L’Association "Sauvons la Recherche" Groupes de travail Comités loc. et transv. Université de printemps 2011 EUROPE
Accès thématique Emploi et précarité Communiqués de SLR Actualités communiqués partenaires
Médiathèque Les archives Documentation revue de presse Tribunes et Contributions
accueil contact plan du site admin
caractères +caractères -
article
réactions (12)
Accueil / Tribunes et Contributions / L’inspection générale des finances et le CNRS, par Laurent Régnier et Pierre Arnoux

L’inspection générale des finances et le CNRS, par Laurent Régnier et Pierre Arnoux

le 13 février 2004

L’inspection générale des finances et le CNRS

L’inspection générale des finances vient de se fendre d’un rapport particulièrement sévère à l’égard du CNRS. Ces rapports de l’IGF ne sont pas destinés à être rendus publics, mais celui-ci a curieusement (et opportunément en ces temps de révoltes des chercheurs) trouvé le chemin du journal l’Express.

Ne serait-il pas temps de faire un rapport sur l’inspection générales des finances ? On pourrait y rappeler un certain nombre de choses. Et pour commencer, une devinette : donner trois noms d’(ex) inspecteurs des finances bien connus du grand public. Vous donnez votre langue au chat ?

- Jean-Yves Haberer, PDG du Crédit Lyonnais, qu’il quitta dans les circonstances que l’on sait : 15 milliards d’euros de perte remboursés par l’état, soit en moyenne 1000 euros (6000 francs) par contribuable.

- Jean-Marie Meissier, PDG de Vivendi, qui a réussi à couler en quelques année un fleuron centenaire de l’industrie française, le laissant exsangue avec une dette de 34 milliards d’euros.

- Michel Bon, PDG de France-Telecom, qu’il quitte en laissant 70 milliards d’euros de dette (tous les records sont battus !).

Aujourd’hui où l’IGF reproche au CNRS sa mauvaise gestion de ses 2.4 milliards d’euros annuels, il est bon de rappeler que chacun de ces trois ex inspecteurs des finances est responsable d’une perte pour la collectivité nationale qui repésente plusieurs années du budget du CNRS. Un corps qui a formé de telles personnalités, car c’est là qu’ils ont tous trois commencé leur (brillante) carrière, est il vraiment qualifié pour juger de la bonne gestion du CNRS ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces trois cas ne sont pas anecdotiques, mais trahissent un état d’esprit général qui a cours à l’IGF depuis longtemps. Pour faire bref, celui-ci se caractérise par un point de vue exclusivement financier sur les affaires de l’état (ou de l’entreprise), dont une conséquence est le refus absolu de toute planification à moyen terme, synonyme d’engagement ou de contrainte sur le budget. Par exemple l’IGF refuse toute loi de programmation dans l’éducation et la recherche. Les universitaires savent d’expérience ce que valent les engagements de l’état sur les postes, et en particulier que toute promesse de création de poste au delà de deux ans n’engage que ceux qui l’écoutent ! Un autre exemple est la publication, quelques semaines seulement avant le concours, des postes proposés à l’éducation nationale.

En plus de sa mauvaise gestion, le CNRS serait également affligé d’un manque de souplesse dû au statut de fonctionnaire des chercheurs. Il y a une certaine indécence, de la part de l’un des corps les mieux protégés de la fonction publique, à venir critiquer le statut de leurs collègues ! Il est vrai que le statut d’inspecteur des finances offre une grande souplesse... à son détenteur, lui permettant de faire une longue et prospère carrière dans l’industrie avec la garantie de retrouver son poste en cas de pépin, ou comme vient récemment de le montrer un autre illustre inspecteur, de prendre sa retraite à des conditions tout à fait avantageuses.

Nous répétons donc notre question. Étant donnée l’importance de l’IGF et l’influence déterminante que ce corps exerce sur les affaires du pays, soit directement par le biais de rapports et recommandations au gouvernement, soit indirectement par la formation qu’il fournit à ceux qui sont destinés à devenir les grands commis de l’état et de l’industrie, étant donnée le caractère fortement idéologique de certaines de ses recommandations et l’opacité de sa gestion interne, ne serait-il pas temps de commander un rapport sur l’IGF ? (on pourrait d’ailleurs pour cela s’adresser au CNRS, qui compte nombre d’économistes, sociologues et politologues qualifiés).

Pierre Arnoux, Laurent Regnier, enseignants chercheurs.
Institut de Mathématiques de Luminy.