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AERES & Poor’s

le 17 décembre 2011

Article initialement publié sur le site du collectif IDDE de l’université Lyon 1 : http://idde.lautre.net/AERES-Poor-s.html

Ce matin l’AERES a menacé d’enlever son A+ à notre laboratoire, c’est la panique ! On ne sait que faire pour rassurer nos financeurs et leur garantir que nous restons un placement intéressant et concurrentiel sur le marché national de la recherche : on a un gros volume de publication, on a une forte croissance de notre facteur H et on s’engage à offrir encore plus nos compétences et notre temps de travail au monde économique et social. Sans oublier bien sûr que l’on a déjà entrepris de se débarrasser des branches mortes ou éloignant les équipes B et en maquillant les chercheurs dont le facteur H est inférieur à l’âge du capitaine... Ouf, dernière nouvelle, rassurés par ces mesures préventives, les marchés ne nous déclasserons pas : l’université continuera de nous concéder des postes, l’ANR financera nos projets et l’IDEX accepte de nous garder dans son giron...

Fable ? Non. Triste évolution de notre système de Recherche et d’Enseignement Supérieur dont l’AERES est devenu rapidement un maillon central. L’Etat a changé de logique, il est passé d’un rôle de financeur, parce que c’était sa mission, sur la base des besoins ; à un rôle d’investisseur dans les niches qui semblent être rentables pour l’avenir. Comme les marchés financiers cet investisseur avait besoin d’objectiver ses placements, d’où la création de l’AERES qui devait inéluctablement devenir une agence de notation plutôt qu’une agence d’évaluation...ou alors était-ce dés le début une agence d’évaluation du risque ?

C’est ainsi que le périmètre des EX qui vont voir rediriger à leur profit les crédits budgétaires gagés dans le processus du grand emprunt doivent tous être A+ (solvables) ! Et le pire c’est de constater que dans nos établissements, à tous les niveaux, la tentation est grande de jouer finalement le même jeu en "soutenant" (c’est le mot le plus soft) les A+ et on peut même se demander pourquoi l’ANR n’a pas encore officialisé la chose en demandant la note AERES de chaque équipe universitaire...ou peut-être qu’il y a quelque part une moulinette informatique pour le faire.

A notre époque, les grandes évolutions ne se montrent pas au grand jour, ce sont les glissements dans les missions et le fonctionnement des structures qui les rendent palpables. Malheureusement, cela se fait alors avec retard et renforce le caractère irréversible de ces évolutions.

Pour arrêter la logique de l’investissement dans la recherche, il ne suffira pas de supprimer l’agence de notation qui soutient cette logique mais il semble que ce soit en revanche une étape indispensable.