentation des salaires et l’embauche des personnels nécessaires au service public.

Le comité de mobilisation des élèves, étudiants et personnels de l’ENS