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L’excellent poisson d’avril des ministres Pécresse et Chatel

le 4 avril 2011

C’est une petite merveille que nous offrent Madame Pécresse et Monsieur Chatel dans Le Monde.fr du premier avril, sous le titre « Pour la jeunesse : nos idées et nos actes ».

C’est une farce, une sorte de délire à deux, intense, qui évoque « la tirade » de Cyrano de Bergerac dans le meilleur des cas, un médiocre théâtre de boulevard dans le pire. A tel point qu’on peut se demander si c’est un faux vrai poisson d’avril, écrit pour les ministres par un étudiant moyen mais zélé, en stage de première année de sciences de la communication. Ou bien si c’est un vrai faux poisson d’avril écrit par Le Monde « à la manière de », auquel cas ce serait excellentissime, surtout pour une page “Idées”.

Car si ce texte est un petit bijou c’est parce qu’on y retrouve toute la pacotille d’excellence de la propagande gouvernementale : contrevérités manifestes, chiffres imaginaires, affirmations sans fondement, généralités gargarismiques, extrapolations regrettables, omissions béantes, mensonges à répétition, le tout plein d’acrimonie, bref, l’excellence à tous les étages.

« Depuis quatre ans, nous agissons pour permettre à chaque élève, à chaque étudiant, à chaque jeune de réaliser tout son potentiel » affirme leur texte, mais dans cette même période, des milliers de postes ont été supprimés dans le primaire et le secondaire. Depuis 2007, pas un sou de plus n’a été versé, en euros constants, à la recherche et à l’enseignement supérieur.

« Depuis quatre ans, le gouvernement investit pour sa jeunesse, dans le logement étudiant et les campus universitaires (…) avec l’augmentation sans précédent des bourses étudiantes » indique leur texte. A ceci près que le fameux Plan campus n’a pas encore eu de début d’exécution, et que la montée du nombre de boursiers est surtout liée à la création d’une catégorie nouvelle : les boursiers sans bourse, qui sont seulement dispensés de droits d’inscription.

« Depuis quatre ans, nos actes parlent d’eux-mêmes : nous avons réformé le lycée et refondé l’université en offrant plus d’autonomie aux équipes pédagogiques pour permettre à toujours plus de jeunes d’aller jusqu’au bout de leurs possibilités et de réussir, tout simplement ». Avec comme conséquence, en 2009, le mouvement de contestation le plus fort et le plus long que l’université française ait jamais connu, sans parler du mouvement des professeurs de SES etc.

« Depuis quatre ans, nous apportons des réponses concrètes à nos jeunes, avec l’interdiction des stages hors cursus », avance leur texte. Mais les stages, en forte croissance, sont utilisés par beaucoup d’employeurs pour éviter de recruter des salariés, par exemple pendant les soldes. Les stages multiples deviennent, pour les jeunes, un passage obligé pour obtenir … un CDD. Merci pour eux !

« C’est bien nous, et non la gauche, qui avons relancé l’ascenseur social, en créant les cordées de la réussite pour convaincre les élèves issus des quartiers populaires d’avoir l’audace de croire en eux et de s’engager dans ses études supérieures ». Pour une fois l’image est bonne : celle de la cordée, du nombre limité de personnes, de l’effort considérable à fournir, du risque de chuter à tout moment, sans parler de l’aléa pour atteindre l’objectif. En bon français, le versus de « cordée », c’est « tapis rouge » ou « voie royale ». Mais ce ne sont pas des vocables connus dans les quartiers populaires …

« Mais à nos yeux, le succès du système scolaire et universitaire ne se mesure pas seulement au travers de la hausse de tel ou tel taux de poursuite d’études ou de réussite aux examens ». C’est là une pensée pécressienne profonde qu’on retrouve dans sa lettre de mission signée Sarkozy : un budget ne se mesure pas par son montant, encore moins au travers de son augmentation.

Aussi publié sur le blog d’Henri Audier