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Madame Pécresse, il ne faut pas parler de corde dans la maison d’un pendu

Par Henri Audier, le 13 janvier 2011

Chacun sait qu’un recours (inspiré, devinez par qui ?) a été déposé contre l’élection de Jean-Paul Huchon, Président de la région Ile-de-France, pour ne pas avoir décompté le coût d’une publicité ferroviaire annuelle de la Région dans ses comptes de campagne, lors des dernières régionales. A un journaliste qui lui demandait si la sanction proposée à l’encontre de Huchon lui paraissait justifiée, Madame Pécresse a répondu, avec son jésuitisme naturel : « ce recours se place sur le terrain du droit et de l’éthique, du respect de la loi ».

Ethique, c’est le mot de trop. Car au-delà de la gigantesque cagnotte qui a inondé le financement de sa campagne en Ile-de-France comme le révèle Médiapart – cf. infra - Madame Pécresse s’est jouée du conflit d’intérêt entre son rôle de candidate et son rôle de ministre. Exagéré ? Quand, dans les sondages, on demandait aux Franciliens en qui ils avaient le plus confiance, parmi 8 thèmes évoqués (transports, sécurité, économie, etc.) Huchon l’emportait nettement sur tous…sauf, comme par hasard, sur celui de l’enseignement supérieur et la recherche !

Ce n’est sûrement pas le milieu universitaire, qui a mené à cette époque une contestation de sa politique d’une ampleur historique, qui lui a dressé ces lauriers. Mais c’est une pure propagande, malheureusement relayée par la majorité des médias, qui a réussi à présenter – par sa baguette magique - des budgets de misère en avancées spectaculaires, des constructions non financées en Plan Campus mirifique, et même la démolition de notre système d’ES-R en préparation pour l’avenir.

Comble de duplicité dans ce double rôle, l’écho que lui ont valu ses inaugurations, en grande pompe, en tant que ministre, de réalisations … portées et fiancées par ses adversaires régionaux. Trois mois avant les élections nous écrivions : « Quand il y a des caméras, des radios, la presse, elle est toujours là où il faut. Surtout les inaugurations et les premières pierres de bâtiments. Elle adore ça, surtout quand elle n’a pas versé un kopek. Elle a fait le coup à Toulouse à l’inauguration du “bâtiment AZF” financé par Total. Elle vient de le refaire pour l’Institut de biologie génétique bio informatique de l’université d’Evry. Ce sont les collectivités locales (région, département) qui ont payé. Pas le ministère. Mais elle pourra dire que la fiscalité des régions est trop lourde. C’est ça la com’ » [1].

Or, vendre de l’esbroufe, c’est beaucoup plus compliqué que de dire la vérité : il faut payer des collaborateurs, des communicants, des sondeurs, des bureaux de com’, ce qui revient quelque part à s’approprier les deniers publics. Certes, un ministère peut faire sa publicité, fut-elle mensongère, mais du fait de la double casquette de Madame Pécresse, les dépenses correspondantes à ces campagnes n’ont pas été déclarées – et décomptées - dans ses frais de campagne électorale.

Mais il y a mieux. Médiapart a révélé, au-delà du chèque légal de Mme Bettancourt à l’UMP et du chèque d’un même montant au « micro-parti » de Madame Pécresse, la légalité plus que borderline de cette-dernière : « Si Jean-Paul Huchon consulte les comptes des partis politiques, publiés la semaine dernière au Journal Officiel, il risque de s’étrangler. Alors que le président (PS) de la région socialiste craint de perdre son poste pour avoir réalisé un campagne vantant les mérites de la Région sans la comptabiliser dans ses comptes de campagne, il apprendra que sa principale adversaire, Valérie Pécresse, à la même époque, s’arrangeait avec la loi, par le biais d’un micro-parti. En toute légalité certes. Mais au mépris de l’esprit du texte et dans des proportions insoupçonnées. En effet, à côté de l’association de financement éphémère imposée par la loi, Valérie Pécresse a fondé en novembre 2008 le micro-parti « Changer c’est possible ».

Si le système des micro-partis, révélé par Mediapart, ne surprend presque plus, l’épluchage des comptes « Changer c’est possible » ne laisse pas d’étonner. Les sommes en jeu s’avèrent très importantes pour un scrutin de ce type, alors même qu’on ne connaît pas encore les dons obtenus en 2010. Rien que pour l’année 2009 donc, 390.991 euros de dons ont été versés à ce parti par des personnes physiques. Dont 275.215 euros ont été directement affectés à la campagne de Valérie Pécresse. Ce n’est pas rien : l’UMP en 2009 a levé 7.168.555euros. Le PS, 446.773 euros, soit à peine plus que Valérie Pécresse à elle toute seule. » Lire la suite dans Médiapart : Pour le parti de Pécresse, des chèques comme s’il en pleuvait (et un extrait ici sur le site de SLR).

Certes, comme l’avait antérieurement mis sur la place publique Médiapart, nombreux sont les parlementaires qui ont utilisé ce détournement légal de la loi, mais c’était généralement à une échelle artisanale, (sauf peut-être pour Eric Wœrth), et impliquait des sommes bien moindres. Personne semble-t-il n’avait poussé ce détournement de l’esprit de la loi…jusqu’à l’échelle industrielle.

Madame Pécresse a toutes les qualités qu’on veut : imaginative (pour la présentation de son budget), visionnaire (pour atteindre 3 % du PIB pour la recherche), innovante (quand elle pompe sur les allemands les Idex), créative (quand elle crée cinquante nouvelles structures), poétique (dans son récit de la démolition du système d’ES-R). Elle peut être aussi amicale (quand elle assassine son concurrent Karoutchi en IdF), légaliste (même quand elle se baffre de donations à son micro-parti), opportuniste (quand elle passe de Chirac à Sarkozy), féroce (dans sa détestation de mai 68). Tout, tout ce qu’on veut, mais sûrement pas « éthique ».

A moins que, pour lui permettre de rester dans l’ambiance de sa campagne des régionales, on crée pour Madame Pécresse une chaire d’éthique au Collège de France. Financée par L’Oréal. Parce qu’elle le vaut bien.

Aussi publié sur le blog d’henri Audier