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POURQUOI LA SUPPRESSION DE L’AERES EST UNE PRIORITÉ

LA NOTATION AERES ET LES CLASSEMENTS QUI EN RÉSULTENT SONT DES OUTILS D’ASSERVISSEMENT DE LA RECHERCHE ET DES ENSEIGNANTS-CHERCHEURS DU SECTEUR PUBLIC

Par Didier Coste, le 21 février 2012

Vient de paraître, sur le site de l’AERES : L’AERES actualise ses objectifs stratégiques pour 2014 et adapte son organisation interne (lien ici ). Sous ce titre ronflant, voici un nouveau chef d’œuvre de novlangue de bois, extrêmement révélateur, et qui devrait nous faire réagir avec une grande détermination pour exiger la suppression de l’AERES dès que Sarkozy et sa majorité ultra-minoritaire ne seront plus aux commandes du pays.

L’instauration d’autres modes d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur s’impose : L’évaluation se fera avec d’autres finalités et dans un tout autre esprit : sous un contrôle par les pairs, choisis, y compris à l’international, par les sections CNU et CNRS, ou par une combinaison de sections quand il y a des activités interdisciplinaires ou transdisciplinaires à évaluer ; il s’agit bien d’estimer la qualité scientifique des programmes, des équipes et de leurs travaux, mais indépendamment de tout objectif de conformité à un pilotage gouvernemental de la recherche, indépendamment de la rentabilité financière et de la visibilité associée. En effet, nous affirmons le principe que la divulgation des savoirs (biens publics), ce n’est pas la visibilité et le "prestige", mais c’est tout simplement d’ utilité publique. C’est énoncé ainsi dans le programme du Front de Gauche :"Les travaux des chercheuses et des chercheurs seront évalués par leurs pairs, sur la base de leur travail de recherche et non sur des publications d’articles dans des revues présélectionnées. Cette évaluation sera le fait d’instances majoritairement élues avec la garantie de la représentation de l’éventail des disciplines et de tous les courants de pensée. Le droit de recours sera effectif. Les « labellisations », outils de discrimination, comme les « initiatives d’excellence » (Idex) ou « les laboratoires d’excellence » (Labex), seront abandonnées." Cest aussi ce que réclame, entre autres, SLR (voir ici et ici ) et le SNESUP (voir document récent ici) . Le paragraphe cité du Front de Gauche peut prêter le flanc à la critique, car il fait l’économie de la dimension internationale de l’évaluation, laquelle n’a nul besoin de se replier sur l’hexagone, ce qui serait précisément contraire aux valeurs d’humanisme et d’universalité avancées pour contrer la marchandisation globale des connaissances et la subordination de leur développement, de leur partage et de leur diffusion au profit financier à court terme.

L’AERES se présente comme une multinationale de notation L’’argumentaire pour la suppression de l’AERES devrait s’enrichir, précisément, d’une analyse qui dépasse nos frontières, car l’AERES se présente comme une multinationale de notation, en consortium, tout particulièrement, avec l’ANECA espagnole, à l’avant-garde du genre. La collusion est maintenant patente et avouée (quoique reléguée en note), pour se placer sur un marché globalisé des agences de notation de la recherche ! L’argument de la compétition productive est complètement vicié par l’interdépendance totale entre AERES, politique des EX et ANR : l’objectif n’est nullement de garantir l’émulation dynamisante, mais de fausser la concurrence en attribuant tous les moyens aux institutions à gestion managériale privatisée (fondations en PPP, grands établissements, etc.) qui concentreront leurs activités sur des objectifs à rentabilité financière à court terme pour la grande entreprise, ou mieux pour la seule finance spéculative.

