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Remettre à plat les Initiatives d’excellence. Prendre des mesures immédiates dès juin 2012

Par Henri Audier, le 19 janvier 2011

Les partis de gauche préparent leurs programmes, notamment en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Que fera ou devrait faire la gauche, si elle gagne en 2012 ? Les syndicats et associations approfondissent leurs analyses et formulent leurs demandes. L’auteur donne son avis.

Changer de cap

On peut espérer de la gauche qu’elle affiche des objectifs ambitieux, et donc qu’elle tourne le dos aux principes destructeurs mis en œuvre depuis 2002 et aux médiocres dotations qui en découlent. Nous espérons qu’elle changera aussi de méthode. Car, s’il est normal et même nécessaire que la gauche arrive avec un programme, il est non moins indispensable que ce programme soit, d’une part, discuté dans son contenu avant les élections, et, d’autre part, négocié dans sa mise en œuvre. Dans ce but, des « Assises » devraient être annoncées pour garantir l’association de tout un chacun aux grands choix. Mais la négociation et la réunion d’Assises démocratiques, allant au fond des diagnostics et des enjeux, prendront nécessairement du temps. Il faudra donc que des mesures immédiates soient prévues, pour dès juin 2012. Les suivantes, par exemple.

Un premier collectif budgétaire en juin 2012 pour :

- Relancer l’emploi scientifique, redonner espoir aux jeunes et transformer les crédits servant à payer les CDD (i.e. : ANR) en emplois budgétaires, dans le respect des instances de recrutement.
- Reverser les crédits ANR non engagés aux établissements (organismes et établissements d’enseignement supérieur), sous forme de dotations budgétaires et selon les procédures « normales », avec une rallonge si possible.
- Transformer les « Primes d’Excellence Scientifique » non attribuées en amélioration des carrières, sur critères scientifiques.
- Accroître l’aide aux étudiants.
- Faire voter par l’Assemblée, comme première étape, les limitations du Crédit Impôt Recherche telles que la commission ad hoc de l’Assemblée l’avait proposé sans succès pour le budget 2011.

Des mesures structurelles transitoires du type :

- Habiliter les instances (Comité national, etc.) pour évaluer les laboratoires comme la loi le permet.
- Introduire une proportion minimale d’élus directs dans les PRES, FCS, Grands établissements.
- Transformer les Alliances en coordinations thématiques respectant les Conseils scientifiques élus.

Le lancement immédiat de discussions sur :

- Le contenu de la loi devant remplacer la LRU.
- Les mesures pour démocratiser l’accès et le succès dans l’enseignement supérieur.
- Les modalités de programmes transversaux inter-organismes.
- Le contenu d’un plan pluriannuel de l’emploi scientifique.
- La politique de l’Etat en termes d’aides (fiscales et directes) à recherche privée.
- La coopération territoriale des établissements, l’aménagement du territoire et le rôle des régions.

La remise à plat de tout ce qui découle du Grand emprunt

Nous ne reviendrons pas ici sur les effets destructeurs - déjà largement décrits - du Grand emprunt, ni sur ses finalités, qui sont aux antipodes d’une politique de gauche ; ni sur « l’excellence », gargarisme du New Public Management à la sauce UMP, qui n’est au fond qu’un outil idéologique pour éliminer et non pour sélectionner, en tirant tout le monde vers le haut

Début 2012, les Idex commenceront à être mis en œuvre, les Labex n’en seront qu’à leurs débuts. Il est inconcevable que la gauche ne remette pas à plat tout ces processus illégitimes, y compris par rapport au rôle conféré par la LRU aux Conseils.

On dispose maintenant d’un panorama assez complet de la situation :

- dans l’immense majorité des cas, les projets Labex [laboratoire d’excellence] ont été élaborés en cercles fermés et envoyés sans expression des Conseils de laboratoire, parfois même en tenant dans l’ignorance les gens concernés. Ni les Conseils Scientifiques des Universités, ni a fortiori les Conseils d’Administration n’ont eu à se prononcer : au mieux, ils ont été tenus « informés ». Par sa structure de « gouvernance », le Labex remet souvent en cause les UMR.

- c’est la même chose pour les Idex [Initiatives d’excellence] : dans 12 des 17 projets d’Idex que nous avons pu examiner et qui donnent quelques éléments sur la façon dont ils ont été élaborés, aucun n’a fait l’objet d’un vote explicite des CA et des CS. Et, dans tous les cas, comme l’exigeait le ministère, la « gouvernance » a permis de marginaliser le rôle des élus directs. Très souvent le projet a été rédigé par 4 à 6 personnes entre Noël et le Jour de l’an. Les Idex ont déclenché des zizanies locales dans la majorité des cas.

Bien entendu, de l’avis de l’auteur, il faudra tout remettre à plat, sans pour autant laisser se perdre l’argent de l’emprunt. Aussi, après un collectif budgétaire en juin, cet argent devra-t-il être utilisé en relation avec la préparation du budget, et dans le respect des règles démocratiques et scientifiques qui s’imposeront, enfin !

Aussi publié sur le blog d’Henri Audier