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(Le Monde) Les chercheurs en colère organisent des états généraux face aux assises du ministère

Ils n’excluent pas la convergence des initiatives

le 12 février 2004

états généraux ou assises nationales ? Le conflit opposant chercheurs et gouvernement a pris une tournure nouvelle, avec les annonces, presque simultanées, de deux initiatives, dont il est trop tôt pour savoir si elles convergeront ou si elles resteront parallèles, voire antagoniques.

Mardi 10 février, la ministre de la recherche, Claudie Haigneré, a lancé une "concertation sur l’avenir de la recherche" (Le Monde du 12 février). Avec une méthode et un calendrier précis. Dans les jours qui viennent, installation d’un comité d’experts par le premier ministre. D’ici fin avril, consultation publique sur le site Internet du ministère, réflexions dans les organismes sous la responsabilité de leurs présidents et directeurs, conférences régionales sous l’égide des directions de la recherche et de la technologie, colloques thématiques en région. Avant la fin du mois de juin, assises nationales de la recherche synthétisant les réflexions. Enfin, en septembre, discussion d’un projet de loi d’orientation de la recherche et dépôt du texte au Parlement.

Mercredi 11 février, c’était au tour du collectif Sauvons la recherche ! d’annoncer la mise en chantier d’états généraux de la science. Une décision dont le porte-parole du collectif, Alain Trautmann, assure que Matignon et Mme Haigneré étaient informés depuis plusieurs jours. Faut-il voir alors dans la programmation précipitée d’assises nationales une volonté gouvernementale de dresser un pare-feu ?

Tout en jugeant les délais fixés par le ministère "bien courts" et sa méthode empreinte de "dirigisme", le collectif n’exclut pas que les deux démarches puissent se rejoindre. Mais à la condition que ses membres soient "très largement associés" à la composition du comité d’initiative de l’éventuelle opération commune. Et, surtout, "que le gouvernement montre, en actes et non seulement en déclarations d’intention, qu’il est à l’écoute des chercheurs, en prenant des mesures d’urgence pour stopper l’hémorragie de jeunes et l’asphyxie des laboratoires". Or, souligne M. Trautmann, "sur la question cruciale de la diminution des postes offerts aux jeunes, les chercheurs n’ont pas eu de réponse".

Pour donner le coup d’envoi de ! ces états généraux, le collectif a organisé, dans un amphithéâ ! tre de l’Institut Henri-Poincaré mis à sa disposition par le mathématicien Michel Broué, une conférence de presse très consensuelle, dont n’étaient absents que les syndicats. Une façon de montrer que la fronde n’est pas menée par les seuls biologistes, même s’ils en sont le fer de lance, mais aussi que "les chercheurs sont des citoyens qui ne se désintéressent pas des demandes de la société".

Etienne-Emile Baulieu, président de l’Académie des sciences, a apporté son soutien personnel à "un mouvement jamais vu dans notre pays". Venu "dire, de façon solennelle, que de la recherche dépendent la croissance économique, la qualité de l’environnement, la santé, la sécurité, la diminution de la faim dans le monde...", il a qualifié de "honteuse" la retenue opérée par le gouvernement sur les subventions aux organismes, souligné que l’objectif de 3 % du PIB en recherche et développement nécessitait une croissance annuelle de 10 % de l’effort de recher ! che et jugé indispensable de "rattraper" les 550 postes statutaires supprimés. Et d’en appeler à "une confiance retrouvée entre les chercheurs et le gouvernement".

ASSOCIATIONS SOLIDAIRES

Le sociologue Luc Boltanski a stigmatisé la "précarisation et la logique de projets courts", opposant, à la critique d’inutilité parfois faite aux sciences humaines et sociales, "l’énorme contribution de Foucault, Braudel ou Bourdieu au rayonnement de la France". Le physicien Edouard Brézin, ancien président du CNRS, a réfuté l’argumentation du gouvernement selon laquelle l’effort public de recherche serait suffisant : "Beaucoup de dépenses répondent à des choix politiques. Ce ne sont pas les chercheurs qui ont demandé des vols habités, le laser mégajoule ou Iter -réacteur expérimental de fusion thermonucléaire- !".

Des dirigeants de start-up ont témoigné que, "sans une bonne recherche publique, il n’y a pas de recherche ! industrielle".Et plusieurs associations de malades (Ligue ! nationale contre le cancer, Arc, Ensemble contre le sida, Sidaction), comme l’avaient déjà fait l’Association française contre les myopathies, Aides, l’Alliance des maladies rares et la Fondation pour la recherche médicale, ont exprimé leur solidarité avec les chercheurs, affirmant qu’"elles ne pallieront pas les déficiences de l’Etat".

Pierre Le Hir _ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 13.02.04