L’évaluation est un business à rentabiliser Le jargon du texte de référence est d’un grotesque achevé. Il ne devrait pas seulement nous faire rire, même aux larmes, ni seulement nous indigner, même jusqu’à l’invective. Il mérite une analyse détaillée à laquelle j’invite chacun de ses lecteurs. Malgré l’extrême opacité de la rédaction et malgré l’écran de fumée de la tautologie propre à toute langue de bois, on peut lire un certain nombre de données très importantes sous le caviardage par le vide ou le non-sens apparent. J’en relève deux rapidement, à titre d’exemples :  - le point 2 dit que l’évaluation doit s’adapter à la politique des EX (ce qui implique que le contrôle de qualité scientifique, loin d’être objectif, sera subordonné à la politique gouvernementale actuelle de concentration et de sélectivité "économique"), et qu’aucune alternative "méthodologique" n’est , bien sûr, envisagée dans l’éventualité d’un changement de cap politique après juin 2012 ; il va de soi que ce changement redouté est indicible à la veille de l’élection présidentielle ; l’AERES se désigne ainsi comme instrument du régime et outil de propagande  - le point 3 dit que l’évaluation est un business que l’on devrait chercher à exporter (principalement en Europe, où la France pèserait encore d’un certain poids ?) pour contrer les États-Unis et la Chine, qui ont exporté leurs propres modèles... en France ; il s’agirait donc de réexporter, avec des "améliorations" et des "adaptations au terrain", avec une valeur ajoutée, le modèle importé : rentabiliser l’inique évaluation de l’ESR en en faisant du commerce extérieur ! Mais ce n’est pas tout, car il n’existe rien de tel que l’AERES aux États-Unis, fort heureusement ; les vices du "publish or perish", du "ranking" et du "prestige" y sont certes culturellement ancrés, mais pas passés dans la loi, et donc, en un sens, plus facilement réversibles. Dans une autre version officielle de cette annonce, on peut lire un demi-paragraphe supplémentaire rejeté en note 2 dans celle dont j’ai donné le lien.  Voici ces lignes-clés dissimulées sur le site de l’AERES :  "Organisée en 2010 par l’agence espagnole d’assurance qualité ANECA, l’évaluation externe de l’AERES, par un comité d’experts internationaux, s’est traduite par l’inscription de l’agence au registre européen EQAR et son adhésion renouvelée à l’association européenne ENQA. Ces deux entités sont représentantes des agences européennes d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur." Il n’est pas anodin de souligner que l’ANECA a été (et continue d’être) en Espagne (avec les organismes clones dans les régions autonomes) le principal instrument de démolition de l’ESR public , et l’outil le plus efficace pour précariser et soumettre les enseignants et chercheurs :
- en supprimant le financement de centres de recherche qui n’ont pas atteint un "seuil critique"
- en mettant à la rue des assistants docteurs publiants et de haut niveau employés à répétition et sans interruption en CDD annuels ou de plusieurs années, depuis cinq, dix ans et plus, et cela au seul motif que leurs travaux, innovants et dans des domaines originaux, ne sont pas publiés dans des revues internationalement classées dans un rang préétabli ; il n’est pas tenu compte non plus, des séminaires de Master qui leur ont été confiés avec succès, des colloques internationaux de grande qualité qu’ils ont organisés, ou encore des sites internet (peer reviewed) qu’ils ont montés... L’ANECA et ses branches incluent, sous le nom d’Academia, l’évaluation individuelle des enseignants-chercheurs, ainsi que des non-titulaires aspirant à la titularisation, suivant des règles comptables strictement quantitatives et totalement biaisées. (ANECA is a full member of the International Network for Quality Assurance Agencies in Higher Education. voir ici). Ceci montre bien que le maintien de l’AERES nous conduirait inévitablement, à terme, dans cette voie. La complicité politique et entrepreneuriale de l’AERES avec un organisme ("fondation nationale" !) espagnol dont la principale, voire la seule fonction, est de soumettre l’ESR aux desiderata du capitalisme financier le plus éhonté et de briser les libertés académiques doit être relevée. Plaise, non au ciel mais à notre action, que le retour (probable) de la social-démocratie aux manettes en France, ne se solde pas par la même continuité de la destruction de l’éducation et de la recherche qu’en Espagne. Nous assistons là au déploiement d’une stratégie d’escrocs, d’un procédé mafieux dans lequel des sociétés-écrans de sociétés-écrans se font mutuellement crédit, et ceux qui apportent leur force de travail seront, comme d’habitude, les seules victimes de la faillite frauduleuse du "montage".

Conclusion Il nous appartient de réclamer de toutes nos forces au candidat Hollande qu’avec ses élus et ses futurs alliés gouvernementaux, il supprime l’AERES et démantèle l’ANR, entre autres, en plus du remplacement (abrogation implicite) de la LRU par une loi-cadre complètement différente, de même que doivent être immédiatement annulées la réforme "mastérisation" et la "nouvelle Licence" dès la rentrée 2012. Il nous appartient aussi de refuser, chacun à sa façon, de collaborer avec l’AERES, tant qu’elle existe (lien ici) , de même que nous refusons de postuler à la PES (lien ici). Notre expertise sera mieux mise en valeur en dénonçant cet élément-clé du système qu’en y participant.

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