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Terra Antiqua

Par Henri Audier, le 9 septembre 2011

Terra Nova est un think tank considéré de gauche, plutôt à l’aile droite de la gauche. Chaque groupe thématique informel peut paraît-il y dire et écrire ce qu’il veut, pour le meilleur (nous avons donné précédemment un exemple) et pour le pire. Cela pourrait être un atout s’il s’agissait d’animer le débat, d’émettre des idées nouvelles et d’ouvrir de nouvelles pistes, de dépasser par des propositions audacieuses les clivages souvent sclérosants. Force est de constater que le dernier rapport du « Pôle enseignement supérieur et recherche de Terra Nova », intitulé « Faire réussir nos étudiants, faire progresser la France pour un sursaut vers la société de la connaissance », se situe aux antipodes de ces objectifs.

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Certes ce rapport est, en apparence du moins, pavé de bonnes intentions, comme s’il suffisait de se laisser guider par l’empathie pour l’université et les étudiants et qu’il ne s’agissait pas avant tout de choix politiques. Certes, on ne peut qu’approuver certaines propositions. Certes, il y a quelques expertises chiffrées intéressantes. Mais en fait, au-delà de deux ou trois provocations qui lui donnent sa touche d’originalité (cf. cette « courageuse » ( ???) position pour l’augmentation des droits d’inscription sur laquelle nous reviendrons plus tard), il ne s’agit, en matière de propositions, que d’une pale synthèse entre le rapport Aghion et l’Appel des autoproclamés « réformateurs ».

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Ce rapport a aussi une réalité : sous couvert d’apporter des solutions à la situation étudiante, il conforte les structures de la recherche et de l’enseignement supérieur telles qu’elles seront léguées par la droite, et avalise ainsi la politique suivie par la droite depuis 2002, et particulièrement par Pécresse depuis 2007. Certes, il n’est pas question de faire ici un amalgame stupide et nous reconnaissons volontiers qu’en termes de moyens, Terra Nova se démarque totalement de la bonimenteuse, et reste fidèle à ses précédentes analyses en proposant un financement de l’ES-R en forte croissance. Mais, peut-être reflet du fait que l’un des principaux rapporteurs a été président d’université (parmi les 500 encore actifs !), nous retrouvons dans le texte - même si c’est ici ou là avec quelques contorsions de langage - une justification a posteriori des prises de position de la CPU. Pendant 4 ans, celle-ci a activement collaboré avec l’ex-ministre, notamment dans son œuvre de démolition des organismes de recherche et des instances où siègent les scientifiques, a soutenu la création de l’ANR, de l’AERES, des « alliances ». Elle s’est même félicitée de la croissance des crédits, tout en formulant une critique du Grand emprunt, mais très limitée aux déséquilibres géographiques qu’il secrète.

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[Les scientifiques] ont besoin d’une politique en rupture avec ce qu’ils subissent depuis 10 ans et veulent discuter des étapes pour y parvenir en trois ans. Cette politique de rupture est celle proposée par les partis de Gauche ; elle est explicite dans le discours de Martine Aubry au forum de Toulouse. Elle part de l’idée que les réformes faites depuis 2002 sont toutes au service d’une politique dirigiste et utilitariste destinée à adapter les structures de l’ES-R à une stagnation des moyens financiers en berne. D’où, notamment, l’élimination des scientifiques élus de tous les choix importants. Il s’agir donc bien de mettre en cause toute la logique de cette politique et non « d’infléchir » telle ou telle mesure. En ce sens la loi LRU, même si certains estiment qu’elle a pu permettre quelques améliorations secondaires par rapport à la situation antérieure des universités, a été l’une des pièces majeures complétant le grand puzzle de démolition de notre système qu’a été « le Pacte pour la recherche » de 2006. Affirmer que « la LRU ne s’est pas articulée avec les réformes précédentes » est une sinistre plaisanterie.

Toutes les préconisations faites par Terre Nova s’inscrivent donc, au mieux, dans une inflexion des orientations pécressiennes, comme le prouvent les titres de chapitre : « Les réformes en cours, globalement utiles ... », « les réformes entreprises depuis 2007 doivent être réorientées », mais aussi : « le crédit d’impôt recherche, dispositif utile », « le rôle de l’ANR pourrait être limité », « le champ d’évaluation de l’AERES pourrait être élargi », « préserver [ !!!] la recherche fondamentale ». Et pour l’apothéose : « globalement les politiques quel que soit leur camp d’appartenance ont pris conscience que c’est dans la qualité de la recherche et l’innovation que se joue la croissance de demain » !!!

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Lire l’ensemble du texte : http://blog.educpros.fr/henriaudier...