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Quelques réflexions sur l’emploi scientifique (1)

Un sujet plus complexe qu’il n’y parait

Par degio, le 12 février 2004

Si dans quelques mois se mettent en place des Etats Généraux de la Recherche (et de l’Enseignement Supérieur), il importe de les préparer en essayant de décanter et d’organiser les divers problèmes qui devront être traités.

Sans anticiper sur les assises, je crois que le problème de la palette d’emplois proposée aux jeunes docteurs dans les organismes et l’université constitue un des dossiers importants qui devra être abordé.

Mais cette question est en fait assez délicate et ne saurait se satisfaire de solutions simplistes. Le présent texte essaye de montrer comment ce vaste thème se décompose en problèmes distincts plus simples mais néanmoins corrélés. Si on ne veut pas faire de bêtises, je crois qu’il est indispensable de faire ce travail de décomposition et de considérer le thème de l’emploi scientifique dans notre écosystème recherche & enseignement supérieur sous plusieurs angles.

Pour illustrer ce point, je voudrais maintenant apporter quelques éléments d’analyse et de diagnostic :

Le problème du statut social

D’abord, je pense qu’il faut distinguer la question du statut social des CDD. En effet, il y a déjà plein de docteurs en CDD dans notre système de recherche et d’enseignement supérieur mais tous n’ont pas le m\^eme statut social car certains sont boursiers, d’autres salariés, d’autres enfin sans ressources.

L’amélioration du statut social, c’est à dire de la couverture pour les quatre "risques" que sont l’accident du travail, la maladie, la perte d’emploi et enfin la retraite est déjà un premier aspect du "statut des postdocs"... Il touche bien sur aux questions de protection sociale mais aussi aux questions de propriété intellectuelle (car les règles diffèrent selon que l’on est lié à son employeur par un contrat de travail ou pas).

Mais il ne faut pas oublier que cet aspect est distinct de la question de savoir quelle palette d’emplois est proposée en France dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Pour en savoir plus sur ces questions (différences entre contrat et bourse) :

Lire le texte

La confédération des Jeunes Chercheurs a d’ailleurs fait des propositions pour attaquer ce problème bien précis. Voir pages 3 à 7 du document suivant

Je crois que ces documents d’une part mettent en lumière les principaux problèmes posé par cette question mais également permettent de dégager des solutions pratiques pour tendre vers une situation saine : pas de chercheur non permanent sans contrat de travail ou hors formation continue.

La palette d’emplois proposés en France

C’est un autre problème qui lui est plus délicat. Elle doit être examinée en tenant compte de plusieurs points :

La recherche Française n’est pas un système isolé.

Les "ressources humaines" sont mobiles entre notre écosystème recherche & enseignement supérieur et les écosystèmes d’autres pays, et aussi avec le secteur économique. Nous devons donc penser la palette d’emploi avec comme objectif de la rendre d’une part lisible au niveau international mais aussi attractive.

Cela nous oblige a innover sauf à affronter une concurrence salariale frontale avec l’hyperpuissance américaine tant dans ses aspects académiques que avec ses entreprises.

On pourrait être lisible facilement en se calquant sur l’hyperpuissance mais en avons nous les moyens financiers ? Personnellement je ne le pense pas. Nous devrons donc innover pour proposer une palette d’emplois assez originale pour être lisible et attractive tout en évitant les écueils de la surenchère financière.

La recherche est faite par des êtres humains

Chacun d’entre nous, entre 35 et 45 ans franchit la limite symbolique de la moitié de sa durée de vie biologique.

C’est un fait auquel nous ne changerons rien et qui explique, je pense, le besoin de sécurité, de stabilité et aussi le désir de construire quelque chose qui saisit les jeunes chercheurs autour de 30 ans...

Je crois que nous devons le prendre en compte avant de faire des propositions.

La réflexion doit se faire sans séparer enseignement supérieur et recherche.

Nous devons inclure dans la réflexion sur les emplois proposés les emplois d’enseignant chercheur mais aussi les CDD pour les docteurs dans les universités françaises. Et là, il y en a beaucoup : les ATER...

J’avais analysé la question de l’allègement du service des ATER sur le plan financier dans un texte sur Arborescience (allez plutôt vers la fin du texte) :

Lire cet article

C’est un point particulier mais qui, je crois, a un impact non négligeable. En cherchant, il est possible de trouver plein d’autres aspects connectant intimement le sous écosystème EPST au sous écosystème enseignement supérieur.

De plus, n’oublions pas l’extraordinaire diversité des vécus professionnels. On ne travaille pas de la même manière à l’ENS Lyon Sciences qu’à l’Ecole Nationale Supérieure de Mécanique et d’Aéronautique de Poitiers, ou encore qu’à l’IUT de Castres ou encore à l’Université Montpellier I (Sciences Humaines) pour parler d’endroits où j’ai des amis qui sont passés ou travaillent actuellement.

Assimiler ces diverses réalités professionnelles n’est pas à priori facile car chacun d’entre nous se vit plutôt dans un de ces deux mondes (EPST/Université) et même dans un certain type d’établissement. Un vrai travail collectif sera nécessaire pour arriver à une vision d’ensemble et dépasser le "chacun voit midi à sa porte". Nous devons pouvoir appréhender des préoccupations qui ne sont pas forcément les nôtres, des types d’enseignement qui sont terriblement éloignés de ceux que nous délivrons.

La réflexion doit dépasser la simple réflexion sur les statuts.

Au delà des statuts, nous savons bien que ce qui compte ce sont des choses moins "administratives" comme les conditions de travail et les conditions de recrutement.

Chacun connaît le ressentiment des jeunes docteurs par rapport aux concours de recrutement : auditions de 10 minutes, impression que tout est pipeauté d’avance etc... Nous ne transformerons pas nos "chers collègues" qui magouillent — car hélas il y en a — en modèles de vertu du jour au lendemain... Mais il y a surement des choses à faire pour améliorer concrètement le déroulement des recrutement.

De même, je ne suis sûrement pas le seul à connaître des jeunes CR ou MCF qui, enthousiastes lors de leur recrutement, se sont sentis malheureux et "coincés" car on ne leur a pas donné les moyens nécessaires pour poursuivre leur activité dans de bonnes conditions. Parfois ce sont les crédits qui manquent, parfois le mi-lourd promis qui est trusté par le patron de l’étage au dessus, parfois plus simplement le service pédagogique effectué uniquement en TP avec des horaires pourries qui vous casse votre rythme de travail...

Donc au delà des statuts, je crois qu’il convient de travailler sur les moyens associés aux emplois, qu’il s’agisse de moyens financiers comme de moyens immatériels comme les questions d’aménagement de l’emploi du temps, aide à la mobilité post recrutement etc... Enfin la question du déroulement concret des recrutement doit être abordée...

En conclusion...

Je pense que la question ne saurait se résumer à une proposition purement statutaire comme celle des contrats de mission, de droit public, de droit privé et autres...

Si nous voulons proposer des solutions originales, pérennes et pertinentes, il nous faudra appliquer sur ces questions la prudence et la rigueur intellectuelle que notre métier nous a donné.