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Financement de la recherche : Eurostat montre que Sarkozy et Pécresse enfoncent un peu plus la France

Henri AUDIER

le 24 février 2011

Ce jour, V. Pécresse, dans une tribune du Monde (24.02.11) radote ses éternels mensonges : « Quatre ans après, chacun peut le constater, cet engagement est tenu, avec des hausses de budget qui atteignent 22 % pour les universités, 21 % pour l’Inserm ou bien encore 14 % pour le CNRS. En cinq années à peine, l’université et la recherche françaises auront rattrapé leur retard avec 9 milliards d’euros supplémentaires. » Le texte qui suit, qui n’avait pas été écrit dans ce but, est néanmoins une toute première réponse à la ministre.

Depuis 2007, l’effort de recherche repart ! C’est ce qu’annonce V. Pécresse depuis quelques temps, relayée par la plupart des médias qui s’émerveillent sur ce redémarrage miraculeux : la France rattraperait donc son retard. Mesuré par la part du PIB consacrée à la recherche, DIRD/ PIB (DIRD = Dépense intérieure de recherche et développement), ce ratio passe en effet, du moins d’après les chiffres non définitifs d’Eurostat, de 2,07 % en 2007, à 2,11 % en 2008 et bondit à 2,21 % en 2009, « malgré la crise ».

A supposer que ces chiffres soient confirmés pour la France (ce dont nous doutons, nous attendrons ceux de l’OCDE), le tableau ci-dessous construit à partir de ces données, confirme « l’exception française » et ne justifie pas l’optimisme publicitaire de la ministre.

1- La période 2002-2009. Parmi les pays d’Europe significatifs, la France EST LE SEUL PAYS dont la ratio DIRD/PIB a une évolution négative depuis 2002 : - 0,01 % (2,21/2,23). La moyenne de l’Union européenne (UE) est + 7,8 %. Il faut noter que la croissance de la plupart des pays d’Asie et des pays émergent est de 2 à 8 fois supérieure à celle de l’UE.

2- L’année de la crise. La progression de 4,4 % du ratio DIRD/PIB en France est exactement identique à la moyenne de l’UE. Encore faut-il remarquer, comme le font Les Echos (21/02/11), que « l’amélioration de ce ratio, toutefois, est à relativiser : il résulte pour l’essentiel du recul du PIB ».

3- Les années Sarkozy. Entre 2007 et 2009, la progression du ratio DIRD/PIB est de 6,7 %, soit significativement moins que la moyenne de l’UE (8,6 %). Malgré les fameux « 1,8 milliards de plus », la France se classe onzième sur les quinze pays significatifs étudiés, en terme de progression du financement de la recherche (Tableau).

« Engagements tenus » ? Ce slogan a été martelé tout au long de la conférence de presse budgétaire de V. Pécresse, en le justifiant par des chiffres partiels et erronés. Or l’engagement fondamental, qui conditionne tous les autres, est d’atteindre 3 % du PIB en 2012. Ce qui suppose l’échéancier suivant : 2,07 % en 2007, 2,26 % en 2008, 2,44 % en 2009, 2,63 % en 2010, 2,81 % en 2011 et 3 % en 2012.

En d’autres termes, pour atteindre 3 % du PIB en 2012, nous aurions dû passer non pas de 2,07 à 2,21 entre 2007 et 2009, mais de 2,07 à 2,44 % . Pour que « les engagements [soient] tenus », une croissance près de trois fois supérieure eût été nécessaire.

Et en supposant que le chiffre provisoire pour 2009 ne soit pas manipulé : on a vu [1] comment, rien qu’en transférant - ce n’est qu’un exemple - le paiement des retraites aux organismes et universités, le gouvernement a crée l’illusion d’une faible croissance, qui ne relève en fait que d’un jeu d’écriture.

C’est un jeu dramatique car le sacrifice de ces secteurs depuis 2002 a des conséquences gravissimes sur la recherche française, sur son attractivité pour les jeunes, sans parler de ses retombées sur le développement économique, l’emploi, l’aménagement du territoire, la santé ou l’environnement. Si le gouvernement s’accroche à ses mensonges, c’est parce qu’il veut masquer sa forfaiture la plus grave : le sacrifice de l’avenir du pays.

Pays* 2002 2007 2008 2009 % 2009/% 2002  % 2009/ % 2007  % 2009 / % 2008
France 2,23 2,07 2,11 2,21 - 0,01 + 6,7 + 4,7
UE (27) 1,87 1,85 1,92 2,01 + 7,8 + 8,6 + 4,7
Allemagne 2,49 2,53 2,68 2,82 + 16 + 11,5 + 5,2
Autriche 2,14 2,52 2,67 2,75 + 28,6 + 9,1 + 3,0
Belgique 1,94 1,9 1,96 1,96 + 1,0 + 3,6 0
Danemark 2,51 2,55 2,87 3,02 + 20,3 + 18,4 + 5,2
Espagne 0,99 1,27 1,35 1,38 + 36 + 8,7 + 2,2
Finlande 3,37 3,47 3,72 3,96 + 17,5 +14,1 + 6,5
Hongrie 1 0,97 1 1,15 + 15 + 18,6 + 15
Irlande 1,1 1,29 1,45 1,77 + 60,9 + 37,2 + 22
Italie 1,13 1,18 1,23 1,27 + 8,8 + 7,6 + 3,3
Pays-Bas 1,72 1,81 1,76 1,84 + 7,0 + 1,7 + 4,5
Portugal 0,73 1,17 1,5 1,66 + 127 + 41 + 10,7
Rep. Tchèque 1,2 1,54 1,47 1,53 + 27,5 - 0,01 + 4,1
Royaume-Uni 1,79 1,78 1,77 1,87 + 4,5 + 5,1 + 5,6
Slovénie 1,47 1,45 1,65 1,86 + 26,5 + 28,3 + 12,7

* Le chiffre 2002 de la Suède n’est pas donné par Eurostat. La Suède ne semble pas progresser durant la période 2002-2009, mais reste stable à … 3,6 % du PIB ! On s’en contenterait.

Tableau aussi en document joint

Aussi publié sur le blog d’Henri Audier